L’intimidation, ça concerne tout le monde

C’est le message lancé par l’Association des juristes d’expression française de l’Alberta (AJEFA) avec la pièce L’intimidation ça me concerne, révélée au grand public lors de représentations extraordinaires suivies d’un panel, devant une trentaine de personnes à l’école de la Rose sauvage de Calgary, le 17 avril, et à l’Auditorium du Campus Saint-Jean, le 25 avril dernier, où se sont rassemblées 90 personnes.

Écrite et mise en scène par France Levasseur-Ouimet, la pièce fait la tournée des écoles francophones de la province depuis le début du mois de mars.


« Est-ce qu’on ne voit pas le problème, où est-ce qu’on refuse de le voir? », demande le comédien André Roy dès le début de la représentation. Avec son acolyte, Gilles Denis, ces derniers utilisent des mises en situation, des témoignages et des vidéos pour outiller les jeunes à reconnaitre les signes de l’intimidation et les inciter à poser une action.

L’auteure l’avoue d’elle-même, elle souhaitait que la pièce bouleverse et dérange. « Je voulais démontrer que l’intimidation prend toute la vie d’une personne et touche tout le monde, la victime, l’agresseur et le spectateur, en mettant l’accent sur le témoin, dont on parle de plus en plus. Il faut prendre position », dénonce Mme Levasseur-Ouimet.

Outiller les parents
Dans la pièce, Gilles Denis témoigne de son expérience en tant que victime d’intimidation. Les acteurs invitent les jeunes à la fin de la représentation à jouer des scénarios où ils reproduisent des comportements qui peuvent sembler, de prime à bord, anodins.

« Sur scène, nous sommes des personnages, mais on devient éducateurs à la fin. Les jeunes apprécient les scénarios qui démontrent comment intervenir. On tente de leur faire vivre la situation pour qu’ils y répondent adéquatement », explique l’homme de théâtre franco-albertain.

« Ici, c’était différent. Nous tenions un panel après la pièce, nous n’avons pas fait ça avec les enfants. Notre but était d’informer les adultes sur ce qui se passe dans les écoles et ce que les jeunes ont vu », explique la directrice générale de l’AJEFA, Fernande Bergeron.

Cette dernière se dit heureuse des discussions qui ont eu lieu durant le panel. Elle croit d’ailleurs que les parents francophones ne sont pas totalement pris de cours devant le phénomène de l’intimidation, le sujet ayant déjà été traité plusieurs fois dans les médias de langue française.

« Les adultes doivent montrer l’exemple. C’est bien beau de cibler les jeunes, mais les enfants ont pris leurs comportements intimidateurs quelque part. Je suis contente que ce soit sorti dans les discussions », affirme Mme Bergeron.

« L’intimidateur, après combien de temps va-t-il arrêter, et quel genre d’adulte va-t-il devenir si on n’intervient pas concrètement?», soulevait Arthémon Rurangwa, de l’Alliance Jeunesse-Famille de l’Alberta Society. Une problématique qui a trouvé écho dans la salle.

À Edmonton, les panellistes, la psychologue du projet Espoir, Olivia Marcoux, l’avocate en droit scolaire, Teresa Haykowsky, l’enseignant et intervenant auprès d’Alberta Education, Richard Pawsey, le policier d’Edmonton, Marc-André Amyotte, et une élève de l’École publique Gabrielle-Roy, Amira El Ferekh, ont d’ailleurs réitéré l’importance pour les adultes d’inculquer des notions de respect et dignité aux enfants et d’intervenir auprès des jeunes qui ont des comportements abusifs.

Un réel impact
Si les comédiens ont dû retourner dans certaines écoles à la demande des professeurs, c’est que les impacts de la pièce sont bien visibles. M. Denis affirme que quelques élèves sont allés le trouver après avoir vu la présentation, et se disaient victimes d’intimidation. D’autres se sont même déclarés intimidateurs et ont conclu des ententes de bonne conduite avec la direction de leur école.

La pièce aborde d’ailleurs les conséquences juridiques auxquelles peuvent faire face les intimidateurs.

Après avoir vu la pièce, l’élève, la classe et l’école s’engagent à poser une action concrète pour dénoncer l’intimidation. « Parce qu’une fois que tu le sais, il faut passer à l’action. Il faut sortir de la théorie », indique Fernande Bergeron.

Les élèves sont appelés à rédiger des poèmes, des chansons, produire des capsules vidéos ou des affiches. « On espère que quelques petites pièces de théâtre seront mises sur pied. Mais nous voulons reconnaitre ces initiatives », assure la directrice générale de l’AJEFA.

Une tournée dans les écoles francophones est prévue pour les Territoires du Nord-Ouest et des pourparlers sont entamés entre l’AJEFA et l’organisme homologue de la Saskatchewan pour visiter également cette province des Prairies. L’organisme albertain considère également effectuer une tournée dans les écoles d’immersion.
 

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