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« La tente d’Abraham », une rencontre teintée par la fusillade à Ottawa

C’est le 23 octobre, à la mosquée Calgary Islamic Centre (SW Mosque) sur la 14e avenue sud-ouest, qu’a eu lieu la rencontre mensuelle Abraham’s Tent. Cette occasion de dialogue est coordonnée par le révérend diacre Adrian Martens, coordonnateur des Affaires œcuméniques et interreligieuses du Diocèse catholique romain de Calgary. Connu à l’origine sous le nom de Muslim-Christian Dialogue, le programme de sensibilisation et de partage interreligieux fonctionne à Calgary depuis déjà plus de sept ans. Le sujet de la rencontre  du mois d’octobre était : The Middle East, Islam, and Terrorismet avait lieu à la mosquée.

La fusillade survenue sur la colline parlementaire à Ottawa a rendu cette rencontre ordinaire encore plus importante que prévue et le groupe d’une douzaine de participants accueillait ce soir-là deux représentants de la Gendarmerie royale du Canada (GRC), des équipes intégrées de la sécurité nationale.  Ils étaient présents pour « rassurer le groupe » et rappeler aux participants « d’être aux aguets pour quelconque comportement suspect qui pourrait suggérer une menace terroriste », selon les deux agents qui ne souhaitaient pas être nommés dans les médias.


Selon les rapports de la GRC et la police de Calgary, le tireur aurait vécu à Calgary aussi récemment qu’au mois d’août et le véhicule qu’il conduisait aurait été immatriculé et retracé à la mosquée où se tenait la rencontre.

Adam, un membre du groupe Abraham’s Tent et employé de la mosquée qui ne souhaite pas divulguer son nom de famille, présidait la rencontre en l’absence du diacre Martens qui devait assister à un autre évènement.  Il se disait déçu de l’attention des médias envers cette affaire de voiture et a affirmé que la mosquée n’est pas propriétaire d’aucun véhicule. Il s’est dit également agréablement surpris du nombre de participants compte tenu des circonstances.

Concernant la fusillade, « notre religion et le Coran n’appuient pas ce type d’acte de violence, a-t-il déclaré. C’est tout à fait contre notre religion de tuer. La véritable foi musulmane valorise la paix et ces nouveaux convertis à l’Islam qui se disent musulmans ne sont que des criminels et des meurtriers. Ils ne sont pas des musulmans! »

Bien que le but de ces rencontres mensuelles soit d’encourager le dialogue, Adam ne laissait pas facilement la parole aux participants. En effet, l’abbé Noël Farnam, pasteur de l’Église Sainte-Famille,  a exprimé plus tard son mécontentement, face à ce comportement.  « J’ai réagi contre le fait que le dialogue ouvert et la conversation à laquelle on s’attendait était plutôt une présentation unilatérale de la part de la même personne », a-t-il déclaré. Cette présentation et la discussion ont été en majeure partie centrées sur l’affirmation que les évènements du mercredi 22 octobre n’avaient rien à voir avec la religion musulmane.

En réponse à une question portant sur les livres saints et la motivation à la violence et au terrorisme l’abbé, Farnam pense que « lire littéralement beaucoup d’écrits saints de différentes religions, si on ne les explique pas dans leur contextes historiques, peuvent aujourd’hui être des éléments qui motivent le terrorisme dans différentes religions. » En effet, durant la discussion, il a été question de sensibiliser les nouveaux convertis à la notion d’interprétation des écrits saints.

« Ma première participation à un meeting de Abraham’s Tent a été très fructueuse et m’a permis d’apprécier certains aspects de la dynamique inter-religieuse à Calgary », affirme Agnès de Dreuzy, professeure agrégée adjointe à la Catholic University of America à Washington et nouvelle arrivée à Calgary.

«  Ce qui m’a le plus frappée dans cet attentat est la haine du tueur pour l’armée et le fait qu’il s’en soit pris à quelqu’un qui maintenait la garde devant le War Memorial. C’est peut être mon travers d’historienne, précise-t-elle, mais il m’a semblé qu’il cherchait à s’attaquer à la source même de ce qu’est le Canada, à son histoire, ses valeurs, sa mémoire. Les militaires représentent un pays multiculturel. Ce n’était donc pas, à mon sens, une attaque à teneur religieuse, ni même vraiment politique. »

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