Bernard Derome souligne les 75 ans de Radio-Canada

Bernard Derome lors de son passage à Edmonton.Le célèbre journaliste et chef d’antenne, à la retraite, de Radio-Canada, Bernard Derome, était de passage dans la capitale albertaine le 3 novembre dernier, pour donner une conférence sur l’histoire du diffuseur public, au Campus Saint-Jean, dans le cadre de la série de conférences Louis Desrochers, organisée par l’Institut d’études canadiennes de l’Université de l’Alberta.

C’est devant une salle comble de près de 200 personnes que Bernard Derome a offert un survol de la naissance de la société d’État, de son mandat et des moments marquants, à travers ses expériences personnelles.


« Il y a un peu de chacun de nous dans cette institution qui joue un rôle essentiel pour notre famille, notre communauté et nos régions », rappelle l’homme qui a œuvré à Radio-Canada pendant près de 45 ans.

Dès lors, M. Derome s’est donné comme mission de défendre le diffuseur public sur toutes les tribunes.

Le directeur des services français dans l’Ouest de Radio-Canada, Pierre Guérin, affirme que l’arrivée de Bernard Derome à la barre du téléjournal francophone à Montréal en 1970, marque le début des nouvelles que l’on raconte, alors qu’elles étaient jusqu’à lors, lues. « L’auditoire est passé du rôle passif de téléspectateur, au rôle actif de citoyen », soutient ce dernier.

Naissance d’un média
Radio-Canada a vu le jour le 2 novembre 1936 de la volonté du gouvernement canadien sous Mackenzie de protéger le pays contre l’envahissement par la culture américaine. « On voulait canadianiser les zones et répondre aux besoins des régions », affirme M. Derome.

L’homme a également profité de l’occasion pour rappeler le mandat de la société d’État qui est d’informer, de divertir et d’éclairer. Les informations du réseau francophone ont aussi contribué à l’émergence de la notion identitaire des francophones au pays.

L’ancien chef d’antenne revient sur ce qui a représenté un défi de taille pour Radio-Canada, à savoir, la diffusion du réseau à travers le pays. « En 1962, la radio française de la société était à portée de 91 % des francophones au pays », précise-t-il.

Il salue du même coup l’initiative de la radio francophone CHFA, achetée par Radio-Canada en 1974.

Inventer la façon d’informer
C’est en 1941, le 1er janvier plus exactement, que le premier bulletin de nouvelles francophone est diffusé de Montréal, avec à sa barre, Marcel Ouimet, qui introduit les premières normes journalistiques.

Au cours de sa conférence, Bernard Derome revien aussi sur une bataille qu’il a mené auprès de Marc Thibault, ancien directeur du service d’information, afin que les annonceurs de nouvelles, qui n’étaient pas des journalistes à l’époque, n’aient pas le droit d’annoncer de la publicité « La compagnie Chevrolet m’avait approchée pour que j’annonce une de leurs voitures après avoir annoncé au téléjournal que le Ministre Laporte avait été retrouvé, mort, dans le coffre d’une voiture Chevrolet, justement », expose M. Derome.

Celui qui à 26 ans est devenu chef d’antenne se souvient de quelques évènements marquants qui ont transformé la façon de faire de l’information. « Pendant la crise d’octobre 1970, c’était la première fois que les caméras sortaient dans la rue. Le Québec vivait la crise du FLQ en direct » remémore, M. Derome.

L’information à l’ère des médias interactifs
Le journaliste à la retraite est revenu sur le mandat des lecteurs d’information qui est d’aider le public à s’y retrouver à travers l’information diffusée. « Le public doit comprendre du premier coup, informer, c’est donner une forme aux évènements », expose M. Derome. Il cite également l’ancien premier ministre du Québec René Lévesque, et son ancien collègue, Pierre Nadeau, comme deux personnes qui l’ont inspiré dans sa carrière.

Aujourd’hui, l’Internet est venu transformer la façon de recevoir et de traiter l’information en instaurant l’instantanéité de l’information diffusée et la possibilité d’y accéder de partout. « Je suis à la fois émerveillé et effrayé par la vitesse à laquelle nous parvient l’information », avoue Bernard Derome.

Ce dernier rappelle l’importance de la rigueur journalistique et de la mise en contexte claire, nécessaire à la bonne compréhension de l’information. « Il ne faut jamais craindre de s’adresser à l’intellect des gens », déclare celui qui a commencé comme disc-jockey à la radio CJBR de Rimouski. 

Selon les chiffres avancés par l’ancien journaliste, la Société Radio-Canada représenterait un investissement gouvernemental de 1,7 milliard, ou l’équivalent de 11 cents par jour par citoyen canadien.

« C’est important de maintenir la diversité des voix qui est un critère pour la démocratie, spécialement dans cette période où l’information politique, économique et sociale n’est pas toujours limpide », fait-il remarquer.

Il maintient que l’honnêteté journalistique permet de bâtir la crédibilité d’un réseau, malgré qu’il soit important de maintenir une illusion d’objectivité qui est toujours nécessaire dans ce milieu.

L’empreinte de Bernard Derome
M. Derome n’en est pas à sa première visite dans l’Ouest. C’est d’ailleurs à Edmonton qu’il se souvient avoir eu la chance d’interviewer, pour la première fois, un premier ministre, Ernest Manning en 1967.

Bernard Derome a apporté sa couleur à la couverture des évènements importants, ne serait-ce que pour mentionner la désormais célèbre expression utilisée lors de la couverture d’élections au pays, si la tendance se maintient.

 

 

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