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Politique provinciale : la retraite pour un député francophile apprécié

Le président de l'Assemblée législative Ken Kowalski et l'ancien président de l'ACFA, Jean Johnson.  Photo : archivesLe président de l’Assemblée législative de l’Alberta et député de Barrhead-Morinville-Westlock, Ken Kowalski, a annoncé, le 9 décembre dernier, qu’il ne fera pas partie de la prochaine campagne électorale provinciale anticipée au printemps prochain.

« C’est un des membres de l’assemblée qui a le plus de pouvoir et il a toujours travaillé à promouvoir les intérêts des francophones. La communauté va manquer un allier important », affirme le directeur de recherche au Frontier Centre for Public Policy basé à Calgary, Marco Navarro-Génie.


Le coordonnateur à la Société touristique Centralta, Ernest Chauvet, quant à lui, connait bien Ken Kowalski. Il travaille depuis près de 10 ans sur le bureau de direction pour la circonscription du député. « C’est une personne de conviction et il a un franc parlé. Les gens l’écoutent et ça fait longtemps qu’il est là. C’est pour ça qu’il a pu faire avancer la cause de la francophonie à ce point », témoigne M. Chauvet.

Élu pour la première fois en 1979, M. Kowalski est le doyen de l’Assemblée législative. Il est aussi un francophile avoué et démontrait beaucoup d’ouverture envers la communauté. Cette année, par son entremise, l’Assemblée législative de l’Alberta a produit 4000 copies d’un disque de chant de la Chorale Saint-Jean remis comme cadeau de Noël aux employés de la législature.

Selon M. Navarro-Génie, Ken Kowalski possède une expérience non égalée encore à ce jour. « La politique, c’est une activité d’expérience. M. Kowalski possède une mémoire de plus de 30 ans à l’Assemblée, il n’y a presque personne qui dispose de ce vécu », de dire le directeur de recherche.

Ce dernier ajoute que son sens aigu de la politique et du pouvoir en faisait un politicien qui savait aller chercher les ressources pour satisfaire les besoins de ses électeurs, toutes communautés confondues.

La Société touristique Centralta soulignera son départ en organisant une soirée à son honneur, lors de leur assemblée générale le 24 mars prochain à Saint-Albert, mais cherche aussi, par la même occasion, à préparer le terrain pour l’avenir. « On cherche à avoir une continuité de ce qu’il a commencé, de son ouverture d’esprit et de son engagement envers les francophones. La perte serait grande et on se sent très concernés par cette perte », expose Ernest Chauvet.

L’idée serait d’inviter non seulement M. Kowalski, mais également ses aspirants remplaçants, afin d’assurer un transfert de pouvoir favorable pour les francophones et faire en sorte que son engagement envers la culture minoritaire se poursuive après lui. M. Chauvet assure que les municipalités qui composent la circonscription seront aussi invités afin de maximiser l’impact de la rencontre.

Selon Marco Navarro-Génie, le départ de Ken Kowalski laissera un vide. « Les francophones ne seront pas moins représentés puisque plusieurs membres qui parlent français veillent aux intérêts de leur communauté, mais ce sera quand même plus difficile maintenant », admet M. Navarro-Génie.

Le directeur de recherche au Frontier Centre for Public Policy croit tout de même que pour le nombre de francophones que l’on retrouve en province, ces derniers sont bien représentés à l’Assemblée législative. Toutefois, les politiciens chercheraient encore à saisir les enjeux de la communauté minoritaire. « Les francophones sont éparpillés dans toutes les circonscriptions et sont représentés par plusieurs membres au sein de l’Assemblée. Mais reste qu’ils ont encore de la difficulté à savoir ce qui se passe dans la communauté pour en capter le pouls, ou le sens », fait observer ce dernier.

La genèse d’un engagement
Alors simple député, Ken Kowalski était présent lors de l’inauguration d’une murale qui reconnait la contribution de la communauté ukrainienne dans la ville de Legal, offerte par la Société touristique Centralta.

M. Chauvet se rappelle cet évènement qui aura cristallisé son engagement envers les francophones. « Il a toujours été bon avec les francophones, mais on dirait qu’après la murale ukrainienne, son engagement était à un tout autre niveau. Le fait que les francophones amassent 11 000 $ pour reconnaitre une autre minorité, il voulait poser un geste réciproque. Il voulait s’assurer que les francophones obtiennent reconnaissance », assure-t-il.

Parmi ses accomplissements, notons qu’en 1998, Ken Kowalski introduisait l’Alberta en tant que membre au sein de l’Assemblée parlementaire de la francophonie (APF). L’année suivante marquait le début des célébrations annuelles de la semaine de la francophonie en Alberta, évènement durant lequel a été créé le Secrétariat francophone. Le député a également travaillé à instaurer le premier programme d’immersion française dans sa circonscription. Son appui à la francophonie lui a valu d’être décoré officier de l’Ordre de la Pléiade par l’APF en 2005.

« Ce qui est frappant dans cette rencontre, c’est qu’il a pris l’initiative de pratiquer son discours en français pour recevoir les gens des pays francophones, ça montre à quel point il est ami de la francophonie », souligne Ernest Chauvet.

Toujours en 2005, M. Kowalski a lancé le défi, à la communauté francophone, de monter un monument pour témoigner de leur culture à l’édifice de l’Assemblée législative. « Avoir un monument à l’Assemblée législative en Alberta lorsqu’on représente deux à trois pour cent de la population, c’est quelque chose », souligne Ernest Chauvet.

Ken Kowalski se faisait aussi un plaisir d’inviter la communauté franco-albertaine à participer, annuellement, au lancement dans la législature des Rendez-vous de la francophonie, qui ont lieu au mois de mars. D’ailleurs, ce dernier en profitait pour lancer, de temps à autre, des défis aux leaders de la communauté. 

L’Association canadienne-française de l’Alberta lui a d’ailleurs décerné le prix Ami de la francophonie lors du Rond Point de 2007.

Bien qu’Ernest Chauvet regrettera le départ de Ken Kowalski de la scène politique, il assure qu’il s’agit d’une retraite bien méritée. « Sa vie politique a pris tellement de place, c’est exigeant. Il est nouvellement remarié, il veut passer du temps pour lui, je respecte bien son choix », de conclure M. Chauvet.

 

 

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