L’école Alexandre-Taché sera construite sur le site Erin Ridge

Malgré l’opposition de résidents du quartier Erin Ridge, le conseil municipal de Saint-Albert a maintenu, lors de sa rencontre tenue le 26 aout dernier, la décision dans un vote de 5 contre 2 de construire la nouvelle école Alexandre-Taché sur le terrain qui avait été ciblé.

La communauté scolaire francophone de Saint-Albert peut célébrer pour une troisième fois. Une première fois après l’annonce d’une nouvelle école secondaire francophone par la province le 2 mai dernier, une seconde fois à la suite le choix de l’emplacement du site par le St. Albert Joint Use Agreement Site Allocation Committee (un comité formé d’un représentant de la ville et de chacun des trois conseils scolaires) le 14 juin 2013, et, ultimement, par le maintien de la décision du comité par la ville le 26 aout dernier.


La plus récente décision a été rendue nécessaire à la suite de réticences de résidents du quartier Erin Ridge. Ces derniers avaient d’abord fait part de leurs inquiétudes le 15 aout dernier avant de se présenter au conseil municipal le 19 aout. Avant de prendre une décision, le conseil voulait entendre le Conseil scolaire Centre-Nord (CSCN) sur la question.

« Nous étions un peu surpris par cette requête, mais cela fait partie du travail des élus municipaux d’être à l’écoute de leurs citoyens », a soutenu la présidente du CSCN, Karen Doucet. « Cela fait plusieurs années qu’il n’y a pas eu de constructions de nouvelle école à Saint-Albert et les gens sont habitués à leurs espaces, à leurs parcs », enchaine-t-elle.

Ainsi, pendant près de trois heures, les sept élus municipaux ont entendu à la fois ceux qui étaient en faveur et ceux qui s’opposaient au site choisi pour la construction de la nouvelle école Alexandre-Taché.

« La seule décision possible est celle qui est devant nous et qui a été avancée par le conseiller (Malcolm) Parker – de renvoyer la question au comité –, nous n’avons pas d’autres décisions », avait, d’entrée de jeu, affirmé le maire Nolan Crouse.

Ce dernier tenait également à garder le contrôle des délibérations. « Les émotions peuvent parfois être fortes, surtout avec une salle bondée. Par respect, je vous invite à ne pas applaudir, faire des commentaires disgracieux ou autres », a-t-il déclaré.

En effet, quelque 100 personnes, la grande majorité en faveur de l’école, étaient rassemblées pour l’occasion. « Je ne suis pas surprise de la réponse et je suis très contente. Les membres de la communauté scolaire francophone à Saint-Albert sont des personnes habituées. C’est un groupe passionné et lorsque la situation le demande, ils répondent à l’appel », fait remarquer Karen Doucet.

Opposants
Près d’une dizaine d’opposants au projet, des résidents d’Erin Ridge, ont pris la parole lors de la séance. Ceux-ci ont déploré devoir déjà composer avec une circulation dense et un problème de stationnement, principalement en raison de l’hôpital régional qui se trouve dans leur quartier.

« J’aimerais rassurer les francophones présents que la discussion n’est pas d’argumenter si une école est nécessaire ou non, mais plutôt de déterminer où elle devrait être construite. L’emplacement de l’école est un facteur très important pour nous », a mentionné, en français, Rob Clarke.

Solange Phelps, qui vit dans le quartier depuis 16 ans, partageait cet avis. « À notre avis, l’école francophone est prise avec un site de second choix. Un petit terrain que personne d’autre ne veut. Vous, la communauté francophone, êtes sous pression d’accepter ce site », soutient-elle.

Pour Murray Lambert, tout est une question de qualité de vie. « Voir qu’une école pourrait être construite sans que nous ayons été consultés est une intrusion dans notre vie, dans notre cour », affirme-t-il. « Nous ne sommes pas contre l’école francophone et les élèves méritent une école, mais pas à Erin Ridge, car la circulation est déjà un problème », ajoute M. Lambert.

Maintenir la décision
De leur côté, près d’une vingtaine d’intervenants se sont exprimés en faveur du maintien du site actuel. « Pour moi, c’est du déjà vu, soit au début des années 2000 lorsqu’il a été question de construire l’école La Mission », rappelle la directrice de l’école Père-Lacombe, Josée Lemire, qui vivait à Saint-Albert à l’époque. « Il avait été alors très difficile pour nous d’expliquer à nos enfants pourquoi nos voisins ne voulaient pas d’école dans le quartier », se remémore-t-elle.

En effet, le CSCN avait suggéré le terrain Erin Ridge pour construire l’école La Mission, mais le conseil scolaire public s’y était opposé à l’époque. Cette école a plutôt été construite dans le quartier Heritage Lakes, là où plus de 700 résidents avaient signé une pétition s’opposant à l’école. Devant le tollé, la ville avait refusé d’attribuer le terrain, mais la province était intervenue pour forcer la construction de l’école à Heritage Lakes.

Selon Thomas Sutton, père de deux filles qui vont à Alexandre-Taché et parent impliqué au sein du comité qui a fait des démarches pour obtenir une nouvelle école, les élus municipaux ne devraient même pas aborder la question. « C’est justement pour éviter que ce dossier devienne une question politique qu’un comité a été formé en 2004. Qu’on le veuille ou non, à n’importe quel endroit où une décision de construire une école est prise, il y aura des gens contre », indique M. Sutton.

« Le 14 juin dernier, le comité qui est responsable de déterminer les sites des écoles, comité formé de représentants des trois conseils scolaires et de la ville de Saint-Albert, a recommandé unanimement le site Erin Ridge », lance celui qui a martelé à quelques reprises pendant sa présentation que le « conseil municipal n’avait pas l’autorité de changer la décision ».

Un avis que partage Lisa Magera, mairesse de Legal et directrice adjointe à l’école Citadelle de Legal, une école nourricière de l’école Alexandre-Taché. « La question est de savoir qui a l’autorité de décider où les écoles sont construites. Vous devez respecter l’accord qui a été signé en 2004. Les élèves méritent mieux que ce qu’ils ont présentement », a-t-elle déclaré.

Le président de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) régionale de Centralta, David Fréchette, a, de son côté, mis en garde le conseil municipal. « Mes inquiétudes sont  liées aux répercussions qui peuvent survenir lorsqu’il y a beaucoup d’émotions dans un dossier. C’était le cas, il y a 10 ans, lorsqu’il a été question de trouver un site pour l’école La Mission. Pour le moment, ce n’est pas une question francophone, mais si le dossier s’éternise, cela le deviendra », a-t-il prévenu.

« Erin Ridge est le site idéal pour accueillir cette école, comme l’a suggéré et adopté à l’unanimité le comité. Je demande aux conseillers de maintenir la décision du comité afin de donner aux élèves une école qu’ils attendent et méritent », précise M. Fréchette

Régler les problèmes
Pour la présidente du CSCN, la ville devrait être proactive plutôt que de voir la construction d’une nouvelle école à Erin Ridge comme un ajout aux problèmes existants. « S’il y a un problème de stationnement dans le quartier, arrangez-le dès maintenant, mais pas au détriment de l’école. S’il y a un problème de circulation, fixez-le dès maintenant, mais ne retardez pas la construction de la nouvelle école », signale Karen Doucet.

Mme Doucet ajoute que lorsqu’on regarde le profil de la ville de Saint-Albert, son histoire et son héritage francophone, « avoir une école francophone digne de nom va de soi. De plus, un fait demeure : il n’y a pas d’autres options de site actuellement disponible ».

« Vous avez trois ans pour régler le problème de stationnement et de circulation. Nous ne pouvons pas attendre encore cinq ou six ans qu’un autre site  soit disponible », a pour sa part partagé la présidente du Conseil d’école à Alexandre-Taché, Lise Roy-Maxwell.

Le directeur de l’école, Marcel Ouellette, a voulu se montrer rassurant. « Nous avons 12 autobus qui transportent 95 % des élèves. L’an dernier, seulement trois élèves conduisaient pour venir à l’école. De plus, avec la nouvelle école, un stationnement de 70 places serait construit, ce qui sera amplement suffisant pour répondre à nos besoins. Aussi, il est prévu sur le site de l’école, une aire pour les autobus, ce qui n’aura donc pas d’impact sur la circulation ou le stationnement dans la rue », explique-t-il.

De son côté, Daniel Cournoyer Sr. a invité les membres à ne pas remettre à plus tard la décision de construire l’école Alexandre-Taché. « Pendant des années, les élèves ont été situés dans une école qui est loin d’être adéquate, il faut arrêter la procrastination », avance-t-il.

Décisions
À la suite des présentations, et avant le vote, l’administration de la Ville a confirmé aux élus que le conseil municipal n’avait pas l’autorité d’infirmer une décision prise par le St. Albert Joint Use Agreement Site Allocation Committee. Le conseil pouvait renvoyer le dossier au comité, mais puisque ce dernier avait été unanime, une volteface serait surprenante.

L’administration a aussi réitéré aux élus qu’un seul autre site pouvait répondre aux besoins immédiats, mais que celui-ci appartenait au conseil scolaire catholique et que ce dernier n’avait pas l’intention de le céder.

Devant ces éclaircissements, la résolution a été défaite, ce qui a donné raison aux représentants de l’école Alexandre-Taché.

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