Imprimer cette page

Gohou et Nastou : « Pour nous, il n’y a pas de tabous »

La Communauté ivoiro-canadienne d’Edmonton organisait sa première Soirée du Grand Rire samedi 18 mars au Northgate Lions Recreation Centre. Les humoristes ivoiriens Gohou et Nastou étaient les invités d’honneur, mais des danseurs et comédiens locaux ont aussi proposé de petits spectacles.

Samedi 18 mars, plus de 300 personnes ont répondu à l’appel de la Communauté ivoiro-canadienne d’Edmonton. À l’intérieur du vaste Northgate Lions Recreation Centre, toutes les tables ont trouvé preneur. Pour déplacer cette foule de gens prêts à payer entre 35 et 50 $ leur billet d’entrée, les organisateurs ont eu recours à un argument choc : la venue du duo comique ivoirien Gohou et Nastou, très célèbre en Afrique, notamment  à la télévision.

Dès sa première apparition sur la scène, Michel Gohou déclenche un tonnerre d’applaudissements et de cris. Le comédien n’hésite pas à aller immédiatement au contact de son public, circulant entre les tables et blaguant avec ses fans. Il se moque notamment de l’affaire Dominique Strauss-Kahn au détour d’une vanne, draguouille un peu, puis remonte sur scène afin d’interpréter deux sketchs en solo. Il tourne d’abord en dérision le christianisme… avant de s’attaquer au très récent crash de l’avion de Germanwings dans les Alpes françaises, qui a fait 150 victimes. « Pour nous, il n’y a pas de tabous, explique Gohou après le spectacle. Derrière l’humour, il y a toujours un message qui passe. Le message, c’est comme une pilule, si on enlève le côté sucré, c’est très amer ! »


80% d’improvisation

L’arrivée de sa complice Nastou Traoré provoque une nouvelle vague d’enthousiasme dans la salle. Le duo est enfin réuni. Il s’agit désormais de parler du couple et de ses tracas quotidiens, le tout largement improvisé : « On a juste le squelette, une ligne de conduite. On sait où on commence, on sait où on finit, mais on improvise beaucoup, au moins 80%. […] Je crois que c’est ça qui fait le piment de la chose », confie Gohou. « Ces personnes connaissent nos films, ajoute Nastou, donc on essaye d’adapter pour jouer avec le public ! » Et en effet, le public est régulièrement mis à contribution, comme lorsqu’un enfant monte sur scène pour apprendre le karaté à la comédienne – afin qu’elle puisse mettre un raclée à son ‘‘mari’’ – ou lorsque le couple se poursuit dans la salle et que Gohou demande de l’aide aux spectateurs hilares.

Si la plupart des membres du public sont d’origine africaine, le duo souhaite s’adresser à tous. « [Notre spectacle] n’est pas destiné seulement à la diaspora… On a des sujets universels ! On souhaite surtout que des personnes qui ne sont connaissent pas nous découvrent, assure Nastou. Les problèmes de couple, ça se passe partout ! ».

Défendre l’égalité homme-femme

Au milieu du show, le rapport de force homme-femme bascule, apportant un certain équilibre entre les deux personnages qui, derrière la caricature, évoquent des problématiques bien réelles. « Pour que l’égalité homme-femme soit une réalité, il faut qu’on communique là-dessus. Et la comédie, c’est notre plateforme de communication », précise Gohou, qui s’est fendu en fin de spectacle d’un discours sur la nécessité de débarrasser le continent africain des guerres en mettant de côté les différences et en substituant le développement agricole à la violence. Le duo s’est ensuite longuement prêté au jeu des photos avec ses fans, visiblement ravis.

Humoristes expérimentés, Nastou et Gohou vivent aujourd’hui de leur art. « Il fut un moment où, en Côte-d’Ivoire, on disait que l’art ne nourrissait pas son homme, mais ça c’était avant. Peut-être que ça ne fait pas de nous des millionnaires, mais le minimum vital est là, on arrive à prendre nos familles en charge », affirme le comédien.

Bien que Gohou soit déjà venu à Montréal il y a un an et demi, c’était la première fois qu’il se produisait dans l’Ouest. Pour Nastou, il s’agit même de sa toute première tournée canadienne. Après les dates de Montréal, Québec et Edmonton, les deux humoristes retourneront à Montréal et termineront leur périple canadien par Ottawa le 4 avril.
 

La première Soirée du Grand Rire organisée par la Communauté ivoiro-canadienne d'Edmonton a eu lieu le 28 mars au...

Posted by Le Franco (journal) on lundi 30 mars 2015
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Éléments similaires (par tag)