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« Je n’aime pas trop l’idée d’un objet qu’on met sur une étagère et qu’on n’utilise pas »

Originaire de l’Alberta, l’artiste céramiste francophone Dale Dorosh vit désormais en France. Il expose une cinquantaine de pièces à la Galerie PAVA jusqu’au 28 avril. Toutes sont à vendre à prix abordable. Rencontre.

D’où venez-vous ?

Je suis né à Wetaskiwin. Mes grands-parents avaient un chalet à Pigeon Lake. [...] Sinon j’ai grandi à Edmonton.

Parliez-vous déjà français à l’époque ?

J’ai toujours été intéressé à apprendre le français. J’ai commencé en 4e année je pense, jusqu’au lycée et un peu à l’université.

Qu’est-ce qui vous a amené  à la poterie ?

Mon frère a commencé à faire de la céramique avec la Potters’ Guild. Je prenais des cours le samedi matin avec lui. Après, on a pris des cours avec Noboru Kubo à Edmonton.  [...] C’était très beau ce qu’il faisait. Mon père lui achetait des pièces : on utilisait ses tasses et ses bols quotidiennement. Au Japon, la céramique est le premier art. Noboru est [céramiste de] quatrième génération, pour les Japonais ça compte beaucoup. [...] À l’Université de l’Alberta, j’ai suivi des cours avec Noboru à la faculté d’extension. Je travaillais aussi comme technicien pour l’atelier : je faisais des fournées, je mélangeais des émaux… J’étudiais les mathématiques et en même temps l’histoire de l’art. [...]

 


Pourquoi avez-vous déménagé en France ?

J’ai commencé l’escrime à 13 ans et j’avais un maître d’armes russe, Zahar Ioffe, que le club d’Edmonton avait fait venir. Ce maître était vraiment de haut niveau et j’ai eu de la chance car il n’avait pas d’élève. [...] J’ai fait de l’escrime intensivement avec lui pendant huit ans. Il a arrêté alors je suis parti à Ottawa pendant une année, avec un autre maître d’armes. J’étais dans l’équipe canadienne junior mais j’ai poursuivi dans l’équipe senior. [...] À l’époque, c’était vraiment un sport européen donc on devait voyager souvent en Europe pour les compétitions. C’était très fatiguant et très cher aussi ! J’ai décidé de partir en France pour m’entraîner, à Nice, vers 1990.
 

Et la céramique dans tout ça ?

J’ai toujours continué la céramique, même quand j’étais dans l’est du Canada. En France, c’était un peu plus compliqué. [...] Mais j’ai trouvé Vallauris (petite ville près de Cannes, NDLR) qui avait une école assez récente, l’école municipale des Beaux-Arts Céramique. J’ai pris des cours (céramique, mais aussi sculpture et dessin, NDLR) pour avoir accès à l’atelier. [...] Après, l’idée m’est venue de faire un programme de résidence d’artistes qui partagent leurs compétences avec les artistes locaux et le public pour montrer la diversité de la création céramique. Ça s’appelle AIR Vallauris pour Artists in Residence. [...] Ils font aussi des oeuvres pour une exposition qu’on organise à la fin de leur séjour. On a eu jusqu’à six artistes en même temps.

Êtes-vous toujours attaché au côté fonctionnel de vos oeuvres, comme votre maître japonais ?

Oui, pour moi c’est important que les gens puissent utiliser les pièces. C’est vrai que je fais des vases aussi mais c’est toujours fonctionnel : on peut mettre des fleurs dedans et c’est décoratif. Je n’aime pas trop l’idée d’un objet qu’on met sur une étagère et qu’on n’utilise pas. Même si ça se casse, c’est pas grave parce que ça fait partie de la vie de la pièce. [...]

Faites-vous des oeuvres d’art ou des objets d’artisanat ?

Ce n’est pas tellement important pour moi d’être défini comme artiste ou artisan. Je ne fais pas de grosses productions mais c’est de l’artisanat dans le sens où je peux répéter [la fabrication] d’un objet. [...]

Parlez-moi un peu de l’exposition “Terre Noire” à la Galerie PAVA d’Edmonton…

Je voulais faire une série exprès pour cette expo. Je trouve intéressante cette terre [espagnole] qui est noire à cause de l’oxyde de fer. J’aime bien travailler avec des terres différentes. Là c’est un peu rugueux parce qu’il y a des petits morceaux de terre déjà cuite mélangée avec de la terre crue. [...] Dans l’expo, on a un émail blanc stannifère (avec de l’oxyde d’étain) très utilisé à Vallauris. Quand on met cet émail dans la terre noire, ça fait des boules dans le four et après ça fait de petites taches. [...] J’ai fait des petites assiettes, des petites tasses et des vases en utilisant de la terre noire et trois émaux différents. Il y a aussi une dizaine de bols pour la cérémonie du thé [...] Les pièces sont toutes à vendre : ça commence à 12 $ et ça va jusqu’à 120 $. [...]

 

Défournement et enfumages des pièces en cuisson "raku" dans le cadre d'un stage animé par AIR Vallauris en juillet 2014 avec les élèves de l'Université Ewha de Séoul (programme d'études internationales) et leur Professeur Eun Kyung Choi.

 

Photos : courtoisie AIR Vallauris

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