Imprimer cette page

L’Aventure du Canoë volant : raviver une histoire commune

« Quand on parle du Canoë volant, on parle de ce beau bateau et l’idée c’est qu’on embarque ensemble. On flotte, on voyage le ciel ensemble, on atterrit dans le ravin et on partage nos richesses culturelles avec la grande communauté d’Edmonton qui est anglophone. »

C’est de cette manière que le directeur de La Cité francophone et organisateur de l’Aventure du Canoë volant, Daniel Cournoyer, décrit l’événement qui depuis trois ans investit le quartier Bonnie Doon au mois de février. Le 6 et 7 février au soir, plus de 12 000 personnes se sont promenés de La Cité francophone au ravin Mill Creek pour profiter de tous les spectacles, activités et installations offerts.

Le festival s’inspire de la légende franco-canadienne de Galerie, ce chasseur condamné à errer dans le ciel à tout jamais pour avoir préféré la chasse à la messe. Mais c’est une fusion de cette légende avec celle des canoës volants des Premières Nations qui donne son âme à l’évènement. « En s’inspirant des deux légendes, à ma grande surprise, on est en train de tisser des liens, relate Daniel Cournoyer. La première année, c’était vraiment que nous, les francophones, qui partagions notre culture avec le grand Edmonton. L’année d’après, on a embarqué avec Native Counselling Services of Alberta (NCSA). »


Ceux-ci ont érigé deux grands tipis dans le ravin, où des percussionnistes et des chanteurs autochtones accueillent les visiteurs. « Ce que nous voulions faire à cet évènement en particulier, c’est de créer un espace où les autochtones et les non autochtones puissent échanger et dialoguer comme des êtres humains parce qu’il n’y a pas beaucoup d’endroits comme ça, explique la chargée de projets à NCSA Karen Erickson. Les problématiques qui sont survenues avec le colonialisme, à travers les écoles résidentielles et la loi sur les Indiens ont transmis le message que le mode de vie et la culture des Premières Nations n’étaient pas convenables. » Avec un contact direct et humain, les préjugés sont plus facilement défaits.

C’est en tout cas ce qu’espère Daniel Cournoyer. « On a déjà de bonnes conversations, parfois des conversations difficiles parce que quand on dit peuples fondateurs, mais on est arrivés beaucoup plus tard que eux. »

2015 étant l’année où la Commission de vérité et réconciliation livrera son rapport, cette démarche, bien qu’en dehors du contexte politique, résonne de pertinence. « On a déjà eu des relations assez étroites il y a longtemps. On les a perdues de vue et là on voit qu’en tant que sociétés minoritaires, ce métissage-là est en train de se faire », se réjouit le directeur de La Cité.

Plus loin dans le ravin, c’est le camp métis. Là, on a droit à des cours de gigue et de reels, un mélange écossais, français et autochtone enseigné par Lyle Donald, de l’Edmonton Metis Cultural Dance Society, et ses deux filles. Lui aussi est heureux de pouvoir partager sa culture et son histoire. « On nous a appris quand on était jeunes à être fiers de notre culture et à la partager. Peu importe que tu sois métis ou autre, ou comment on te désigne, au moins ils reconnaissent que tu existes. Montre-leur qui tu es et ce dont tu es fier… et c’est pour ça que nous participons à ce genre de festivals », dit M. Donald.

Une des nouveautés cette année est la participation du festival Rubaboo, coordonné par Christine Frederick d’Alberta Aboriginal Arts. Non seulement ses artistes ont contribué aux expositions de GalerieCité, ils ont également donné un spectacle dans le théâtre de La Cité durant toute la semaine entourant le festival. Mme Frederick s’est dite très touchée d’avoir été « incluse de manière honnête et authentique » et ainsi, d’explorer elle-même sa propre histoire francophone. « [Les relations entre les peuples fondateurs métis, autochtones et francophones], c’est une pièce du casse-tête canadien qui manque en ce moment et je pense que ce sont les arts et les gens qui peuvent la ramener. »

Pour Daniel Cournoyer, le Canoë volant est le véhicule idéal pour renouer les liens entre communautés minoritaires et souvent marginalisées, mais aussi avec ceux qui n’ont jamais vécu d’urgence culturelle, les anglophones. « On va laisser les politiciens faire leur politique mais nous il y a des moments où on doit célébrer, on doit informer notre public  – puis informer notre public c’est pas toujours avec une brique puis un fanal en tapant sur la tête – il y a des moments pour ça, mais ici c’est autre chose. »

Les images sont tirées du documentaire « Canoë volant : une histoire commune » réalisé par l’équipe du Franco et Edmond Noël Naki durant le festival :

 

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Éléments similaires (par tag)