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Gisèle Villeneuve : «Ce que j’ai voulu faire, c’est éclater les genres»

Le 23 mai, la quatrième édition de French Twist, versant francophone du Edmonton Poetry Festival, s’est tenu à l’Alliance française. Douze auteurs francophones se sont succédé au micro pour déclamer ou lire un texte poétique. Gisèle Villeneuve, une romancière québécoise installée en Alberta depuis 1978, a choisi un extrait de son carnet d’écrivain actuellement au stade de manuscrit.

Quand elle avait 15 ans, Gisèle Villeneuve a écrit un roman d’aventure en dix chapitres dans le cadre d’un cours de français. On pouvait y déceler l’empreinte de ses héros de l’époque : Bob Morane et Nick Jordan. Trouvant qu’elle avait du talent, son grand-père a fait lire le fameux texte au poète québécois Alfred DesRochers, qui a ensuite rédigé une lettre à l’écrivaine en herbe. « Il m’encourageait à continuer. Il me comparait à Germaine Guèvremont et Françoise Loranger… C’était des grands noms ! », se souvient Gisèle. Mais à l’époque, elle ne prend pas le poète au sérieux et décide de ne pas lui répondre. « Je pensais qu’il était juste gentil ! », assure la Montréalaise d’origine.

Toujours est-il que Gisèle Villeneuve devient écrivaine. Quelques décennies passent et la voilà désormais plus proche de la fin de sa carrière que de son début. Elle décide alors d’écrire un ouvrage en réponse à la lettre d’Alfred DesRochers, bien qu’il soit décédé en 1978. L’auteure souhaite lui raconter son parcours, ses souvenirs, ses impressions sur le monde... Il y a deux ans, elle découvre que Roland Barthes avait écrit la sienne à la troisième personne : « C’est un peu comme un carnet d’écrivain où il parle de son enfance mais aussi de son travail de sémiologue et de la vie de tous les jours, [le tout organisé] en fragments titrés. » Ce mélange de fiction et de réel s’amusant des mots et de leur musicalité lui plaît. C’est ainsi que Gisèle commence l’écriture de son propre carnet d’écrivain.


Raconter le processus de l’écriture

« Ce que j’ai voulu faire, c’est éclater les genres : il y a de la fiction; il y a de la non-fiction, il y a de la poésie, il y a de la prose… Je parle de toutes sortes de choses mais toujours reliées avec l’écriture d’une certaine façon », explique Gisèle Villeneuve. Les 55 fragments titrés qui composent la première ébauche de son manuscrit (200 pages tout de même) ne sont pas organisés thématiquement ou chronologiquement, dans une logique assumée de discontinuité. La Québécoise y parle du quotidien, du terrorisme, de notre société du paraître... mais aussi de Londres où elle a vécu, ou encore d’une amie de sa mère, une artiste potière qui s’est immolée par le feu. C’est ce dernier texte qu’elle a lu au French Twist de l’Edmonton Poetry Festival, le jeudi 23 mai.

Comme Roland Barthes, Gisèle joue avec les pronoms pour raconter son histoire. « C’est parfois je, c’est parfois elle, c’est parfois nous, c’est parfois tu… C’est toujours à travers mes yeux mais je trouve que les autres pronoms permettent de prendre une distance différente », explique celle qui aime attirer l’attention du lecteur sur les techniques d’écriture, avec ses avancées et ses reculs. Un processus d’ordinaire invisible.

Si elle se plaît à révéler les coulisses du métier d’écrivain, Gisèle Villeneuve tient avant tout à « donner à l’imagination tout l’espace dont elle a besoin » alors que certains voudraient « la tenir en laisse ». L’auteure souhaite amener ses lecteurs à « regarder le monde de façon différente, oblique », en oubliant quelques instants les cadres et les étiquettes.

Début juin, Gisèle Villeneuve s’en ira à Saint-Jean-Port-Joli, un village historique le long du fleuve Saint-Laurent, pour quatre jours de travail avec Robert Lalonde, responsable de la collection Carnets d’écrivains de Lévesque Éditeur. Si tout se passe bien, son carnet y sera publié prochainement. En 2013, l’écrivaine avait déjà publié son recueil de nouvelles Outsiders chez la même maison d’édition.

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