Chapitre 1

 

Cela semblait pourtant si simple il y a trois mois, au moment de proposer le projet : rédiger un compte-rendu en trois chapitres relatant mon expérience sur le chemin menant à Saint-Jacques de Compostelle. J’avais déjà le format en tête : un cahier de bord annoté de manière officielle (lieu, date, heure) faisant état des hauts et les bas d’un trek extraordinaire vécu à deux reprises maintenant, des effets de dizaines de kilomètres parcourus quotidiennement, la tête littéralement dans les nuages par moment, de la sagesse acquise au fil de la tranquillité et des incertitudes du célèbre Camino! Dans les mois qui ont suivi mon premier retour de Santiago il y a quatre ans, j’ai bien trouvé mille manières pour revenir sur le sujet sans trop perdre d’amis dans le processus. Et depuis, aussi exécrable puisse être mon humeur du moment, c’est avec plaisir que je ravive, sur commande, mes souvenirs de cette période magique.  Mon compagnon de marche en 2011 était Guy Marcotte, tout comme moi, un ancien de la radio de Radio-Canada en Alberta. Guy est mon meilleur ami, d’où la franchise de nos discussions visant à établir les règles de cohabitation! Nous serions ensemble – en vase clos – pendant 52 jours dont près de 40 sur la route, bon temps, mauvais temps. Étant donné qu’on se parle encore quatre ans plus tard, je suppose que le voyage s’est bien passé.

 

« On ne revient jamais de Compostelle »

Dans son documentaire Le Chemin de Compostelle en Espagne produit en 2006 le comédien et conférencier québécois Marcel Lebœuf avance de manière non équivoque qu’il est préférable de partir sur le Camino seul. Étant donné l’ampleur du projet, il ne me serait jamais venu à l’idée toutefois de partir seul. « Safety in numbers » dit-on en anglais. Comme le dit si bien Rhéal Sabourin, un auteur ontarien qui a marché jusqu’à Santiago il y a une dizaine d’années, « On ne revient jamais de Compostelle ». L’ouvrage du même titre ornera probablement ma table de nuit dans les semaines qui précèderont mon retour sur le Camino en 2018. Mais le mot ‘retour’ prend un tout autre sens lorsqu’on parle de ce pèlerinage. Au fait, j’y suis encore : depuis 2011. Voilà plus de trois semaines que je suis revenu du « Camino Dos ». J’ai crû bon de laisser la poussière se poser avant de me mettre à la rédaction, question d’offrir un compte-rendu libre de l’émotion à fleur de peau que peut procurer l’expérience. Je dis bien « peut » procurer l’expérience. Tout cela dépend du bagage émotif qu’on traine. Le bagage physique, en l’occurrence les huit à dix kilos du sac à dos, on ne les sent plus après quelques jours. Le bagage émotif, lui, s’allège rarement. Il est possible, au fil des prochains articles, que je m’attarde de temps à autre aux merveilles naturelles de l’Espagne ou encore que je m’arrête sur tel ou tel fait historique question de donner plus de tonus au récit. Mais pour toutes sortes de raisons dont, je l’avoue, une légère aversion pour la recherche, je me limiterai autant que possible l’expérience humaine. Et pas seulement la mienne! Ces dernières années, j’ai eu l’occasion de rencontrer des Franco-Albertains qui m’ont précédé ou qui m’ont suivi sur le Camino. Parmi eux, Martin Blanchet (alors) de Legal et sa fille Sarah, Julia Sargeaunt d’Edmonton, une ancienne collègue de CBC / Radio-Canada sans oublier Véronique Lavoie de Saint-Isidore. Martin a été un de mes conseillers techniques au cours des mois qui ont précédé mon premier voyage. Quant à Julia, elle m’a mis en contact avec le chapitre local du Canadian Company of Pilgrims dont elle a longtemps été la coordinatrice. J’ai demandé à Martin, Julia et Véronique de me résumer leurs impressions en quelques lignes et photos. Dans le cas de Martin et Sarah, c’est un peu injuste. Leur trek de Puy-en-Velay à Saint-Jacques-de-Compostelle en 2008 est une tranche de vie étalée sur 1500 kilomètres et trois mois.

 

« Pas toujours une question de kilos ou de kilomètres »

Si la distance parcourue peut devenir un badge d’honneur pour le pèlerin, ‘Compostelle’ demeure avant tout un voyage intérieur sans paramètres physiques précis. J’ai rencontré des marcheurs pour qui le chemin était un prétexte pour passer des vacances économiques (le vin coule à flots et l’hébergement coûte moins que rien) et d’autres pour qui le Camino était un itinéraire sacré à tous les points de vue. À mon sens, la vérité se trouve quelque part dans le milieu. Mon deuxième voyage m’a beaucoup appris sur ce sujet. Des circonstances inattendues m’ont effectivement forcé à réévaluer mes attentes. Peut-être ai-je même développé un meilleur sens de l’écoute et de l’empathie. Si oui, le travail ne fait hélas que commencer. D’aucuns diront que j’en ai pour des siècles! Il y a quelques années, mon ami Joël Lavoie de Saint-Isidore m’apprenait que sa mère, Véronique, songeait à se rendre sur le Camino. Véronique et moi avons eu plusieurs conversations téléphoniques depuis. Compostelle était un rêve de longue date pour elle. Finalement, du 3 au 8 avril dernier, Véronique Lavoie marchait les 130 kilomètres qui séparent Sarria et Santiago. Un heureux hasard a voulu que nous soyons sur le Camino au même moment. Nous sommes d’ailleurs arrivés à Santiago à un jour près l’un de l’autre! Mais c’est là que le destin s’en est mêlé. Au prochain article pour plus de détails. Entretemps, mon 'Post-Camino Blues' tarde à passer... Pour des raisons que je ne connais pas encore, l’atterrissage ne se passe pas en douceur. Une occasion extraordinaire nous est offerte en route pour Santiago de remettre notre parcelle de l’Univers en question, sans être distrait par la réalité du quotidien. Mais si la solitude mène au questionnement, elle n’est pas toujours garante de la clarté des réponses…



 

 

 

 

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