Chassés du caucus libéral : des sénateurs surpris, mais confiants

Le 29 janvier dernier, le chef du Parti libéral du Canada (PLC), Justin Trudeau, a annoncé que les sénateurs libéraux n’auraient désormais plus leur place au caucus libéral et siègeront comme indépendants, une annonce qui a pris tout le monde par surprise, spécialement les principaux intéressés.

Mais bien qu’ils aient été pris de court, les sénateurs nouvellement « indépendants » n’ont pas tardé à clamer leur appui à cette annonce de M. Trudeau.


« Cette décision représente un changement positif qui permet au Sénat de mieux jouer le rôle que lui ont confié les Pères fondateurs de la Confédération », a déclaré la sénatrice (anciennement libérale) Claudette Tardif dans un communiqué délivré l’après-midi même, qualifiant la mesure d’audacieuse.

« Ça nous a tous pris par surprise, admet-elle au lendemain de l’annonce, mais c’est une bonne nouvelle. Cela veut dire que nous [les sénateurs nommés sous la bannière libérale] aurons plus de liberté et d’indépendance dans nos fonctions sénatoriales. Nous n’aurons plus besoin de nous demander si nos décisions plaisent aux conseillers libéraux », soutient la sénatrice franco-albertaine qui a été nommée la Chambre haute en mars 2005.

Changement historique ou symbolique?
Dans l’immédiat, la décision de Justin Trudeau de chasser les sénateurs libéraux du caucus aura cependant un impact minuscule.

D’un côté, les sénateurs libéraux n’occupent que 32 sièges, contre 57 pour les conservateurs, sur un total de 105 sièges : la majorité des sénateurs demeure donc « officiellement » partisane.

De l’autre côté, officieusement, les sénateurs libéraux continuent d’adhérer aux lignes directrices du PLC, même s’ils ne sont plus les bienvenus au caucus. « C’est sûr que les sénateurs libéraux partagent les valeurs libérales, cette annonce ne changera pas leur point de vue du jour au lendemain », concède Claudette Tardif.

L’observation a d’ailleurs été faite par plusieurs sénateurs lors d’entrevues avec des journalistes ces derniers jours. « D’un point de vue institutionnel, cela n’apportera pas vraiment de changement, car les libéraux nommés sous la bannière libérale, ils sont libéraux depuis des décennies, et ils continueront d’être des libéraux avec leur carte de membre du parti », appuie le professeur agrégé au Campus Saint-Jean, Frédéric Boily.

M. Boily est, entre autres, l’auteur de Droite en Alberta : d’Ernest Manning à Stephen Harper (2013) et D’une nation à l’autre : discours nationaux au Canada (2011). « Le grand changement [qu’apporte cette action de Justin Trudeau], c’est qu’elle positionne les libéraux du côté de la réforme du Sénat, et donne le message que [pour le PLC] le Sénat doit devenir un organe non partisan », traduit-il.

« Le Sénat est brisé et a besoin d’être réparé », s’est d’ailleurs défendu le chef du PLC lors de la période de questions à la  Chambre des communes, le 29 janvier dernier. Il a souligné que le rôle du Sénat, tel que défini par la constitution, est de modérer le pouvoir du gouvernement et du premier ministre en révisant ses actions pour s’assurer qu’elles sont portées dans le meilleur intérêt des Canadiens.

Mais, selon M. Trudeau, alors que le Parti conservateur du Canada (PCC) est majoritaire, une majorité de conservateurs au Sénat aussi ne fait que renforcer le pouvoir du premier ministre au lieu de le surveiller.

Suite des choses
Qui plus est, du geste de Justin Trudeau transpire certainement un peu de défi. « Ça semble dire aux conservateurs : “vous semblez être contents avec un Sénat partisan alors que nous, nous faisons un grand pas vers le changement”. Ça place les PCC dans une position inconfortable puisqu’ils doivent attendre une décision de la Cour suprême avant de bouger sur la question; et ça isole le Nouveau Parti démocratique parce qu’il est maintenant seul à avoir pris position pour l’abolition simple du Sénat », résume Frédéric Boily.

« Ce serait certainement souhaitable que Stephen Harper emboite le pas comme l’a suggéré Justin Trudeau. Il parle de réformer le Sénat depuis huit ans, mais il n’a encore rien fait », ajoute pour le reste la sénatrice Claudette Tardif.

Ce qui, selon le professeur, est improbable, puisque « suivre l’idée de Justin Trudeau serait l’équivalent d’un aveu d’échec de la part du PCC. Les conservateurs vont trouver autre chose, mais n’empêche que ça les pousse quand même dans le dos », soutient Férédic Boily.

Alors que la question de l’avenir du Sénat est encore loin d’être réglée, Claudette Tardif assure que bien qu’elle ne soit plus la bienvenue au caucus libéral, elle continuera à faire le même travail de qualité et de défendre ses priorités au Sénat, soit l’éducation et les droits linguistiques et culturels au Canada.

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