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Magali Michelet: pionnière du journalisme francophone en Alberta

À l’occasion de la soirée sur l’histoire de la francophonie en Alberta depuis le 18e siècle organisée au cSPACE à Calgary le 31 janvier, la première journaliste franco-albertaine a été mise à l’honneur. C’est l’histoire de Magali Michelet que Sathya Raho, professeur de langues modernes et d’études culturelles à l’université de l’Alberta, a fait découvrir au plus grand nombre.

Magaliphoto

Magali Michelet, née près de Nantes, en France, immigre avec sa famille en Alberta, près de Legal, en 1905. Très vite, elle s’intègre dans la vie locale de l’Ouest canadien et exprime son identité franco-albertaine dans le premier journal francophone de l’époque en 1906.

Le Courrier de l’Ouest, tenu par son frère, lui permet d’écrire diverses chroniques féminines pendant dix ans. C’est à travers des portraits de femmes qui l’inspirent et qui l’entourent que Magali Michelet exerce sa plume dans la rubrique « Le Coin féminin ». Les correspondances qu’elle entretient avec de multiples femmes intellectuelles dans l’est du Canada, notamment à Montréal, la poussent à importer les idéaux progressistes et les valeurs sociales en Alberta. Quelques-uns de ses textes se retrouvent même publiés dans Le Journal de Françoise, un périodique de Montréal.

Une plume singulière

C’est grâce à un ton humoristique et une approche originale que la jeune femme s’intéresse aux communautés qui l’entourent, et plus particulièrement aux nouveaux immigrants qui, comme elle, doivent s’adapter à leur nouvelle vie canadienne.

Magali Michelet met le doigt sur la question de l’identité franco-albertaine et sur l’assimilation des immigrants en Alberta. Comment rester français dans un milieu minoritaire tout en adoptant les us et coutumes du monde anglophone ?

Elle observe les immigrants qui l’entourent et constate que l’assimilation finit souvent par un oubli progressif de sa propre langue et une perte de son propre patrimoine. D’ailleurs, malgré son intérêt et son implication dans la vie canadienne, quelques-unes de ses chroniques laissent transparaître une certaine nostalgie à l’égard de la France.

Une cause toujours d’actualité

Bien que posée plus d’un siècle plus tôt, la question de l’identité des francophones au Canada reste moderne. La première journaliste franco-albertaine se démarquera par son attachement à une identité double, qu’elle arborera fièrement : celle de Française et Franco-Albertaine.

En plus de l’écriture, Magali Michelet participe à des pièces de théâtre locales, et s’engage aussi en tant que professeure enseignant le français, la comédie et la religion. Ses engagements pour l’identité franco-albertaine la poussent à correspondre avec diverses personnes partout dans la province et à endosser le rôle d’ambassadrice auprès des nouvelles arrivantes de France et du Québec.

Sa pièce de théâtre, Contre le flot, aborde la difficulté de mêler les identités de la culture dominante et de la culture d’origine. La jeune femme y dénonce le mimétisme qu’elle observe dans les différentes communautés étrangères de la province au nom de l’assimilation.

Une histoire à revisiter

Malgré le rôle crucial de Magali Michelet dans le Courrier de l’Ouest, et le fait qu’elle soit la première femme à travailler pour un journal francophone dès 1905, son histoire est peu connue.

Sortie des archives par Eloi Degrace, c’est le professeur de français Sathya Rao, de l’Université de l’Alberta, qui la trouvera par hasard. « J’ai découvert quelqu’un d’extraordinaire, avec une œuvre considérable et relativement méconnue », relève-t-il.

L’idée est alors née de rassembler les chroniques de Magali Michelet et de les éditer sous une forme d’ouvrage afin de diffuser son œuvre au plus grand nombre. C’est grâce aux journaux du Courrier de l’Ouest, numérisés sur internet, et aux archives du patrimoine de l’Alberta, que Sathya Rao a pu avoir accès à une partie du travail de la première journaliste franco-albertaine.

L’ouvrage peine cependant à trouver une réception adéquate en Alberta pour être publié. La subvention fournie par la Fondation historique de l’Alberta ne suffisant pas, c’est peut-être en Ontario que cet ensemble de chroniques, témoignage de la francophonie albertaine, pourrait être publié.

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