Pédaler pour la sécurité des pistes cyclables

Edmund A. Aunger entreprend la traversée du pays par le sentier Transacanadien en mémoire de sa femme Elizabeth Sovis et pour réaliser le rêve de cette dernière: un sentier sécuritaire pour tous, d’un océan à l’autre.

Edmund A. Aunger est parti de Victoria, en Colombie-Britannique, le 1er juillet dernier. C’est ce jour-là que sa femme, Elizabeth Sovis, avait choisi pour prendre sa retraite et entreprendre le projet d’une vie : promouvoir le développement des pistes cyclables sécuritaires au Canada, avec un accent sur le sentier Transcanadien. Elizabeth se passionnait pour le sentier Transcanadien– une route verte de 18 000 km et une voie d’eau de 5 000 km - qui relie le pays d’est en ouest, ou le contraire, dépendamment le point du départ que l’on choisit.


Le jour de son départ, Monsieur Aunger s’est rendu à l’Assemblée législative de la Colombie-Britannique, pour promouvoir le projet de sa femme, qui est devenu le sien depuis qu’Elizabeth Sovis est décédée le 14 juillet 2012, happée par un conducteur en état d’ébriété sur un tronçon du sentier Transcanadien non sécurisé à l’Ile du Prince-Édouard.

Ensuite, il s’est posté au Mile zero du sentier et a trempé ses roues de vélo dans l’océan Pacifique. Dans quatre ans, il posera le même geste, de l’autre côté du pays, dans l’océan Atlantique. Le 14 juillet 2017, il arrivera là où sa femme a perdu la vie. D’ici là, il a lancé le défi aux provinces canadiennes, et à l’Ile du Prince Édouard en particulier, de tenir leurs promesses quant à l’achèvement de ce sentier piétonnier et cyclable d’ici 2017, année du 150e du Canada.

Étalé sur cinq étapes, il fera l’entièreté du trajet Transcanadien à vélo, même les parties qui demeurent dangereuses puisqu’elles sont sur des routes pour véhicules motorisés. « Je crois qu’Elizabeth ne serait pas d’accord que je le fasse, même si c’était sa cause, à cause des risques », avance Edmund A. Aunger.

Âgé de 64 ans, il fera perdurer la tradition de son couple, soit de partir plusieurs semaines à vélo chaque été au mois de juillet. De Victoria à Edmonton, son périple en est à son étape la plus éprouvante physiquement, s’étalant sur plus de 2500 km principalement en terrain montagneux. « Je fais habituellement entre 40 et 90 km par semaine, avec cinq jours de vélo, deux jours de repos, ce qui me permet de donner des entrevues, d’écrire mon blogue et de voir ma famille », relate le professeur émérite du Campus Saint-Jean, qui attendait justement la venue de son fils Richard, le soir de l’entrevue, à Hope en Colombie-Britannique.

Il raconte que sa femme n’avait commencé à faire du cyclotourisme que dans la cinquantaine. Elizabeth Sovis avait horreur de faire du vélo sur les routes partagées avec les voitures parce qu’elle ne s’y sentait pas en sécurité. « Nous n’aurions jamais été faire le sentier à l’Ile du Prince-Édouard si nous avions su qu’une partie n’était pas sécurisée, souligne M. Aunger. Le guide nous avait mal informés ». Il trouve scandaleux que l’Ile du Prince-Édouard fasse la promotion de son tourisme familial comme un des endroits les plus sécuritaires pour les cyclistes alors que les faits démontrent le contraire.

Ce geste qu’il pose en mémoire de sa femme est déjà énormément médiatisé. Les moments où il sera seul face à lui-même seront rares, puisque des amis, de la famille, mais aussi des inconnus qui se rallient à sa cause, l’accompagneront dans les différentes étapes. « À Vancouver, 12 personnes sont venues avec moi », relate Edmund A. Aunger.

Le 14 juillet de cette année approche lorsque Le Franco l’a rejoint au téléphone, et M. Aunger essaie de ne pas trop y penser. « Mais je pense à elle tous les jours et le 14, nous serons en famille au milieu des montagnes entre Hope et Pentiction. On va prendre un moment pour nous, c’est
sur », dit-il. Il a aussi organisé des rassemblements publics à différents arrêts pour parler de ce qui est arrivé à sa femme et des grosses lacunes, au Canada, en matière de sécurité pour les
cyclistes.

« Une des choses que l’ancienne ministre de Tourism, Parks and Recreation, Christine Cuzanelli, m’a dit, qui m’a choqué, c’est qu’en Alberta la priorité est à l’aménagement de sentiers pour les véhicules tout terrain », déplore le cycliste amateur. L’Alberta et la Saskatchewan sont retardataires pour ce qui est de l’aménagement du sentier Transcanadien sur leur territoire, mis sur pied depuis 1992.  

« La ministre s’est exprimée à l’Assemblée législative l’année dernière en disant qu’elle encourageait les municipalités à avancer sur ce projet, mais en réalité la transcanadienne passe sur plus de 100 municipalités uniquement en Alberta », exhume M. Aunger. Il déplore le manque de leadership et l’absence de plan d’action qui porte à penser que le projet ne sera jamais mené à bien, du moins à la date promise initialement, en 2017.

« Mon fils Richard me disait : J’espère que tu ne seras pas trop déçu si ça ne change pas grand chose. C’est sûr que je serais un peu déçu, mais je ne peux pas accepter sans essayer », affirme M. Aunger. Celui-ci s’estime chanceux de pouvoir agir, avoir quelque chose à accomplir, que sa femme lui a légué, plutôt que d’être pris au désespoir comme c’est le cas pour beaucoup qui perdent un proche. « Elle avait un projet et maintenant c’est le mien, conclut-il, ça donne un sens à ma vie ».

Edmund A. Aunger arrivera à Edmonton l’après-midi du 25 aout. Il y aura à cette occasion un rassemblement devant l’Assemblée législative de l’Alberta.

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