Entrevue avec Marie Wilson, commissaire à la vérité et à la réconciliation

Plus de 250 personnes s’étaient rassemblées à Hobbema pour assister à l’audience de la Commission sur la vérité et la réconciliation les 24 et 25 juillet derniers. 32 se sont exprimées sur leur expérience directe ou indirecte des pensionnats autochtones. Ceux qui préféraient parler en privé l’ont fait pour plusieurs raisons, la difficulté de s’exprimer devant un public, l’impossibilité d’obéir a l’obligation légale de ne pas mentionner le nom de ses tortionnaires, etc.  Mais la commissaire Marie Wilson en révèle une autre: “Une chose qui s’est dévoilée c’est la fréquence inattendue des abus perpétrés par d’autres élèves, plus âgés et souvent de la même communauté. »

 


La réconciliation n’a pas de date de tombée. Marie Wilson est là tant que les gens devant elle ont quelque chose à dire, même s’il faut y passer la nuit. « La question de réconciliation va prendre énormément de temps, et ça se fera au-delà du travail de la commission, par des individus ». C’est pourquoi elle se dit heureuse de voir, comme sur l’heure du midi le 25 juillet, un mouvement sacré pancanadien qui réclame au gouvernement Harper d’honorer ses excuses faites auprès des victimes des pensionnats le 11 juillet 2008.

Certains auront critiqué le travail de la commission comme étant un cirque visant a masquer l’inaction du gouvernement fédéral sur la question autochtone. Pourtant, elle expose une pointe de l’iceberg intrinsèque à son fonctionnement. « Il existe un lien très important entre la capacité de mettre de côté les dépendances (à l’alcool, à la drogue, etc.) et lacapacité des gens de parler devant un public de leurs traumatismes, explique la commissaire Wilson. Il y a des gens qui se présentaient, qui avaient bu la veille et qui disaient que c’était fini pour eux à partir du moment où ils se présentaient devant la commission. » Certains ont déjà reçu un soutien (notamment par la Fondation autochtone de guérison) au sein de leur communauté et tracent ainsi le chemin pour d’autres.

Les audiences de la commission sont un des produits du recours collectif qui a donné lieu à la Convention de règlements relative aux pensionnats indiens. Une partie de son mandat est de récolter les témoignages, mais aussi tous les documents pertinents afin de créer un centre d’archives nationales de ce chapitre de l’histoire canadienne. Pourtant, impossible d’avancer sur cette mission puisque le gouvernement tarde à livrer ces documents. « Il faut que ce soit réglé le plus vite que possible parce que ça bloque toute possibilité de réconciliation » avance l’ancienne journaliste.

À l’échelle humaine, le même phénomène se produit. Un participant aux audiences, Marcel Muskego, rapporte qu’il a été incapable de mener a bien sa poursuite individuelle puisqu’il n’a pas eu la possibilité d’avoir accès aux documents prouvant les abus qu’il a subis. « Comment pouvais-je me défendre et être compensé,  a-t-il demandé. Pour la plupart d’entre nous, il ne nous reste pas beaucoup de temps ».

La présence du maire de Wetaskiwin, Bill Elliot, qui est resté durant les deux jours d’audience, reflète ce que Marie Wilson attend de la participation des Canadiens. Le maire a dit avoir compris plusieurs choses  qu’il n’aurait jamais pu comprendre autrement.

« Il faut qu’on fournisse à nos enfants une information honnête », réitérant que l’éducation nationale doit se faire d’abord au sein des écoles. “Ce sont les écoles qui ont causé tant de maux, c’est aux écoles de les réparer” dit-elle.

Les Territoires du Nord-Ouest et le Nunavut ont déjà fait un pas dans cette direction en instaurant un chapitre sur l’histoire des pensionnats dans le curriculum obligatoire de tout écolier. « Et ça se fait en incluant les survivants dans le processus », fait remarquer Mme Wilson.

« C’est une question de nature humaine, plus on est informé, plus on agit en fonction de ce que l’on sait », pense-t-elle. Donc outre la réconciliation comme telle - ou faisant partie d’elle - Marie Wilson met l’accent sur l’importance d’une part de changement pour que le travail de la Commission ait valut la peine.

« Et c’est en train de changer, avec Idle no more, Honor the apology, les audiences, etc. Il faut trouver l’universel dans tout ça, le traduire dans le contexte de nos vies. Une fois que ça arrive, le changement devient possible. »

Par ailleurs, elle rappelle que pour beaucoup, la réconciliation commence d’abord par trouver une paix avec soi-même ou réclamer la paix dans sa famille, pour les enfants des ex-pensionnaires, par exemple.

Ce jour-là, les autochtones ce sont exprimés sur les ruines de la même école où beaucoup d’entres eux avaient vécu les moments les plus atroces de leur vie. Mais à Hobbema, les relations avec la communauté avoisinante de Wetaskiwin se sont déjà améliorées, et la ville arbore des panneaux bilingues. Il ne s’agit plus de rendre invisibles les quatre nations autochtones d’Hobbema, mais de célébrer leur héritage.

« Il y a un lien très fort entre la résilience de ces gens et souvent un retour à leur culture autochtone, à leur identité, souvent avec l’aide des ainés de la communauté », souligne Marie Wilson

« Il ne faut pas faire l’erreur d’obtempérer une deuxième assimilation », conclut Mme Wilson.



 

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