Dans le no man’s land de l’aide sociale

Evelyne Uma a fui le Burundi il y a cinq mois pour l’Alberta. En attente de la révision de son statut de réfugié, elle n’a pas pu recevoir aucune aide du ministère des Services sociaux.

Evelyne Uma devait venir en Alberta pour rendre visite à un cousin, en vacances. Finalement, menacée de mort à la pointe de fusil chez elle, pour son opposition au gouvernement, elle a fui. Quelques semaines plus tard, elle a également fait venir ses enfants, en danger eux aussi. « Ils voulaient enlever ma petite fille », confie Mme Uma, plus tard dans l’entrevue.

« Je suis née au Burundi, mais mes parents viennent du Congo », dit-elle, en guise d’introduction.


Mme Uma s’est vue refuser sa demande d’asile au Canada. « Quand ils ont refusé ma demande, Alberta Works m’a rejetée aussi ». Ce qui veut dire que la mère de deux enfants n’a pu recevoir aucune aide au revenu, au logement, ou de pension alimentaire pour ses enfants.

« Je me suis retrouvée à la rue », relate la Burundaise, qui avait réussi au départ à se loger en échange de gardiennage. « Pendant ce temps, je n’avais pas de permis de travail. Malheureusement, j’ai raté l’application la première fois parce que je n’ai pas payé, mais c’était difficile pour moi de payer parce que je n’avais pas d’aide à ce moment », continue-t-elle.

Dans un courriel, le ministère des Services sociaux confirme cette corrélation : « Les demandeurs d’asile qui se voient refuser le statut de réfugié et sont en train de faire appel de cette décision auprès du gouvernement fédéral ne sont pas éligibles à l’aide au revenu ou à l’emploi, ni aux formations offertes par les programmes d’Alberta Works. »

Evelyne Uma a en effet fait appel de la décision du ministère de l’Aide sociale à son égard. Le jour où elle devait se présenter devant le tribunal administratif, elle a également reçu son permis de travail du gouvernement fédéral.

Maitre Dieudonné Kandolo devait la représenter devant le juge, mais l’aide juridique de la province — qui éprouve d’importantes difficultés financières en ce moment — n’a pas pu la subventionner. Me Kandolo a cependant rédigé ses arguments pour qu’Evelyne Uma puisse les présenter au juge.

« J’ai fait appel. J’ai expliqué mon cas et c’était comme positif », témoigne-t-elle. Son avocat explique que l’Alberta est la seule province à couper les vivres aussitôt que le premier niveau de tribunal rejette une demande d’asile, même si le demandeur est en recours.

« Dans les autres provinces, ce n’est pas le cas. Jusqu’au moment où la personne est déclarée comme illégale au pays, les demandeurs d’asile ont les mêmes droits que tout le monde au Canada, maintient Me Kandolo (l’assurance maladie fait exception, comme on l’a vu dans l’actualité cet été). Tous les niveaux de gouvernement ont l’obligation de l’appliquer. »

Un de ses arguments accordés par le juge et redirigé à l’intention des avocats du ministère des Services sociaux : « Si elle est illégale, pourquoi est-ce qu’elle a reçu le permis de travail ? »

Me Kandolo conclut donc qu’il s’agit là d’un cas de discrimination. À l’issu de sa convocation devant le tribunal, Mme Uma s’attend à une révision de son dossier auprès d’Alberta Works. « Je n’ai pas eu de réponse positive à l’écrit, mais ils m’ont demandé d’apporter mes papiers de banque. » À la parution de cet article, cela fera environ trois semaines que Mme Uma attend le résultat de son recours. « Je me suis même représentée en personne, dit-elle. Mais c’est très difficile avec les enfants, c’est la rentrée scolaire, je n’ai pas grand-chose à manger, sauf par la banque alimentaire. »

Ses enfants, Caroline (4 ans) et Jonathan (7 ans) (photo) ont commencé l’école à Père-Lacombe, et même les frais administratifs, bien que minimes, sont un poids pour cette famille. Ils sont logés chez une connaissance, et ça fait déjà trois mois qu’Evelyne ne peut pas payer le loyer.

« Les amis se fatiguent d’aider et toi aussi tu te fatigues… »

Evelyne Uma n’est pas seule dans sa situation. Il y a eu 170 nouvelles demandes d’asile à Edmonton en 2012 (781 nouvelles dans l’ensemble de la province de l’Alberta) sur un total de 1696 demandeurs en attente d’un statut plus permanent à Edmonton (5326 dans la province de l’Alberta).

« Comme ce sont des personnes qui sont vulnérables et viennent de pays où il y a des dictatures qui ne respectent pas les droits des citoyens, ils ont peur d’en appeler de la décision du ministère des Services sociaux parce qu’ils pensent que ça va tinter leur dossier », fait remarquer Me Kandolo. Sans compter les coûts qu’implique un recours juridique. « Evelyne est la première à avoir suivi mon conseil », dit-il.




Entrevue d'Alta TV avec Me Kandolo








 

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