Portrait des francophones en Alberta

La section des statistiques linguistiques de Statistique Canada a dévoilé une série de portraits des minorités de langues officielles au Canada par province basée sur les résultats du dernier recensement de 2006 et de l’étude sur la vitalité des langues officielles du Canada (EVMLO), menée la même année. Le portrait de l’Alberta a été rendu public à la fin du mois de novembre.

« C’est la première fois qu’on dresse un portrait aussi exhaustif des minorités de langues officielles par province qui nous donne une idée de la situation des francophones partout à travers le pays », affirme l’analyste de Statistique Canada pour la section des statistiques linguistiques, Brigitte Chavez.


Une évolution stable
Il apparait que la population, dont la langue maternelle est le français en Alberta, a augmenté de 89 % entre 1951, où elle se chiffrait à 34 200 habitants, jusqu’à 2006, année où elle a atteint le nombre de 64 800.

Une situation bien différente des autres provinces. « La Saskatchewan a connu une baisse de la population francophone passant de 37 000 habitants à environ 17 000, pour la même période, et ce, pour diverses raisons. Certaines provinces sont plus favorisées par l’immigration internationale et interprovinciale », explique Mme Chavez.

Depuis 1991, la province voit sa population augmenter en raison de l’immigration. À titre d’exemple, près de 120 000 personnes sont venues s’établir en Alberta entre 1996 et 2001, dont 5300 francophones. Un gain inégalé selon Statistique Canada.

Par le passé, Statistique Canada publiait des profils démolinguistiques qui consistaient à des données et tableaux sans véritables analyses. La quantité énorme de données faisaient en sorte qu’il était très difficile pour le public en général d’interpréter cette information de façon intelligible.

Mme Chavez indique qu’il s’agit du portrait le plus complet effectué par Statistique Canada. « Avec l’EVMLO et le financement supplémentaire que nous avons reçu, nous avons pu aborder des sujets plus variés et offrir une analyse plus détaillée de la situation des minorités de langues officielles jusqu’à maintenant », explique l’analyste.

Depuis 1971, et jusqu’à 2006, la proportion d’enfants issus de couples mixtes, appelés exogames, français-anglais a augmenté de 45 % à 76 %.

En l’occurrence, la proportion de transmission de la langue minoritaire chez les enfants issus de ces unions a augmenté de 3 % chiffrant le taux à 8 % pour la période de recensement 2001-2006. Toutefois, 70 % des Franco-Albertains déclaraient parler en anglais la majorité du temps à la maison.

Des outils pertinents
Bien que les données utilisées pour dresser le portrait datent du dernier recensement de 2006, Mme Chavez assure qu’elles restent pertinentes. « Ce sont les résultats les plus récents auxquels nous avons accès et elles représentent des années complètes. La population est en changement constant et il s’agit d’une étude à travers le temps qui ne représente pas la population actuelle, mais qui dresse un portrait historique de l’évolution de la population », précise-t-elle.

En outre, les changements au niveau de la structure de la population sont rarement brusques et radicaux, sauf exception. Soulignons que la population de langue maternelle française en Alberta représentait 2,3 % de la population totale en 1991, alors qu’en 2006, elle est passée à 2 %.

Une société en français?
À ce propos, le portrait démontre que 45 % des francophones de l’Alberta estiment que la vitalité de leur communauté au sein de leur municipalité est faible ou très faible. La même proportion croit que la présence du français restera la même dans 10 ans, alors que 19 % anticipent une augmentation de la langue dans la communauté.

Bien que 57 % d’entre eux aient déclaré important de pouvoir utiliser le français au quotidien, 96 % des francophones utilisent l’anglais de façon prédominante dans les institutions et les commerces.
« Si les gens n’ont pas accès aux données sur les minorités de langue officielle et s’ils ne connaissent pas les enjeux, ils ne pourront pas prendre de décisions en connaissance de cause », avance l’analyste.

Par exemple, lors du recensement de 2006, 635 médecins, soit 15 % de la cohorte de 4265 en Alberta, affirmaient être en mesure de soutenir une conversation en français et 2,5 % d’entre eux utilisaient la langue au travail. C’est que 97 % des francophones utilisent l’anglais lors de consultation dans le milieu de la santé.

Même son de cloche du côté des policiers alors que 12 % d’entre eux sont capables de soutenir une conversation en français, mais seulement 3 % utilisent la langue de Molière au travail. Quant aux avocats, 17 % déclarent soutenir une conversation en français, mais 1 % utilisent cette langue au travail.

« Ce portrait va nous donner une bonne idée comment regarder les données recueillies lors du recensement de 2011, qui ne seront disponibles qu’en octobre 2012, pour des analyses futures et ça permet aussi de déceler les tendances et certains phénomènes propres à une région », précise Brigitte Chavez.

Cette dernière ajoute que ces portraits sont très utiles chez les chercheurs qui désirent effectuer des études approfondies sur des sujets plus pointus, ou encore pour les politiciens et divers gouvernements pour guider leurs politiques.


 

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