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La Somalienne Dalia de retour à Edmonton

Jouée en 2013 au Campus Saint-Jean puis finalement éditée en France en 2014, la pièce Dalia, une odyssée de Bernard Salva n’avait jamais vraiment connu de lancement officiel à Edmonton. C’est pourquoi une lecture publique a finalement été organisée le 30 avril, à la librairie francophone Le Carrefour, en présence d’une quinzaine d’amateurs.

Originaire de Djibouti mais née à Montréal, Habone Osman a joué en mars 2013 le rôle-titre de Dalia, une odyssée, une pièce du Théâtre à l’Ouest (la troupe amateure du Campus Saint-Jean) qui raconte l’exil d’une adolescente somalienne à Edmonton. Jeudi 30 avril, c’est avec plaisir qu’elle s’est replongée dans son personnage, le temps d’une lecture publique à la librairie Le Carrefour, à La Cité francophone, aux côtés de Tambry Bernath, Mathilde Effray-Bühl et Bernard Salva, l’auteur.

Un « théâtre monde »

Bien que Habone n’ait pas connu l’exil, le destin de Dalia lui parle. « J’ai beaucoup d’amis qui viennent de la Somalie, qui ont vécu la guerre et qui se sont réfugiés [à Edmonton] », raconte-t-elle. Par ailleurs, ses propres parents ont vécu une forme d’exil en quittant Djibouti et la France pour le Canada. Cependant, Habone tient à le préciser, la situation de Djibouti reste bien plus stable que celle de sa voisine la Somalie, dont le gouvernement est installé au Kenya.

« Je suis pied-noir donc moi-même j’ai été trimbalé… [L’exil] est un thème qui me poursuit », reconnaît Bernard Salva, le metteur en scène de la pièce, sa première en tant qu’auteur. « Ça fait 12 ans que je suis ici [en Alberta] et j’en avais marre de ne jamais voir de sujets du ‘‘théâtre monde’’. Au lieu de râler dans mon coin, je me suis dit : je vais me retrousser les manches ! »


Edmonton et sa nouvelle francophonie

En choisissant une héroïne somalienne, le dramaturge a saisi l’occasion de rappeler la réalité bien tangible du mariage forcé, tout en évoquant les défis rencontrés par les nouvelles populations arrivées à Edmonton ces dernières années, notamment les Africains francophones. « Regarde mon public au campus : il y a dix ans j’avais un Africain sur 20, maintenant j’en ai 8 ! C’est très bien qu’on leur parle de Gabrielle Roy ou de Marie-Anne Gaboury, mais il y a autre chose ! », estime le professeur du CSJ.

Bernard Salva a écrit Dalia, une odyssée en se basant sur les improvisations de sa troupe étudiante multiculturelle. «  Dalia, ce n’est pas le rôle que j’avais proposé, mais je l’ai eu en fin de compte, s’étonne Habone Osman. Comme c’est un texte qui est écrit au fur et à mesure, j’ai pu mettre ma personnalité, un peu de moi-même. » Le fait qu’elle parle le swahili somalien a par exemple était un plus pour donner de la crédibilité à son personnage.

« C’est une pièce à la fois grave et ludique, avec des parties très loufoques », décrit son metteur en scène. Le personnage d’Albert le sans-abri, lui aussi né des impros, amène le spectateur dans « un univers un peu à la Gotlib » (dessinateur de bandes dessinées français, notamment Gai-Luron et Rubrique-à-Brac, NDLR).

 


Boudée au Canada, éditée en France

Dalia, une odyssée a été jouée trois fois les 22, 23 et 24 mars 2013 à Edmonton. « La surprise, ça a été que le public a bien accroché », raconte Bernard Salva. Si la pièce est désormais étudiée au Campus Saint-Jean, personne n’a voulu l’éditer au Canada. Finalement, l’éditeur parisien Les Cygnes l’a publiée en janvier 2014. Un drôle de paradoxe. « Je suis [devenu] exotique en France », plaisante l’auteur français installé en Alberta.

Attristé de voir la librairie francophone Le Carrefour fermer ses portes fin juin – ses services seront désormais principalement en ligne –, Bernard Salva a choisi d’y proposer la lecture publique d’un extrait de  son œuvre. « Comme je connais bien Coralie (employée depuis 2008 au Carrefour, NDLR) qui a fait partie de la troupe, on s’est dit : pourquoi ne pas mélanger une fête pour la librairie et une fête pour Dalia ? »

Actuellement, des pourparlers ont lieu pour adapter la pièce en France en 2016. Son auteur aimerait bien la jouer de nouveau en Alberta, dans les écoles et les universités. « C’est un peu les commentaires que j’ai eus : c’est une pièce qui a une portée éducative », confie le dramaturge.

Quelques copies de Dalia, une odyssée devraient encore être disponibles au Carrefour. Sinon, contactez Bernard Salva à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser. ou commandez le livre sur internet.

Photo : courtoisie Felix Plawski

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