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Confédération et dualité nationale. Que reste-t-il de la dualité nationale en 2017 ?

C’est la question à laquelle des historiens, politologues, sociologues, juristes et doctorants ont tenté de répondre lors du colloque Confédération et dualité nationale  qui s’est tenu du jeudi 27 au samedi 29 avril au Campus Saint-Jean à Edmonton. Le 150e anniversaire de la Confédération constituant un moment idéal pour réfléchir au sens, aux succès et aux enjeux de la dualité nationale, le « pacte entre deux peuples fondateurs » de 1867 a ainsi été largement discuté.

La fin de semaine au Campus Saint-Jean a été rythmée par de nombreux échanges, présentations, interventions et allocutions. La communauté intellectuelle francophone issue des quatre coins du pays s’est réunie dans le pavillon Lacerte durant trois jours pour aborder la question de la dualité nationale sous divers angles : loi constitutionnelle, dimension religieuse, élites politiques, perspectives autochtones, limites de la dualité, ou encore perspectives acadiennes.

François-Olivier Dorais, doctorant en histoire à l’Université de Montréal, spécialisé dans l’histoire du Québec et du Canada francophone, est intervenu sur le sujet de « L’esprit de 1867 ». Son intervention portait essentiellement sur le travail de Jean-Charles Bonenfant, ce juriste et historien québécois qui a beaucoup réfléchi au sens de la Confédération. Selon lui, l’esprit de 1867 serait un mythe en cela qu’il est présenté comme un moment historique où Anglais et Français se sont entendus pour former une nation formée de deux peuples égalitaires. Plutôt, l’intellectuel estime que « la Confédération a d’abord été un phénomène de pensée et d’expression anglaises », rapporte M. Dorais. « Il nous dit aussi que, contrairement aux États-Unis où la nation s’est fondée sur de grands idéaux tels que celui de la liberté, la Confédération a plutôt été un alignement pragmatique d’intérêts », relaye le jeune chercheur.

Une question encore actuelle

Ces réflexions trouvent écho dans l’actualité. Dernier exemple en date : la télésérie historique de CBC, Canada : notre histoire (Canada : The Story of Us en anglais), sujette à de vives critiques du fait que certains événements sont passés sous silence ou amoindris. Le gouvernement néo-brunswickois exigeait notamment des excuses en raison de l’absence de l’Acadie dans la série.

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Ce mécontentement a aussi été mentionné lors du colloque par Jean-Marc Fournier, ministre du Québec responsable des Relations canadiennes et de la Francophonie canadienne. « Cette série se dit un reflet de notre histoire mais est pleine de raccourcis. Ceci illustre la nécessité de reprendre le dialogue sur ce que nous sommes », a-t-il déclaré devant le groupe de chercheurs et doctorants. D’après lui, à l’heure des « replis identitaires et d‘un contexte politique préoccupant », il est important de garder en tête que « la formule fédérale canadienne permet d’unir des forces diverses, de tenir compte des différences des groupes qui composent le système politique du pays ». Pour le ministre et le gouvernement qu’il représente, « le fédéralisme que nous voulons est fondé sur la reconnaissance des différences et des appartenances plurielles. Il doit assurer la diversité et l’unité ». Pour cela, un dialogue est nécessaire selon M. Fournier.

« Que cette conférence soit une première mais pas une dernière ! », Jean-Marc Fournier.

La dualité nationale se complexifie encore avec la perspective des peuples autochtones. Selon Daniel Salée, professeur en sciences politiques à l’Université de Concordia, « il y a deux types de dualité : la première, traditionnelle, entre Anglais et Français, qui ne concerne pas les peuples autochtones ; et une seconde, avec d’un côté les autochtones et de l’autre les Euro-descendants, ceux qui descendent des colons ». Le chercheur à l’origine de la discussion sur « Les peuples autochtones et les aspirations souverainistes des Québécois » estime que « lorsqu’on ajoute les autochtones dans le débat, la dualité est vue ainsi d’une autre manière et n’a pas la même résonnance ».

Le ministre québécois a invité la communauté à poursuivre le débat : « Que cette conférence soit une première mais pas une dernière ! ».


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