À lire dans l’avion ou sur la plage

Peut-être vous envolerez-vous bientôt pour une destination soleil… Outre le maillot de bain et la crème solaire, pourquoi ne pas glisser un livre dans vos bagages ? La lecture est toujours une bonne compagne à l’aéroport, sur la chaise longue ou dans le confort de votre chambre. Je vous propose trois polars et un nouveau genre littéraire, soit la twittérature.

Sylvestre Bain de sang

Bain de sang, de Jean-Jacques Pelletier

Dès les premières pages du roman Bain de sang, le lecteur voit une baignoire dans une vitrine, pleine de sang dans lequel baigne un cadavre, d’où le titre. L’enquête est confiée au sergent‐détective Henri Dufaux, du Service de police de la Ville de Montréal, qui débusque aisément le mensonge, mais son vrai défi consiste à « découvrir comment la vérité ment ».

Le sang dans la baignoire provient de plusieurs hommes : un agent du Service canadien du renseignement de sécurité, un mafieux, un motard, un militaire, un designer, un financier… Et il y a plusieurs disparus, dont un ministre québécois friand de galipettes en Thaïlande.

L’équipe de Dufaux entreprend une sorte de chasse au trésor qui consiste à trouver des corps, des têtes et des organes manquants. Les articles dans la presse écrite sont coiffés de titres où abondent les mots « boucherie… tueur sanguinaire… bain de sang… corps massacrés… baignoire sanguinaire… trafic monstrueux… »

Bain de sang est une enquête où les ingrédients vont des mensonges aux demi-vérités en passant par les ruses, les manipulations et les secrets. En plus d’être bien architecturé, ce polar a le mérite d’offrir de savoureuses analyses psychologiques et sociologiques.

Jean‐Jacques Pelletier, Bain de sang, roman, Montréal, Éditions Hurtubise, 2017, 490 pages, 24,95 $.

 

Brunetti en trois actes, de Donna Leon

L’Américaine Donna Leon vit depuis plus de 30 ans à Venise, où se déroulent toutes les enquêtes du commissaire Guido Brunetti. Elles ont conquis des millions de lecteurs à travers le monde. Sa nouvelle intrigue s’intitule Brunetti en trois actes, soit ceux de La Tosca de Giacomo Puccini.

Le rôle-titre est interprété par la diva Flavia Petrelli et presque chaque spectacle s’achève par une pluie de roses jaunes. Des centaines d’autres roses attendent la diva dans sa loge et des dizaines dans son appartement. Un admirateur ou une admiratrice secrète se cache derrière ces bouquets « d’une beauté perverse » puisqu’ils sont suivis de menaces, de gestes empreints de folie, voire de criminalité. Brunetti est chargé de mener une enquête ; il plonge dès lors dans la psyché d’une fanatique obsessionnelle.

Autant Puccini insuffle une grande puissance à ses personnages, la soprano Floria Tosca et le baron Scarpia, autant Leon insuffle à Brunetti une rage de démasquer l’incarnation d’un mal fou. De plus, l’auteure décrit fort bien tout ce qui se trame dans l’arrière-scène d’un opéra. Le personnel technique, écrit-elle, n’hésite pas à dire qu’il travaille dans un cirque et qu’il est entouré de fauves. Être sur scène est comparé à « être en Enfer ».

Donna Leon, Brunetti en trois actes, roman traduit de l’anglais par Gabriella Zimmerman, Paris, Éditions Calmann-Lévy, 2016, 342 pages, 29,95 $.

 

La mort a ses raisons, de Sophie Hannah

Sophie Hannah est la première écrivaine à qui les héritiers d’Agatha Christie ont donné carte blanche pour rédiger de nouvelles enquêtes d’Hercule Poirot. Dans La mort a ses raisons, un assassinat a été perpétré et le célèbre détective belge figure sur une liste de suspects ! Poirot et l’inspecteur Catchpool, de Scotland Yard, sont invités à une réception chez lady Athelinda Playford, en Irlande. Ni l’un ni l’autre ne savent pourquoi la comtesse tient à leur présence.

Lady Playford est le genre à aimer jouer et se jouer des autres. Elle change son testament « à des fins de provocation » et en fait l’annonce dans « une sorte de coup de théâtre » lors du dîner. Ses deux enfants sont déshérités et sa fortune va à son secrétaire particulier, un homme qui a quatre ou cinq semaines à vivre.

Sophie Hannah aime retenir l’attention de ses lecteurs en leur lançant des commentaires du genre : « on peut proclamer une vérité de telle manière qu’elle passe pour un mensonge ». Et Poirot sait que « les meilleurs mensonges sont toujours les plus crédibles », voire que des faits indéniables peuvent se révéler complètement faux. Ses petites cellules grises fonctionnent à double vitesse.

La traduction de La mort a ses raisons est excellente et l’enquête vous tient en haleine, malgré tous les détours parfois compliqués que Poirot emprunte pour faire avouer le ou la coupable.

Sophie Hannah, La mort a ses raisons, roman traduit de l’anglais par Valérie Rosier, Paris, Éditions Le Masque, 2016, 368 pages, 29,95 $.

 

La vie est brève, de Chantal Gingras

Avec les réseaux sociaux, la communication est instantanée et brève. Dans le cas de Twitter, le message doit comporter un maximum de 140 caractères, espaces comprises. Ces courts textes et pensées peuvent donner lieu à ce qu’il est convenu d’appeler la twittérature. Chantale Gingras a publié 265 tweets ou historiettes.

Dans La vie est brève, l’auteure nous offre de petites perles qui sont en effet très courtes, mais surtout riches de vie et de sens. Les cinq sections qui constituent ce savoureux recueil (Amours, Portraits, Ricochets, La Vie, la vie et Fatalité) lui permettent de saisir l’essentiel en un tour de plume. Les thèmes touchent au quotidien : le désir, la trahison, la désillusion, la vieillesse, la maladie, la mort.

Rien comme donner quelques exemples pour illustrer cette nouvelle forme littéraire. Sous la rubrique Amours, on lit : « Chaque matin, après le départ de Louis, Sara humait longuement son oreiller pour y respirer un peu ses rêves. Ils étaient 100 % coton. » Ou encore : « C’est son meilleur ami, son confident. Son complice depuis quatre ans. Elle se voit déjà mariée. Il l’aime bien, mais préfère les hommes. »

L’espace réduit qui caractérise les gazouillis exige une rare concision dont Chantale Gingras sait faire preuve. Dans la section La vie, la vie, elle écrit : « Son humeur maussade le quitte soudain. Son travail, les factures à payer, sa femme hystérique n’existent plus. Le Canadien a gagné la coupe. »

Les 265 historiettes ou gazouillis de Chantale Gingras se lisent indépendamment les uns des autres, mais le recueil se loge nettement à l’enseigne de la cohérence, voire de l’harmonie.

Chantale Gingras, La vie est brève, historiettes, Québec, Éditions L’instant même, coll. Twittérature, 2016, 96 pages, 14,95 $.

 

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