« Il faut se forcer pour bien parler français »

francedaigleLe Campus Saint-Jean a visé juste en invitant l'auteure acadienne France Daigle, dans le cadre des conférences Louis-Desrochers de l'Institut d'études canadiennes, en collaboration avec l'Institut du patrimoine. La colorée écrivaine originaire du Nouveau-Brunswick a fait état de son parcours « avec failles » devant une petite foule très attentive, le 16 mars dernier. Elle a également profité de son passage pour lancer un message aux jeunes francophones. « Forcez-vous! » Compte-rendu.

France Daigle est reconnue pour avoir mis le chiac, la langue parlée acadienne, dans la bouche de ses personnages. Or, ses premiers romans, dont Sans jamais parler du vent, paru en 1983, ne font presqu’aucune référence à l’Acadie. « Je ne voulais pas être étiquetée comme une auteure acadienne. Je voulais faire mon chemin en dehors de l’Acadie », raconte-t-elle. Au point où aucun dialogue n’égaye ses six premiers romans. « Je ne faisais parler personne car je ne savais pas quelle langue ils parleraient. Pour moi, même les faire parler en français standard élémentaire, ça ne fonctionnait pas. »

Il faut attendre la parution de Pas pire, en 1998 pour que le chiac trouve une certaine place dans ses romans, et là encore, l’auteur adoucit les expressions colorées si propres aux Acadiens, par peur d’en mettre trop et de froisser le lecteur.

Le chiac omniprésent
Selon l’auteure, petits à petits, au fil des livres, ses personnages s’affirment et acceptent leur langue, ils en parlent, en discutent. Faut-il se forcer pour bien parler notre langue, se demande l’un d’eux. « Depuis quand est-ce qu’il faut qu’on se force pour parler notre langue! On peux-tu pas la parler comme qu’on veut? Je veux dire, c’est-tu actually de quoi qu’il faut qu’on s’occupe de? » France Daigle répond à cette question par l’affirmative.

Pour elle toutes les questions d’insécurité linguistiques sont intéressantes. « Nous sommes pris avec un français du 18e siècle. Il faut que les jeunes se responsabilisent et essayent de parler un français plus pur. Avec l’éducation c’est plus facile, mais c’est un défi constant de garder sa langue. Il faut que nous continuons d’en parler», a-t-elle expliqué à l’assistance.

D’ailleurs, son dernier livre, Pour sûr, parle beaucoup de la langue et fait la part belle au chiac. « L’Acadie, ça tient par la langue », estime-t-elle. Le roman, une brique de plus de 700 pages, a pris 10 ans à écrire, et est construit en 1728 fragments, divisés en 144 chapitres selon une implacable structure mathématique. Il a remporté le Prix du Gouverneur général en 2012.

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