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Foule et soleil présents pendant 4 jours au parc Gallagher

Le 31e Festival de musique folk d’Edmonton a tenu une bonne partie de la communauté médiatique et de la population d’Edmonton occupée. Avec plus de 70 artistes, dont plusieurs de renommée internationale, se partageant sept scènes pendant quatre jours avec le beau temps au rendez-vous pour le plus gros festival folk au pays, difficile d’imaginer le contraire.

Au milieu de cette masse anglophone, il était possible d’entendre des festivaliers s’exprimer en français entre eux, en plus de plusieurs artistes glissant quelques mots en français pendant leur spectacle. Retour sur un festival où les barrières linguistiques n’existaient plus, ne laissant place qu’à la musique.


Jour 1

C’est tout en douceur que le festival a démarré, le jeudi 6 août, au parc Gallagher. Le premier spectacle, celui de The Duhks, a commencé pile à l’heure, soit à 18 h, sur la scène principale. Un début très réussi grâce au dynamisme bien connu du groupe canadien, qui a même interprété une chanson en français vers la fin du spectacle. C’est d’ailleurs un des seuls moments de la soirée en français.

Se sont ensuite enchaînés Bombino, le touareg virtuose de la guitare, et le duo Angus et Julia Stone. Le premier a semblé impressionner la foule avec son énergie d’un Jimi Hendrix du désert, les seconds ont plutôt offert une performance tiède. C’est que le frère et la sœur ont préféré être chacun leur tour au chant que de faire un véritable duo vocal.

Le clou de la soirée était sans contredit Of Monsters and Men, groupe indie-folk venant d’Islande, qui venait pour la première fois à Edmonton. L’accueil a été chaleureux, et la performance à la hauteur des attentes. Mention au groupe qui a joué juste avant, le trio bilingue Post Script, qui a offert une performance brève mais envoûtante devant une colline pleine à craquer d’amateurs de folk.

Jour 2

Le premier concert de la soirée à retenir l’attention est celui du groupe trad québécois Le Vent du Nord. Réputé pour sa fierté de parler français, le quatuor s’est tout de même principalement exprimé en anglais sur scène, mais avec un lourd accent québécois. «As you can hear, our English is perfect», lançait à la blague Nicolas Boulerice, en forçant encore davantage son accent. Le ton était lancé. Le groupe, en plein territoire conservateur, s’est même amusé à narguer le premier ministre Stephen Harper, avec des chansons engagées qui démontrent la philosophie ouvertement souverainiste du groupe québécois. Bien que plusieurs francophones étaient présents pour assister au spectacle, la majorité était anglophone, mais a semblé apprécier les touches d’humour qui rendait le spectacle aussi léger. Notamment, ce petit bijou, exprimé en anglais : «Nous avons compris seulement la semaine passée ce que les Beatles chantaient dans leurs chansons. Nous sommes un peu déçus disons!»

En fin de soirée, les têtes d’affiche était Frazey Ford (en remplacement de Sinéad O’Connor) et Edward Sharpe and the Magnetic Zeros. La première a fait une entrée remarquée avec une tenue moulante, mais aussi la quantité de musiciens qui l’accompagnaient. Le second, tout aussi extravagant et dirigé par le chanteur Alex Ebert, a offert des moments mémorables d’excentricité et d’improvisation. Les festivaliers se souviendront du moment où il est entré dans la foule et a fait chanter une personne aléatoire, ou encore lorsqu’il a «emprunté» une bougie, dont il a léché la flamme jusqu’à ce qu’elle s’éteigne. Tout ça, dans les toutes premières minutes du spectacle.

Avant le spectacle d’Edward Sharpe, l’entracte a aussi retenu l’attention. De Nashville, Mike Farris et son groupe ont ravi les cœurs avec leur entrain et leur énergie contagieuse avec une musique qui se situait entre le blues, le rock et la soul. Celui-ci, non habitué de jouer à Edmonton, a semblé lui-même surpris de l’intensité de la foule. L’autre artiste à jouer à l’entracte était Jack Forestier, un jeune Edmontonien âgé de seulement 10 ans qui maîtrise déjà le violon. Il était accompagné de ses parents et a joué quelques reels connus, devant le regard ébahi de milliers de personnes. Serait-ce un jeune prodige à la Ashley MacIsaac?

Jour 3

Journée la plus chargée de la programmation, il était difficile de savoir où donner de la tête. Le plus intéressant était d’assister aux nombreux ateliers, où des collaborations improbables se sont créées et où les découvertes étaient au rendez-vous. Notamment, Oscar Lopez, guitariste chilien installé à Calgary, aussi réputé pour son jeu que pour son humour. Ajoutons la versatilité de Harry Manx de Colombie-Britannique, qui semble arriver à se jumeler avec n’importe qui sans que cela paraisse forcé.



En après-midi, le groupe Tinariwen, d’origine touareg, a aussi offert une performance sur la scène principale, offrant un «blues du désert» bien senti. Cette performance a été suivie par un après-midi de découvertes, avec, notamment, le spectacle de School of Song, avec Post Script et d’autres artistes locaux, devant un public curieux d’entendre le jeune talent edmontonien. Plus loin, c’était au tour des Barr Brothers, de Montréal, de se faire entendre. Considéré comme indie-folk, le groupe comprend une harpiste, fait plutôt rare pour de la musique populaire, mais aime aussi jongler avec la musique du monde. Le Malien Bassekou Kouyate, aussi de la programmation du festival, a été invité sur scène le temps d’une chanson.

La fin de soirée, quant à elle, a été des plus surprenantes. Alors que les artistes font généralement «exploser la baraque» avec plusieurs musiciens et une présentation léchée, le minimalisme a occupé beaucoup d’espace. Cela s’est traduit par une performance de Matt Andersen seul avec un bassiste/mandoliniste, puis plus tard par Richard Thompson en solo. Par contre, le band Lucius, véritable sensation dans le monde indie-pop qui a été découvert l’an dernier sur la même scène, a fait les choses en grand. Même chose pour Bear’s Den et Lord Huron, offrant donc une fin de soirée à saveur plutôt indie-folk, mais certainement moins intense que celle avec Of Monsters and Men 48 heures plus tôt.

Jour 4

Quatrième et dernière journée du festival, la fatigue commence à s’installer. Pourtant, les gros spectacles étaient loin d’être finis. En avant-midi, il était notamment possible d’entendre le surprenant groupe Hanggai, mélangeant musique mongole traditionnelle à des inspirations punk! Celui-ci avait été une révélation la veille pendant une brève performance entre deux têtes d’affiche. Peu après, il y avait aussi le concert des Hay Babies, trio acadien principalement francophone où les filles jouent de la guitare, du banjo et du ukulélé en chantant en harmonie. Le public s’est montré très réceptif à cette performance empreinte d’humour. Il y avait même une sympathique chorégraphie pour la chanson «J’ai vendu mon char».

Le dernier après-midi a plutôt été l’occasion d’entendre des ateliers très dynamiques où les participants s’amusaient entre eux, beaucoup plus que durant les premiers ateliers du festival, où chacun semblait jouer chacun son tour sans trop se risquer sur le matériel des autres. De beaux échanges entendus, mettant très bien la table aux festivités de fin de soirée, avec les dernières têtes d’affiche du festival sur la scène principale du parc Gallagher.

Honneur aux dames en ce dimanche soir. Jenny Lewis, Laura Marling et Brandi Carlile se sont partagé la scène principale en fin de soirée, toutes prêtes à en mettre plein la vue aux spectateurs. Si Jenny Lewis s’est démarquée pour la mise en scène, il faut reconnaître que Brandi Carlile a offert toute une performance, clôturant le 31e Edmonton Folk Festival avec force et bon goût. L’intensité du public semblait confirmer que Terry Wickham avait choisi la bonne personne pour la finale de l’événement.

Après quatre jours de festivités, bien des festivaliers sont repartis chez eux, brûlés (autant de fatigue que par le soleil), et sont retournés au travail le lendemain… Décidément, ce n’était pas la fin de semaine la plus reposante, mais certainement une des plus mémorables de l’année. Un autre rendez-vous en 2016? Certainement!

Toutes les photos : Olivier Dénommée

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