Rapprocher les femmes francophones

Dans le cadre de la Journée internationale de la femme, le Portail de l’Immigrant Association (PIA) de Calgary organise une table ronde sur le thème « les femmes francophones : différences culturelles, cohabitation et dialogue », où quatre immigrantes et quatre Franco-Albertaines siègeront comme panélistes pour alimenter le débat qui se déroulera à Canmore, le 10 mars.

C’est à la suite d’un constat effectué par la coordonnatrice de programme au sein de l’association, Évelyne Kemajou, qui participe à des rencontres, sorties et activités dans la communauté anglophone de Calgary, que cette dernière a décidé d’organiser une telle rencontre.


« Personnellement, je trouve qu’il manque de dialogue entre les femmes. Nous nous disons bonjour lors de rencontres, mais après ça, avons-nous des activités communes purement reliées aux femmes, organisées par des femmes et destinées aux femmes? », lance cette dernière.

La directrice de l’Association canadienne-française de l’Alberta (ACFA) régionale de Calgary, Céline Bossé, avoue avoir beaucoup d’attentes envers cet échange en tant que panéliste. Il s’agit, selon elle, d’une initiative ingénieuse qui ne serait pas venue naturellement du côté de la culture canadienne-française, qui aurait plutôt tendance à se rassembler pour des raisons festives.

« Cela n’est pas nécessairement dans nos habitudes de faire partie d’un cercle de discussion. C’est une clé qu’elle met dans la porte et je crois que ça va être sa façon de faire qui va faire en sorte que nous allons nous rapprocher », admet Mme Bossé.

Un accent au féminin
Préposée aux bénéficiaires chez les gens souffrant de blessures cérébrales à Calgary, Rose Lutula, quant à elle, n’en est pas à son premier panel. Celle-ci affirme en avoir organisé plusieurs lorsqu’elle vivait à Montréal, mais en Alberta, elle s’est investie à apprendre l’anglais.

Mme Lutula observe un manque de cohabitation entre les cultures, en ajoutant que les gens ont tendance à se regrouper entre eux et que le même phénomène se reproduit un peu partout.

Cette dernière souligne le rythme effréné de la routine métro, boulot, dodo, qui rend l’adaptation difficile, surtout pour les mères qui accumulent les responsabilités. « Nous n’avons pas le temps de nous détendre, il nous faut quelque chose pour décompresser et briser l’isolement où l’on s’enferme. Le temps passe si vite », déplore Rose Lutula.

Elle fonde cependant beaucoup d’espoir envers les femmes. « Partout dans le monde, les femmes sont les piliers de plusieurs choses. Lorsqu’on éduque une fille, ce sera pour toutes les générations futures. Je crois beaucoup à la femme, si elle y met son cœur, même si elle n’a pas beaucoup de moyens, elle peut faire beaucoup », témoigne-t-elle.

Choc des réalités
Céline Bossé affirme avoir hâte de voir comment seront abordés les préjugés et espère pouvoir toucher des sujets qui confrontent les différences culturelles afin de mettre en lumière ce que les femmes de cultures différentes ont en commun.

« Fondamentalement, nous sommes toutes des femmes aimantes, des mères qui veulent sécuriser, protéger et donner ce qu’il y a de mieux à nos enfants. Nous le vivons dans des contextes différents », fait remarquer Céline Bossé.

Elle avoue toutefois avoir de la difficulté à se mettre dans la peau des immigrantes, dont le vécu et la dimension humaine sont parfois difficiles à concevoir pour une femme canadienne.

La directrice de l’ACFA régionale de Calgary admet n’avoir jamais eu à défendre sa condition féminine et réalise avoir été drôlement gâtée au Canada à cet égard.

Bien que les défis d’intégration soient quasiment les mêmes pour tous, Rose Lutula mentionne l’importance de tenir compte du passé et des expériences vécues par ces femmes et ces filles qui arrivent au pays et qui, pour la plupart, ont vécu des expériences difficiles.

Céline Bossé déclare avoir bien hâte de faire tomber le mur invisible qui l’intimidait à aller vers l’autre. « De mon côté, j’attendais qu’on m’approche et elle attendait qu’on l’approche de son côté. C’est vrai qu’il y a une forme de barrière inconsciente et qu’on ne se parle pas assez et qu’on ne se dit pas les vraies affaires », indique la directrice.

Selon elle, le statut minoritaire des Franco-Albertains aurait également contribué à l’implantation tardive d’un véritable échange entre cultures.

Dialoguer pour bâtir
La coordonnatrice du Portail de l’Immigrant Association espère que cette discussion permettra d’identifier les raisons qui expliquent ce manque de dialogue et d’envisager des pistes de solutions. Mme Kemajou compte utiliser les réponses issues du panel afin d’élaborer des stratégies et mettre sur pied des projets et des actions concrètes.

Les hommes également sont invités à venir assister au panel.

Ce premier panel organisé dans le cadre de la Journée internationale de la femme se veut une amorce du dialogue entre femmes de différentes cultures, mais Évelyne Kemajou espère répéter ces rencontres au moins quatre fois par année afin de permettre aux femmes d’échanger sur des problèmes liés aux femmes spécifiquement.

« C’est pour donner l’occasion aux femmes de parler donc nous ne devrions pas nous limiter à la journée de la femme, mais pourquoi ne pas approcher des thèmes comme les femmes francophones et la gestion d’entreprise par exemple, ou la politique », conclut-elle.
 

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