Le rapport du RIFA réveille les ardeurs

 

 

 

Le Réseau en immigration francophone de l’Alberta (RIFA) a proposé de nouveaux axes stratégiques lors de son atelier au Congrès annuel de la francophonie, le 18 octobre dernier. Ce fut l’occasion également de recevoir une rétrospection de différentes voix des communautés immigrantes et d’accueil d’Edmonton.

 

En 2010, l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) a entrepris des consultations communautaires auprès de tous ses partenaires pour trouver des manières d’engager les communautés ethnoculturelles au sein de la communauté franco-albertaine. En 2011, le Réseau en immigration francophone de l’Alberta (RIFA) a officiellement été créé, constitué de 33 membres qui se rencontrent régulièrement afin de mettre en œuvre la stratégie 2030 dont le but est, ultimement, « la construction d’une société plurielle de langue française en Alberta ».

Ça marche ou ça ne marche pas ?

 « On constate qu’il y a un faible suivi entre les rencontres, admet la coordonnatrice du RIFA, Ida Kamariza. Et au niveau des rencontres avec les groupes sectoriels, il y a plus d’échanges sur les besoins que sur les solutions. « Les cinq groupes sectoriels sont : accueil, établissement et intégration ; emploi et développement économique ; justice ; éducation; de même que santé et bien-être. « Les gens ne se comprennent pas au niveau des missions et des mandats », dit-elle.

 

La coordonnatrice du RIFA, Ida Kamariza

 Si l’incompréhension règne parfois au sein même du RIFA, elle dépasse également sa clientèle visée. Mohammed Kourouma, membre de la communauté guinéenne d’Edmonton, estime qu’il faut d’abord « mettre tout le monde au même niveau » et expliquer la vocation du RIFA. En effet, celui-ci peut parfois être perçu comme un service alors qu’il n’est en fait qu’un forum, avec une vision qui se veut collaborative et participative de l’immigration francophone en Alberta.

 

Nonobstant cette nuance, certains participants pensent que le manque de résultats concrets démontre que le RIFA, « ça ne marche pas ». « Pourquoi la francophonie ne fait pas progresser la situation au niveau des emplois ? », demande Awah Mfossi Sidjeck, de l’ACFA de Calgary. « Comment voulez-vous que les gens viennent discuter avec vous alors que leurs besoins primaires ne sont pas assouvis ? », note la chercheuse associée à l’Université de l’Alberta, Sedami Gnidehou.

 

D’autres pensent cependant qu’on saute trop rapidement à la conclusion que le RIFA ne fonctionne pas. La vice-présidente du RIFA, Marie-Laure Polydore, pense qu’on ne peut pas « nier le gros travail qui a été fait et que certains membres ne sont tous simplement pas assez impliqués ».

 

Pistes de solutions

Un autre défi justement: comment concrétiser la participation des communautés immigrantes au RIFA ? Mohammed Kourouma propose une solution simple : « La plupart des leaders de ces communautés travaillent toute la semaine, alors si les rencontres pouvaient être en fin de semaine… ». Le président du CANAF (Centre d’accueil des nouveaux arrivants francophones de Calgary), Ahmed Amrouche, pense par ailleurs que le réseau est trop centré sur Edmonton et que certaines réunions devraient être tenues à Calgary.

 

Victor Moke-Ngala, un des parents qui avaient lancé la pétition pour une plus grande multiculturalité des enseignants dans les écoles francophones de la province, pense que cette méthode de mobilisation a également été un bon moyen de recueillir l’opinion de ses signataires sur une question qui touche directement un des groupes sectoriels du RIFA.

 

Des solutions, ou plutôt des conditions pour une sortie de l’impasse à laquelle fait face le RIFA, ont été présentées par Ida Kamariza. Il s’agit de « provoquer une mobilisation commune de tous les partenaires » à l’intérieur d’« une stratégie collaborative, participative » et menée par des « champions qui pourront endosser le projet de changement », peut-on lire sur les diaporamas.

 

Pour ce faire, l’ACFA ne pouvant pas prendre en charge elle-même les besoins, ses partenaires doivent être plus proactifs dans l’offre ; les communautés immigrantes doivent utiliser davantage les ressources existantes (si elles ne le font pas déjà) et les citoyens doivent se sentir plus interpellés par ces questions à titre individuel.

 

Une alternative au RIFA ?

Pour certains, la discussion que le président de l’ACFA, Jean Johnson, voulait axée sur une « passion positive », a plutôt fait place à de la frustration. « L’année dernière, on se posait les mêmes questions », fait remarquer Jeanne Lehman (photo ci-dessus), la présidente de la nouvelle association Francophonie albertaine plurielle (FAP) issue de la grogne des parents immigrés face au faible taux d’embauche d’enseignants issus de l’immigration au Conseil scolaire Centre-Nord. « On est resté sur notre faim encore une fois, dit-elle, à la clôture de l’atelier. On n’a pas abordé de solutions dans cette rencontre, comme dans les autres d’ailleurs. »

 

Victor Moke Ngala

Les objectifs de cette Francophonie albertaine plurielle semblent être les mêmes que ceux du RIFA, mais ses membres se disent plus tournés vers l’action, à l’exemple de la pétition qui a amassé à ce jour plus de 500 signatures. Jeanne Lehman, Paul Dubé et Victor Moke Ngala, tous présents à la rencontre, souhaitent changer le discours de dualité entre Franco-Albertains et immigrants pour ne les considérer tous que comme des « francophones » et remédier à la marginalisation systémique et systématique dont ils font l’objet.

 

Mme Lehman croit qu’« il ne faut pas avoir peur de tout recommencer ». Selon elle, « le problème du RIFA est peut-être qu’on l’associe trop à l’ACFA, et il est possible de rebâtir quelque chose de nouveau, ensemble ».

 

Mise-à-jour: FAP a été incorporée le 21 octobre. 

 

Jeanne Lehman, en entrevue avec Alta TV au sujet de la pétition des parents immigrants francophones au Conseil scolaire Centre-Nord:

 

 
Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut