Immigration : le salut des communautés en situation minoritaire!

La consultante en compétences culturelles Maryse Bermingham était de passage à Calgary et à Edmonton les 23 et 24 janvier, dans le cadre de la série de miniconférences offertes par l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA).

C’est sous le thème « La justice canadienne à l’ère de la diversité » que la conférencière s’est adressée à son auditoire.


« La moyenne d’âge en milieu francophone minoritaire est de 55 à 60 ans : cela est alarmant! De plus, les familles francophones en milieu minoritaire n’ont que 1,5 enfant… Si on continue à ce rythme-là sans accroitre l’immigration francophone, on va se retrouver un jour avec une histoire qui commencera par Il était une fois dans l’Ouest canadien un francophone… », a affirmé Mme Bermingham, originaire d’Haïti et établie au Canada depuis 50 ans maintenant.

Il n’y a pas juste au niveau francophone que la dénatalité est frappante, mais bien partout au Canada. « Il est urgent d’agir pour maintenir les acquis. Pour ce faire, on doit faire venir 325 000 immigrants par année pour venir renflouer les nombres, mais dans les faits, on n’arrive jamais à atteindre ce quota », soutient celle qui détient une maitrise en sociologie de l’Université d’Ottawa et qui travaille comme consultante auprès des organisations francophones.

Cette dernière fait remarquer que pendant plusieurs années « on n’a jamais maximisé l’immigration francophone pour les communautés en milieu minoritaire. Encore aujourd’hui, très souvent, les immigrants pensent que le français, c’est à Montréal et que le reste du Canada, c’est en anglais ».

Cela a néanmoins changé quelque peu avec l’application par Citoyenneté et Immigration Canada, à la fin de 2003, d’un Cadre stratégique pour favoriser l’immigration au sein des communautés francophones en situation minoritaire.

« L’endroit où l’immigrant francophone s’installera déterminera la durée de son acceptation de sa demande. Par exemple, au Nunavut, c’est quatre mois, alors qu’au Québec, ce sera deux ans. Si un immigrant choisit Edmonton ou Calgary, cela peut être de 8 mois à un an d’attente », avance Maryse Bermingham.

Savoir s’adapter
La venue d’immigrants est une chose, mais son intégration en est une autre. Il est important, autant pour la société d’accueil que celle immigrante, de reconnaitre qu’il y a des responsabilités de par et d’autres.

« On retrouve parfois des conflits. Cela se situe au niveau de la vision culturelle. Cette culture est vue à travers nos propres lunettes et on interprète, mentionne la conférencière. Ce n’est pas qu’une culture est supérieure à une autre, c’est juste qu’elle se trouve à un différent niveau. »

Pour Maryse Bermingham, c’est à ce moment que la justice sert d’appui. « Nous sommes dans un contexte de multiculturalisme. Ce qui permet de fonctionner, c’est que la justice sert de ciment. Les lois empêchent qu’on déborde », indique celle qui se donne le devoir de donner à tout nouvel arrivant une copie de la Charte canadienne des droits et libertés.

« Si on veut s’assurer que les immigrants deviennent des citoyens à part entière, il est impératif qu’ils connaissent les normes », lance-t-elle.

« De plus, un immigrant ne peut pas utiliser la culture comme moyen de défense. Ainsi, ce n’est pas permis de battre sa femme », donne-t-elle comme exemple.

Au niveau de l’immigration, la conférencière attribue les gestes de violence domestique au stress lié à l’intégration.

« Entre le recrutement des immigrants et la réalité qui les attend, il y a un déclin. Cette difficulté d’intégration amène parfois une cassure de l’image de l’homme au sein de la famille, ce qui entraine parfois la violence et qui résulte par une séparation. D’ailleurs, un couple sur deux issu de l’immigration se terminera par un divorce, alors qu’un immigrant sur trois aura une maladie grave à cause de son stress », présente Maryse Bermingham.

La consultante a expliqué les quatre phases de l’intégration, la première étant la lune de miel où l’immigrant trouve que « le Canada est merveilleux, puisque c’est un pays qui offre une multitude de possibilités et de renouveau, mais cette phase ne dure jamais », lance-t-elle.

La 2e phase est le choc de la société d’accueil, « le fait que les acquis ne soient pas reconnus ». La 3e est la résignation alors que « l’immigrant se rend compte qu’il ne sera jamais médecin comme dans son pays d’origine », estime Mme Bermingham.

Ces étapes mènent, après plusieurs années, à la 4e phase qui est la reconstruction de son identité. « Pour beaucoup d’immigrants, cela se fait à travers les enfants. Par exemple, le fait de laisser ses enfants se déguiser et passer l’Halloween ou encore manger de la dinde à l’Action de grâce » afin de s’intégrer aux mœurs de la société canadienne.

Selon la conférencière, la clé d’une intégration réussie passe par les 4 R : les recruter, les retenir, les aider à réussir et les respecter dans leurs différences culturelles.

« Comme communauté, nous avons un devoir d’être accueillants. Par nature, nous voulons l’être, mais ce n’est pas toujours facile. Mais si nous n’accueillons pas les immigrants francophones, ils seront rapidement siphonnés par la communauté majoritaire anglophone », avance Maryse Bermingham.

Celle-ci encourage les familles immigrantes à éviter la tentation d’inscrire leurs enfants en immersion afin de s’assurer qu’ils apprendront l’anglais. « Les parents s’illusionnent s’ils pensent que parler français à la maison suffira à leur enfant pour garder leur langue. En milieu minoritaire francophone, cela doit dépasser le cadre familial », estime-t-elle.

En conclusion, la conférencière a voulu être réaliste en précisant qu’il reste encore beaucoup de travail à faire. « Éventuellement, on va finir par se créer une société francophone plurielle. Il ne faut pas oublier que cela ne fait que neuf ans qu’il y a une stratégie d’immigration francophone. »
- Le Franco

 

 

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