Une trentaine de salariés et plus de 52 013 visites en une décennie… Connexion Carrière a soufflé vendredi 22 juin sa 10ème bougie, au Bow Valley College de Calgary. Au service des francophones à la recherche d’emploi, l’organisme était fier de déclarer que ses premiers clients sont aujourd’hui des recruteurs.

Equipe de connexion carriere 2018. credit photo connexion carriere

Connexion Carrière a organisé le 24 avril, la 14e édition du Salon de l’emploi bilingue au Bow Valley College. Près de 200 visiteurs francophones y ont participé. Cet évènement aura permis aux personnes à la recherche d’un emploi d’être mises en relation avec des employeurs et des fournisseurs offrant des services en français. Rapide tour d’horizon de ce Salon.

Bow Valley College a Calgary

Le salon de l’emploi bilingue, organisé par Connexion Carrière, a réuni mardi 19 septembre à Calgary près de 400 visiteurs et une vingtaine d’employeurs au Campus Sud du Bow College. La rencontre constitue une occasion unique pour les chercheurs d’emploi et les employeurs à la recherche de talents bilingues de se rencontrer.

Derreck1Le ralentissement économique qui affecte présentement l’Alberta touche de nombreux travailleurs. La situation de la province en inquiète plusieurs, au point où la première ministre, Rachel Notley, a cru bon de s’adresser directement à la population, le 6 avril dernier, pour faire le point. Y a-t-il péril en la demeure? Tour d’horizon.

« Il ne fait aucun doute que la chute du prix du pétrole heurte notre économie », a commencé la première ministre, dans un message télévisé et retransmis sur la chaine YouTube du gouvernement au coût de 90 000 $.

Si le ton se voulait rassurant, le message, lui, est sans équivoque. La première ministre a mis carte sur table en présentant sans artifice les dernières données reliées à l’emploi. « Le taux de chômage est passé de 4,6 % en 2012 à 7,9 % en février 2016 », a-t-elle démontré. D’ailleurs, selon les dernières statistiques, la ville canadienne ayant le taux de chômage le plus élevé est Calgary, à 8,6 %.

Pour Rachel Notley, cette fâcheuse situation est directement liée au prix du baril de pétrole, qui a chuté de 107,16 $ en juin 2014, à 26,21 $ en février 2016. « Nous sommes Albertains, nous savons que le prix du pétrole varie, mais une telle chute, qui dure depuis aussi longtemps ne s’est jamais vue », a-t-elle insisté avant de mentionner que la province devait absolument diversifier son économie. « L’Alberta est simplement trop dépendante au prix du pétrole. »

Sur le terrain
Une telle déconfiture économique touche évidemment beaucoup de gens. « C’est plus tendu que d’habitude. La compétition est plus féroce pour obtenir un emploi », exprime Erwan Goasdoué, coordonnateur de programme chez Connexion Carrières à Calgary. Il fait savoir que la ville de Calgary a récemment tenu un salon de l’emploi où les organisateurs ont dû refuser de laisser entrer des visiteurs. «Plus de 8000 personnes se sont présentées. Ils ont été obligés de retourner les gens chez eux. »

Cela dit, à Connexion Carrière, il appert que le volume de clients est demeuré stable par rapport à l’année dernière. « Je pense que nous n’avons pas encore vu le pire. Il y a toute une vague de personnes qui cesseront de recevoir des prestations de chômage et qui attendent à la dernière minute avant de chercher un emploi », communique-t-il.

graph1

Aux dires du coordonnateur de programme, Calgary est plus touché par la crise que la ville d’Edmonton. Un point de vue partagé par Suzanne Corneau, directrice générale d’accès•emploi, dans la capitale. « Beaucoup de cols blancs de Calgary ont été mis à pied. Des gens avec des gros salaires qui dépensaient beaucoup », dit-elle. À son avis, les restaurants et les boutiques du centre-ville sont donc moins achalandés.

« Nous ne sommes pas habitués à voir des taux de chômage si élevés. Oui, le secteur du pétrole est le plus touché, mais cela se répercute sur tout le reste, dont les usines à Nisku, à Leduc, à Edmonton, là où les pièces nécessaires au forage à Fort Mc Murray sont fabriquées », décline-t-elle.  graph2

Précarité pour les nouveaux arrivants
Pour Suzanne Corneau, les options pour les chercheurs d’emploi ne sont pas légion. « Il faut accepter des emplois moins rémunérateurs. » Elle cite en exemple le cas d’ingénieurs venant de l’extérieur du Canada. « Ils ont révisé leurs attentes salariales, plus personne ne s’attend à trouver un emploi à 30 $ ou 40 $ de l’heure », laisse-t-elle tomber.

Pour les nouveaux arrivants en quête d’une vie meilleure au Canada, le ralentissement économique est plus qu’un nuage noir. « Plusieurs n’ont pas d’assurance-emploi. Ils n’ont presque rien pour survivre », se désole Georges Bahaya, directeur général du Centre d’accueil et d’établissement Alberta-Nord. « Pour ceux qui ne parlent pas bien anglais, c’est encore pire, car en contexte de ralentissement économique, les compagnies sont plus pointilleuses sur cette question. Elles cherchent des gens qui parlent très bien anglais », affirme-t-il.

graph3

Bilinguisme et emploi
Néanmoins, dans ce contexte plutôt sombre, le bilinguisme peut être un atout pour dénicher un travail. « Il faut savoir capitaliser sur cette force. Une des industries qui ne souffre pas trop du ralentissement économique est le tourisme. Dans cet environnement, être bilingue est un plus », juge Erwan Goasdoué.

D’ailleurs, au dernier salon de l’emploi de Connexion Carrière, une vingtaine d’employeurs présents étaient à la recherche de ce type de clientèle. « Avec l’agrandissement de l’aéroport de Calgary, les employés bilingues sont en demande dans le secteur des douanes, de la sécurité et du service à la clientèle », continue le coordonnateur de programme.   Même son de cloche du côté du salon de l’emploi d’accès•emploi, où le gouvernement fédéral recrutait.

Éclaircie en vue
Les Albertains auront-ils bientôt droit à un répit? Le dévoilement du budget, le 14 avril, fera part des stratégies du gouvernement pour remettre l’économie de la province sur les rails. « Nous avons créé une politique sur le climat qui génèrera de nouveaux emplois et effacera tous les doutes quant à notre approche environnementale », a candidement affirmé Rachel Notley.  

Par ailleurs, pour Suzanne Corneau, les investissements en infrastructures promis par le gouvernement fédéral viendront changer la donne. « Beaucoup de chômeurs pourraient aller travailler sur les chantiers de construction », pense-t-elle. Le mot de la fin revient à Erwan Goasdoué qui estime que tout n’est pas noir. « Il y a encore des success-stories de gens qui trouvent du travail et arrivent à se débrouiller. Quand on est bien équipé et qu’on y met l’effort, il y a de l’espoir. »

 

2015-10-21 10.39.30Le taux de chômage a peut-être augmenté à 6,5 pourcent dernièrement en Alberta; mais le nombre de chercheurs d’emploi ayant participé à la foire à l’emploi de Connexion Carrière du 21 octobre, lui, est resté sensiblement le même. L’association, qui organise ce genre d’évènement tous les six mois, a accueilli plus de 200 francophones et francophiles au collège Bow Valley de Calgary.

 

Sur place, les gens s’échangent des poignées de main, font connaissance mais surtout, se partagent de l’information, des cartes d’affaires et des curriculum vitae. Le tout se passe surtout en français. « On veut avoir des entreprises qui cherchent des candidats bilingues où le français va être un atout et un besoin dans leur entreprise », explique celle qui agit d’intermédiaire entre le chercheur d’emploi et l’employeur à Connexion Carrière, Carole Bédard.

Calgary, oh Calgary ! La réputation de cette ville, en matière de croissance économique et d’employabilité générée par l’industrie pétrolière, attire de nombreux immigrants depuis plus de 10 ans. En Alberta, la taxe sur les produits et services (GST) est de seulement 5 %,  contre 15 % au Québec. Chaque année, des milliers d’immigrants provenant d’horizons différents viennent s’y installer. L’immigration est souvent motivée par des raisons économiques,  politiques, voire personnelles ; mais on néglige souvent l’adaptation sociale et culturelle que cela implique. De nombreux immigrants pensent bâtir un avenir meilleur en Alberta, sans soupçonner l’impact que cela aura sur leur identité sociale. Quel est le lien entre l’identité sociale d’une personne et sa recherche d’emploi à Calgary ? Ce fossé n’est pas tous les jours facile à combler, et passe souvent par l’apprentissage de nouvelles manières de faire, de penser et l’assimilation de certains pièges à éviter.

Travail et identité sociale d’une ville

L’appel du grand Ouest séduit.  Statistiques Canada a mené en 2000 une étude sur les changements dans la répartition régionale des nouveaux immigrants au Canada, et presque la moitié de tous les nouveaux immigrants au Canada prévoyaient alors de s'établir à Toronto. En 2012, cette proportion a diminué pour atteindre moins de un sur trois. De manière générale, une proportion importante d’immigrants ont changé leur fusil d’épaule, en choisissant d'autres destinations, plus particulièrement vers les Prairies. L’Alberta, a vu son chiffre presque doubler en passant de 6,3 % à 11,6 % ces 10 dernières années. La réputation de l’Alberta peut donner l’impression qu’il n’y a qu’à se baisser et ramasser pour obtenir un travail à Calgary. Tout dépend de sa profession. Si pour certains, décrocher un travail peut aller vite, ce n’est pas systématique ; et l’Eldorado du plein emploi peut s’avérer être un long pèlerinage. Calgary est la ville des cols blancs. Il n’est pas évident de s’identifier dans une société où beaucoup de ses habitants ont pris le pli de se définir par ce qu’ils ont, et non par qui ils sont. Alors, que faire pour trouver ses marques dans une ville où l’identité sociale et culturelle d’une personne ne se définit principalement qu’au travers d’un salaire élevé, d’un statut lié à celui des grandes entreprises et de ses acquis sociaux ? Erwan Goasdoué, coordinateur de programme à Connexion Carrière à Calgary, explique les principales embûches que rencontrent généralement un nouvel arrivant : “le langage, les immigrants internationaux ont l’attente de tomber dans un pays bilingue”. Autre point important souligne Erwan :   “Le manque de réseau, les gens se sentent isolés. Il faut trouver le moyen de briser la glace. Par exemple, j’aime bien le club de tricot cela permet de rencontrer des personnes, de faire des choses, on apprend et on partage, cela permet de développer le langage”. Enfin, ajoute-t-il : “les certifications locales, faire valoir son diplôme par des écoles locales. C’est quoi les mécanismes qui permettent d’appliquer dans sa recherche d’emplois”. 

L’organisme francophone d’aide à la recherche d’emploi, Connexion Carrière, va déménager sur le campus Ouest de l’université Bow Valley College dans le courant du mois d’avril. Le directeur, Erwan Goasdoué, explique ce changement de locaux et parle des projets de l’organisme.

 

Erwan Goasdoué est directeur de Connexion Carrière depuis 2011, après y avoir travaillé en tant que  conseiller en emploi pendant trois ans. Son expérience dans la grande distribution internationale en France et en Angleterre, notamment comme recruteur, lui a permis d’avoir un regard général sur ce que les employeurs attendent d’un nouvel employé.

 

Pour lui, Connexion Carrière apporte de l’aide aux francophones à trois niveaux. Tout d’abord, en mettant à disposition une multitude de ressources en libre-service, des ordinateurs, fax, téléphones, imprimantes, annuaires, listes d’agences, afin d’aider les personnes en recherche d’emploi.

 

Vendredi 6 février, Nicole Chenier a reçu un Prix de l’excellence en éducation. Cette éducatrice en prématernelle à l’École Nouvelle-Frontière de Grande Prairie nous raconte son parcours depuis le Québec et sa passion pour les enfants.

Au secondaire, alors qu’elle étudiait l’administration, elle s’imaginait devenir secrétaire dans un bureau. Une carrière qui l’aurait sûrement condamnée à l’ennui le plus profond… Finalement, Nicole Chenier change son fusil d’épaule et décide de s’inscrire à un cours consacré à la petite enfance. « Les enfants, ça me fascinait, se souvient-elle. Un enfant, ça te prend comme t’es, alors que les adultes peuvent porter des jugements. »

Son premier emploi sera dans une garderie de Papineauville, non loin de son village d’origine. Elle y restera 19 ans. Elle commence par s’occuper des poupons pendant six mois. « J’ai aimé ça mais tu n’as pas beaucoup de temps : c’est les biberons, les couches... » Après ça, l’éducatrice passe aux 2-3 ans et s’attache à éveiller leurs sens… avec des conséquences parfois inattendues : « Tu as beau leur dire que c’est pas propre, les enfants aiment beaucoup manger la neige ! », s’amuse la Québécoise. Parfois, les tout petits n’arrivent pas à exprimer leur pensée et, frustrés, se mettent à « pousser, tirer les cheveux, mordre ». Pour gérer ces petites crises, la clé reste la patience. Et ça tombe bien, Nicole en a à revendre.

Luc Lacasse a conduit une pelleteuse pendant deux semaines sur le site d’un puits de pétrole, à deux heures au nord-ouest de Grande Prairie.

 

« C’est pas fait pour tout le monde », affirme Luc Lacasse en racontant le quotidien des hommes qui vivent sur les puits de pétrole. Cet entrepreneur travaille habituellement dans la construction et la rénovation, mais il vient de réaliser un contrat de deux semaines sur un petit puits de pétrole près de Dawson Creek, en Colombie-Britannique. Un ami québécois sous-contractant pour les « compagnies d’huile » lui a donné le tuyau.

Sur place, une cinquantaine d’employés s’affairent autour du derrick et de sa perceuse qui descend à plusieurs kilomètres de profondeur en quête de l’or noir. Les ‘‘shifts’’ classiques durent douze heures, de sept du matin à sept du soir et inversement. Le bruyant moteur diesel alimentant la foreuse ne s’arrête jamais. Mais en tant qu’ancien camionneur, Luc n’a pas de mal à s’endormir. Au volant de sa pelleteuse, il transporte des produits chimiques ou des boues de forage trois heures par jour. Et le reste du temps ? « Je regarde la télévision et je vais sur internet avec mon téléphone. »

Dopée depuis des décennies par le dynamisme des secteurs du pétrole, du gaz et de la foresterie, Grande Prairie possède un grand pouvoir d’attraction. Si les opportunités d’emplois sont bien réelles, l’intégration n’est pas toujours simple pour les nouveaux arrivants, notamment les francophones.

« Il faut arrêter le rêve de l’eldorado, ce n’est pas le tapis rouge ici », explique Michelle Margarit, présidente de l’Association canadienne-française de l’Alberta de Grande Prairie et conseillère à l’emploi.

Koffi Kouadio (sur la photo avec sa femme) peut en témoigner. Cet ingénieur diplômé au Québec n’a pas encore trouvé d’emploi à la hauteur de sa formation. En arrivant à Grande Prairie, il a travaillé sur des chantiers de construction pour « payer les factures et nourrir la famille ». Il n’a aujourd’hui plus d’ouvrage et sa femme Élisabeth Katchié doit rester à la maison s’occuper de leur dernier enfant, trop jeune pour aller à la garderie. « Les médias internationaux ne montrent que les côtés positifs [du Canada] et pas les difficultés », estime M. Kouadio. « Quand je dis [à ma famille restée en Côte d’Ivoire] que je n’ai pas un rond, ils ne me croient pas ! », ajoute Mme Katchié. La communauté ivoirienne les aide à tenir.

Page 1 sur 2
Aller au haut