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Mois de l'histoire des Noirs: Entre célébration et construction de l'avenir

Le mois de février est officiellement le Mois de l’histoire des Noirs au Canada. Avec plusieurs activités organisées tout au long du mois, c’est le moment de célébrer l’héritage et la contribution de figures historiques noires qui ont façonné le Canada d’aujourd’hui. Mais c’est aussi l’occasion de prendre du recul et d’analyser la situation de la communauté noire franco-albertaine.

Mois de lhistoire des Noirs

Le Centre d’accueil et d’établissement (CAE) du nord de l’Alberta, basé à Edmonton, a prévu des interventions en milieu scolaire afin de sensibiliser les jeunes à la célébration, notamment auprès des écoles Maurice-Lavallée, À la découverte et Joseph Moreau.

Beda Kaji-Ngulu, coordinateur de service au CAE, explique l’objectif de ces activités : « Nous voulons faire découvrir les personnages de Canadiens noirs qui ont marqué l’histoire. Cette année-ci, l’accent est mis sur la contribution des femmes noires canadiennes. Nous invitons également des personnalités qui ont marqué la communauté franco-albertaine afin que les jeunes puissent s’inspirer de leur parcours professionnel en tant qu’immigrants noirs ».

Un héritage à célébrer

Abdoul Toure est l’un des conseillers en établissement scolaire employés par le CAE. Il intervient au sein de l’école Maurice-Lavallée à Edmonton et joue pleinement son rôle de « pont entre nouveaux arrivants, famille et école, afin de faciliter le processus d’intégration ».

Le 28 février, dans l’amphithéâtre de l’école, un spectacle sera organisé avec les élèves participants : « Il y aura de la danse, de la musique, des chorégraphies, un défilé de mode, des poèmes, et une présentation de Jean-Marie Yamba Yamba, journaliste à Radio-Canada, qui reviendra sur son parcours », détaille-t-il.

Du côté de l’école primaire À la découverte, un babillard a été conçu et affiché sur les murs de l’école, retraçant les figures marquantes de l’histoire des Noirs au Canada. Une présentation y a également eu lieu le 16 février avec Luketa M’Pindou, directeur de l’Alliance jeunesse-famille de l’Alberta Society, qui a présenté son parcours aux élèves de 4e, 5e et 6e années.

Pour Abdoul Toure, l’objectif est de « célébrer l’histoire des Noirs, de la partager et de faire connaître aux étudiants la contribution des anciens pionniers noirs qui ont participé à bâtir le Canada d’aujourd’hui ». En remontant aux figures historiques et jusqu’à la période de l’esclavage, l’héritage des Noirs canadiens sera ainsi abordé sous tous ses angles.

Une nouvelle génération impliquée

Les jeunes étudiants sont particulièrement concernés. « Ils veulent montrer que, en tant que Noirs eux-mêmes, ils peuvent participer à une société canadienne diverse et ouverte, être des citoyens à part entière », observe Abdoul Toure. La dizaine d’élèves ont entre 16 et 20 ans, et se préparent activement aux célébrations. « Ils veulent aussi montrer ce qu’ils savent faire en termes de capacités artistiques. C’est une façon pour eux de contribuer à cette célébration et d’apprendre », relève le conseiller scolaire.

Certains sont d’ailleurs issus de familles nouvellement arrivées dans la province, alors que d’autres sont devenus Canadiens après quelques années. Il s’agit donc aussi d’un enjeu d’intégration. « La nouvelle génération immigrante francophone a besoin de se rattacher à une valeur d’inclusion », analyse le responsable. Pour lui, ce genre d’activités participe ainsi à « apporter sa contribution à l’évolution de la société canadienne, à donner un environnement positif à ses enfants et à sa communauté, à aider les nouveaux arrivants à s’y intégrer, à se sentir chez eux, et à être des citoyens modèles ».

Quelle place pour la communauté noire franco-albertaine ?

Le Mois de l’histoire des Noirs est aussi l’occasion de faire le point sur la situation de la communauté immigrante. Esdras Ngenzi, directeur du Centre d'accueil des nouveaux arrivants francophones (CANAF), à Calgary,  voit d’un bon œil ce mois de février : « Je pense que c’est une bonne chose, ça donne l’occasion de parler de construction identitaire. En plus, c’est accepté au niveau fédéral de façon officielle. C’est une façon de rendre le Canada plus inclusif, de reconnaître la contribution de plusieurs personnes », estime-t-il.

Alors, à l’heure où l’on célèbre l’héritage de ces populations, quelle place leur est réservée ? « C’est une grande question, admet Esdras Ngenzi. De plus en plus, dans la francophonie, avec l’immigration de ces quinze dernières années, la communauté noire s’est agrandie. Elle est impliquée à différents niveaux, dans les services, les associations, les écoles ». Il souligne à cet égard que depuis plusieurs années, 90% des clients du CANAF proviennent d’Afrique.

Pour le directeur, il existe de multiples couches dans l’identité de la communauté noire. « À Calgary, la communauté francophone est dispersée, il n’y a pas encore de lieu de rassemblement, et c’est la même chose dans la communauté noire : on n’a pas une communauté soudée, il y en a plusieurs qui s’organisent selon les pays d’origine ». Plus qu’une identité africaine uniforme, coexisteraient ainsi plusieurs identités nationales. « On parle surtout de pays de l’Afrique de l’Ouest et Centrale, comme la Guinée, le Cameroun, le Mali, le Congo, l’Algérie, le Rwanda et le Burundi », énumère le directeur du CANAF.

Côté intégration, on a affaire à un « lent processus » d’après Esdras Ngenzi. Pour lui, c’est à travers un engagement à l’école, dans les associations, dans la gouvernance, au travail, que l’intégration se fait. « Ils font partie des gens qui ont le plus de barrières, reconnaît-il malgré tout. C’est une minorité dans la minorité ». D’ailleurs, si un certain nombre de familles d’origine africaine vivent en Alberta depuis plusieurs générations, le directeur constate avec regret que, parfois, « la deuxième génération de francophones de minorité visible n’est toujours pas considérée comme franco-albertaine à part entière ».

En définitive, si l’histoire des Noirs canadiens est à l’honneur en ce mois de février, c’est aussi et surtout vers l’avenir qu’il faudra regarder.

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