Pins Sylvestre: De Rich Valley à Reykjavik

La plantation de George Bugnet, créée en 1905 par un pionnier franco- canadien de Rich Valley en Alberta, peut sembler de nos jours anodine aux yeux de certains visiteurs. Toutefois, pour un horticulteur avisé, ce lieu historique révèle une richesse inégalée : un bassin de plantes et d’arbres au génome particulièrement résistant. Une illustre sous-variété de pins sylvestre présente sur le site, pourrait bel et bien servir à reboiser une partie de l’Islande et de ses terres volcaniques.

 

« Mon intérêt pour la plantation de George Bugnet est né d’une passion pour les roses sauvages ainsi que du travail remarquable des pionniers des Prairies qui créèrent de nombreuses plantes utiles et résistantes aux conditions climatiques difficiles », mentionne Vilhjálmur Lúvíksson, président de la société d’horticulture d’Islande.

 

À la recherche de nouvelles variétés de roses sauvages à implanter dans leur pays, l’équipe de foresterie islandaise s’est tournée vers Margit Showalter de Camrose, horticultrice spécialisée dans le domaine des roses sauvages. Bien au fait des caractéristiques intéressantes des rosiers Bugnet, nommés ainsi en l’honneur de son créateur, ils furent aussitôt adoptés par la société d’horticulture d’Islande dans leur effort de reboisement. « Les roses créées par George Bugnet sont désormais mes favorites. Ils poussent à merveille sur nos terres et sont maintenant reconnu un peu partout en Islande », ajoute Vilhjálmur Lúvíksson en prenant soin de préciser que deux variétés créées par Bugnet, la rose Lac Majeau et le rosier Louise Bugnet ont été élu rosiers de l’année par la société d’horticulture.

 

Puis vint la découverte des pins sylvestre qui borde les anciennes terres de George Bugnet. « J’ai aperçu de magnifiques pins à l’écorce jaune sur l’une des photos de Mme Showalter. C’est à ce moment que notre équipe de recherche a commencé son travail afin d’en extraire des semences », affirme M. Lúvíksson.

 


Bugnets Ladoga Pines 1Une sous-variété unique

Appuyée par Mme Juliette Champagne, historienne franco-albertaine reconnue, l’équipe de recherche de la société d’horticulture d’Islande s’est intéressée à ces pins sylvestres centenaires, notamment en raison de leur capacité à croître dans des conditions difficiles. « La grande majorité des pins sylvestres en provenance de Norvège, de Suède et d’Écosse sont décédés avec les années, ce qui n’est pas encore le cas des pins de M. Bugnet », poursuit Vilhjálmur Lúvíksson.

 

Cette résistance si impressionnante serait due notamment en raison du patrimoine génétique de ces arbres, selon l’horticulteur islandais. « Les ancêtres de ces pins étaient probablement originaires de Petrograd, en Russie. La résistance de ces pins, précisément ceux ayant vécu près du lac Ladoga sont tout simplement remarquables », ajoute-t-il.

 

L’équipe de recherche islandaise croit également que ces arbres pourraient être les descendants de pins sylvestres plantés par le tsar de Russie, Pierre 1er le Grand, décédé en 1725. Désirant créer les meilleurs navires de l’époque, le tsar envoya ses botanistes à la recherche des meilleurs arbres à planter près de Petrograd, des arbres qui pourraient être les ancêtres des pins de George Bugnet. « Ceci n’est que spéculation et nous ne pouvons le prouver, mais il y a certainement plusieurs indices qui évoquent cette possibilité », conclut M. Lúvíksson.

 

Un patrimoine à conserver

Questionné quant à l’importance de la plantation Bugnet, Vilhjálmur Lúvíksson s’est montré élogieux. « Cela fait maintenant plus de 50 ans que je fais de la recherche pour trouver les meilleures variétés de plantes à travers le monde. La plantation Bugnet fut un véritable trésor à visiter et je réitère le fait que le matériel génétique de cette plantation doit être préservé », mentionne- il. Mme Juliette Champagne, crois également de son côté que le parc devrait être retravaillé et mis en valeur. « Les 6 hectares du parc sont en très mauvais état et envahis de Caraganas qui étouffe la végétation existante. Historic Sites of Alberta, organisme propriétaire du site, ne savent plus quoi en faire », poursuit-elle.

 

Du côté d’Historic Sites, les dirigeants de l’organisation gouvernementale n’ont pas souhaité commenter la situation.

 

À noter que selon Mme Champagne, le Jardin botanique de l’Université de l’Alberta ainsi que les botanistes de Old College aimerait bien ajouter ces semences à leur collection.

Évaluer cet élément
(0 Votes)

Laissez un commentaire

Assurez-vous d'indiquer les informations obligatoires (*).
Le code HTML n'est pas autorisé.

Aller au haut