Imprimer cette page

Évangéline Deusse, ôde aux déracinés

Un public de près de 150 personnes a eu le plaisir d’assister à cette pièce produite par le Théâtre à Pic du 10 au 12 avril à la Cité des Rocheuses.

Si le nom « Évangéline » vous évoque cette belle chanson inspirée du fameux poème du même titre, on se rappellera qu’Antonine Maillet – romancière et dramaturge acadienne dont les œuvres les plus connues sont la pièce La Sagouineet le roman Pélagie-la-Charrette– a écrit cette pièce Évangéline Deussedans l’esprit où « Deusse » signifie « Deux », donc une deuxième Évangéline, déracinée de son Acadie natale.

Ici, Evangéline (jouée par Véronique Moreau) se retrouve à Montréal, dans un petit parc, en compagnie des personnages Le Breton (Aurélien Jondeau), Le Rabbin (Ashraf Khoury) et Le Stop (Stéphane Germain). En se remémorant les souvenirs de sa vie et l’histoire de son peuple acadien, Évangéline amène ces étrangers, notamment Le Breton et Le Rabbin, à se rendre compte qu’ils sont aussi acadiens d’une certaine façon, puisqu’ils ont en commun une transplantation par rapport à leur milieu  d’origine.

La vedette, Véronique Moreau, en a impressionné plusieurs avec son habileté à parler le français acadien, elle qui est française, en racontant par exemple qu’« avec une pareille lotte d’exilés, je pourrions nous crouère encore en 1755 ». Ou encore : « Une parsoune qui comprend les mots de ta langue est peut-être ben pas loin de te comprendre toi itou ». Parmi les réactions du public : « C’est fort ! »; « Faut le faire ! »;  « C’est beau les couleurs des langues ! »


Quant à la signification de la pièce pour le public, voici un commentaire qui tombe à point : « Ça touche mon cœur ! », s’exclame Céline Bossé, qui a un peu parcouru le même chemin qu’Évangéline Deusse, puisqu’elle a elle-même quitté le Nouveau-Brunswick pour se retrouver à Montréal ! « Je suis acadienne ! »

En fait, l’histoire d’Évangéline Deusse nous laisse entendre que la plupart d’entre nous, les francophones du Sud de l’Alberta, sommes aussi « acadiens et acadiennes » d’une certaine manière. Quelques remarques du public : « Tout le monde est un peu exilé » ; « Nous sommes tous déracinés » ; « Puis quand on retourne dans le milieu d’origine, c’est différent ».

Aux dires d’Inouk Touzin, directeur artistique et fondateur du Théâtre à Pic, « la pièce est à l’image de la communauté. On utilise l’Acadie, mais comme presque tous les francophones de Calgary sont originaires d’ailleurs, ce sont ces gens qui viennent s’installer, qui gardent en vie la francophonie ».

Pour le metteur en scène, Guy Robin, cette pièce a aussi une signification spéciale : « Ça fait 20 ans que je rêve de faire cette pièce-là ! » En parlant de toute l’équipe, il ajoute : « Ils ont mis sur scène ce que j’avais dans la tête ». Et du rôle d’Évangéline joué par Véronique Moreau : « Bien joué !  », car pour ce genre de rôle, « les actrices acadiennes ou québecoises ont parfois trop tendance à chercher à imiter La Sagouine ».

Comme l’explique M. Touzin, « depuis que le Théâtre à Pic existe, c’est la première fois que je confie complètement la mise en scène d’une pièce ». M. Robin a une riche expérience dans le domaine théâtral, ayant entre autres réalisé plus de 40 projets théâtraux dans le sud de l’Alberta depuis 1991. « Ici, on unit nos forces ; il y a un lien entre le passé et le présent... Je suis très satisfait  ! »

Soulignons que cette pièce a été produite avec l’apport appréciable de Marcia Mailloux, (régisseuse), de Jean-François Côté (technicien), de Saulnia Lacombe (assistante aux maquillages), puis de Diane Doucet et de Stéphane Germain (assistants à la régie).

De l’improvisation francophone sera bientôt à l’affiche du Théâtre à Pic, soit les 29 avril et 27 mai prochains à 20 h, au Café Koi situé au 1011, 1re rue sud-ouest, Calgary.

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Éléments similaires (par tag)