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« On devient une famille très vite » (entrevue avec la danseuse Carol Prieur)

Carol Prieur a grandi en Irlande et en France avant de déménager à Vancouver, puis à Winnipeg et à Montréal, où elle réside depuis 20 ans. C’est une des danseuses de la Compagnie Marie Chouinard qui présentera les spectacles Gymnopédies et Henri Michaux : Mouvements le 7 mars au Banff Centre.

Pour quelle raison avez-vous commencé à danser ?

Carol Prieur : Je ne sais pas… C’était juste quelque chose que je voulais faire. Quand on a déménagé au Canada (à Vancouver, alors qu’elle avait 11 ans, NDLR), on habitait dans un quartier et il y avait une école de danse. J’ai commencé comme ça. […] À l’Université Simon Fraser, il y avait un programme de danse et un programme de kinésiologie. […] Je voulais faire les deux. Après la première année, je voulais juste faire [de la danse] ! C’est pourquoi je suis ensuite allée à Winnipeg, qui était vraiment une école professionnelle.

Avez-vous toujours fait de la danse contemporaine ?

CP : Dans ma petite école de quartier, on faisait un peu de tout, rien de strict. J’ai continué dans le domaine moderne mais c’est sûr que, dans l’entraînement d’une danseuse, il y a toujours un peu de classique. Dépendamment de l’école, le pourcentage va changer. Je n’ai pas une grande formation en classique… Ça faisait toujours partie du curriculum des écoles […] mais je n’ai jamais été très bonne en classique ! (rires)


Est-ce difficile de vivre professionnellement de la danse ?

CP : Je pense que ça dépend de ce que vous avez comme standards de vie, de vos habitudes. C’est sûr que c’est une vie où on doit être ouvert aux changements, [accepter de] déménager d’une ville, d’un pays. […] Si on est prêt à être dans cet inconnu, cette instabilité, ça aide. J’ai été assez chanceuse. […] Montréal, c’est une ville qui n’est pas chère, très abordable pour des danseurs. […] Mais c’est sûr que les danseurs n’ont pas une vie de luxe.

Comment avez-vous rejoint la Compagnie Marie Chouinard ?

CP : Quand j’étais étudiante à Winnipeg, la compagnie est venue à un festival de danse. Marie présentait la première pièce de groupe qu’elle avait faite, Les Trous du Ciel. […] J’ai été vraiment frappée viscéralement, attirée par l’énergie. Les Trous du Ciel, c’est une pièce où il n’y a pas de musique : toute la bande sonore est faite par les voix des danseurs. […] J’étais fascinée par le travail presque théâtral. Ça frôlait différents mondes, ce n’était pas de la danse lyrique, mais vraiment autre chose. Ça touchait à un imaginaire qui me parlait. C’était ma première rencontre avec la compagnie.

Plusieurs années plus tard, j’étais à Montréal pour un projet. Marie faisait des auditions et une amie m’a dit : ‘‘Viens avec moi’’.  Je travaillais déjà à Winnipeg, j’étais gênée… mais j’y suis allée. Marie ne cherchait pas une femme à l’époque mais elle a invité plusieurs des danseurs qui étaient à l’audition – on était peut-être six – à rester et à travailler pendant deux semaines avec la compagnie. J’avais le temps alors je suis restée. On a juste développé une relation comme ça. Six mois plus tard, elle avait besoin d’une danseuse, elle m’a appelé et là j’ai rejoint la compagnie.

Avez-vous une méthode pour gérer le stress ?

CP : Moi c’est le temps. Quand j’ai le temps de me préparer et de m’échauffer, ça me soulage et ça me déstresse. […] Par exemple, dans le spectacle Gymnopédies, je récite un texte donc la voix fait partie de mon échauffement et m’aide à réchauffer tout le corps. […]

Sinon, la natation. Dans chaque ville, je trouve une piscine et je m’en vais dans l’eau. C’est vraiment une façon pour moi de garder la forme, d’être en mouvement. […]  Je trouve que c’est important de ne pas toujours être en train de ‘‘focuser’’ sur ce qu’on fait, d’avoir une séparation puis de revenir.

 

Gérard Reyes, Mariusz Ostrowski, James Viveiros, Lucy May, Lucie Mongrain, Leon Kupferschmid et Carol Prieur
(photo : courtoisie Compagnie Marie Chouinard)


Comment fonctionne la collaboration entre les danseurs de la compagnie ?

CP : On devient une famille très vite à cause de la nature de ce travail et parce qu’on est toujours en tournée. On a besoin d’établir quelque chose qui est très fluide. On est loin de nos familles et de nos maisons, alors on devient une famille. C’est un travail tellement intense et intime. […] Dès qu’on monte sur scène, il y a un grand respect pour les uns et les autres. Et quand on voit quelqu’un qui va de plus en plus loin dans le travail, ça nous inspire. C’est comme ça qu’on continue à grandir, à évoluer dans l’art de la scène.

Comment présenteriez-vous Gymnopédies et Mouvements?

CP : Gymnopédies, c’est une pièce poétique, romantique et érotique qui touche à la sensualité. Il y a aussi le travail des clowns qui apporte un côté humain, même satirique. […] Et on a tous dû apprendre le piano ! […]

Mouvements, c’est vraiment la physicalité crue et les émotions. […] On passe à travers toutes sortes d’états d’être. […] J’ai un lien assez spécial avec Mouvements car, il y a dix ans, c’était créé pour moi comme un solo. Après, Marie l’a amenée un peu plus loin pour que ça devienne une pièce de groupe. Elle a reçu ce livre (d’Henri Michaux, NDLR) comme cadeau et c’était toujours un projet qu’elle voulait faire pour elle-même. Le fait d’avoir ce défi de texte (elle doit réciter un très long monologue, NDLR), c’est un autre trip […]. J’aime le fait de goûter à autre chose.

Vous venez d’être distinguée aux Prix de la danse de Montréal. Qu’est-ce que cela représente pour vous ?

CP : C’est énorme. C’est quelque chose qui m’a bouleversée. Je suis entourée de danseurs incroyables et être choisie pour représenter ce travail me touche profondément. […] Il n’y avait pas de prix pour les interprètes avant, il y a quelque chose d’historique là-dedans. Ça va donner un genre de boost à la communauté, une fierté.
 

Photo en haut de l'article : courtoisie Sylvie-Ann Paré

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