Comprendre les femmes et les communautés

« Merci pour cette question difficile », lance la panéliste Faizath Yalou avant de répondre à une question de l’auditoire qui lui demandait si d’adopter le comportement égalitaire des Canadiennes pouvait aider à l’intégration des femmes immigrantes.

Cette question lui a été posée lors du Carrefour interculturel tenu sous le thème Femme, Identité, Intégration, une traversée, où environ 65 personnes se sont rassemblées à La Cité francophone d’Edmonton le 17 mars dernier.


La jeune femme d’origine béninoise admet qu’il reste certaines situations qu’elle n’arrive toujours pas à concilier. « Il faut trouver un équilibre entre garder les valeurs qui me tiennent à cœur et intégrer les valeurs canadiennes. C’est l’expérience de l’immigration », a-t-elle répondue.

Afin de souligner la Journée internationale de la femme, le Centre d’accueil et d’établissement du Nord de l’Alberta (CAÉ) s’est joint à la Coalition des femmes de l’Alberta pour mettre sur pied l’évènement. Un partenariat qui aura assuré le succès de la rencontre, selon le directeur du CAÉ, Georges Bahaya.

« La conception de la femme est un sujet important puisqu’elle a un rôle à jouer dans l’avenir de notre communauté et cela peut aider au rapprochement des gens de partout », affirme M. Bahaya.

La formule dynamique de la rencontre et l’horaire bien rempli de la soirée auront donné lieu à des échanges en profondeur.

Un débat au féminin
Une des principales valeurs confrontées lors de l’intégration de différentes cultures est la place accordée à la femme dans la société.

Quatre panélistes venues témoigner de leur parcours ont brisé la glace pour la soirée. Trois femmes immigrantes, Faizath Yalou, Rita Tshiluba, Congolaise, et Samira Elatia, Marocaine, donnaient un aperçu de la place de la femme dans leur société d’origine. Pour sa part, Isabelle Déchène Guay est venue mettre en contexte la situation féminine dans la société canadienne.

« Je vais tenter de mettre en scène la confrontation entre deux mondes, deux univers culturels », affirmait d’entrée de jeu Mme Tshiluba.

Toutes se sont questionnées sur leur identité féminine et l’articulation de leurs valeurs culturelles avec celles du Canada, où les femmes jouissent d’une situation considérée plus égalitaire entre les sexes. Une situation qui peut entrer en conflit avec l’organisation de la société dans d’autres cultures.

« La destinée pour les femmes africaines est d’élever la famille. Cependant, l’égalité des sexes est une réalité inscrite dans les mœurs canadiennes. Dans ce contexte, nombreuses sont les mères africaines qui se trouvent devant le dilemme d’élever leurs filles selon les valeurs africaines ou de s’adapter à la culture canadienne », faisait part Rita Tshiluba.

Les interventions des quatre femmes ont suscité plusieurs questions et commentaires de l’auditoire, qui a contribué activement au débat. Plusieurs questions délicates ont été soulevées durant l’échange.

Mme Déchène Guay faisait part de son tiraillement entre l’acceptation des différences culturelles et la promotion des valeurs d’égalité et de liberté qui l’habite. « Je me rends compte que j’ai encore des choses à apprendre, à comprendre et à accepter », reconnait-elle.

« Elles sont très réalistes, honnêtes et franches. On ne peut faire autrement que s’enrichir. Nous sommes toutes des femmes et l’on se rejoint », faisait remarquer la Franco-Albertaine, Yolande Proulx qui assistait au débat.

Pour Denise Lavoie-Cyr, présidente de la Coalition des femmes de l’Alberta, il s’agissait d’un échange enrichissant. « Cela réaffirme que la femme est au cœur de la société. C’est elle qui ordinairement crée l’harmonie et cela nous a aidées à identifier les barrières et les préjugés. Il n’est pas toujours facile d’accepter l’échange », souligne cette dernière.

Transmettre ses valeurs pour bâtir un futur
Le choix des valeurs culturelles à transmettre aux enfants s’est avéré un point central dans la discussion autour de l’intégration.

Dieng Coumba est venue s’établir au Canada avec sa famille depuis trois mois. Originaire de la Côte d’Ivoire, elle se dit agréablement surprise de l’accueil des Canadiens envers les nouveaux arrivants. Elle appréhende toutefois cette confrontation des valeurs culturelles qui surviendra lorsque ses enfants grandiront et intègreront pleinement la société canadienne.

« Mes enfants sont encore en bas âge, mais il y aura forcément un choc lorsqu’ils seront adolescents et chercheront à s’affirmer. Je m’y prépare. Ce genre de rencontre est bénéfique puisque cela nous donne des outils pour remédier aux problèmes rencontrés dans les familles », affirme Mme Coumba.

« Les problèmes intergénérationnels ne sont pas réservés à une communauté en particulier », a réalisé Denise-Lavoie-Cyr. Cette dernière observe également un effritement de certaines valeurs au profit de certaines libertés gagnées.

Il s’agit en effet d’un constat effectué par la communauté franco-albertaine qui aura permis les discussions entre petits groupes. La société qui évolue rapidement et se transforme sous la pression des technologies rend universelle la question de la transmission des valeurs culturelles à la plus jeune génération.

Georges Bahaya n’exclut pas la possibilité de créer d’autres partenariats pour les prochaines rencontres. « Cela dépend des thèmes que l’on aborde. Nous essayons de cibler les questions qui jouent un rôle dans l’intégration. Si nous abordons la jeunesse, par exemple, nous pourrions approcher Francophonie jeunesse de l’Alberta », présente le directeur du CAÉ.
 

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