Centre-ville de Calgary : recherche de locataire désespérément!

Plus de 20% des locaux commerciaux au centre-ville de Calgary sont inoccupés. Mais qu’en est-il de la situation des entreprises francophones ? Le Franco établit cette semaine un état des lieux, suivi bientôt de plusieurs témoignages d’entrepreneurs afin de rendre compte de la situation.chairs-1840377 1920

Pour le maire de Calgary, M. Nenshi, deux principales raisons expliquent la vacuité des espaces commerciaux en centre-ville. D’une part, les licenciements par les grosses entreprises, à l’instar de Cenovus et Suncor, qui ont dû remercier des milliers d’employés suite à la chute des prix du pétrole. D’autre part, les énormes projets de construction qui arrivent maintenant à leur terme, et qui s’achèvent dans un contexte où la demande pour les espaces commerciaux est faible. Un exemple emblématique de cette situation est la tour Brookfield Place située entre la 6e et la 7e avenue et entre la 1ère et la 2e rue, un projet entrepris dès la fin 2013 et supposé accueillir, justement, Cenovus sur plus de 90 000 mètres carrés. Cette tour gigantesque, de plus de 56 étages pour 247 mètres de haut, contient plus de 220 000 mètres carrés d’espace de bureau, la plupart inoccupés faute de demande.

Une perte de revenus fiscaux pour la ville

Cette situation est inquiétante pour la ville qui perd une importante somme de recettes fiscales liées à l’immobilier commercial. Pour pallier ce manque à gagner, la ville a décidé d’augmenter les taxes foncières. La valeur des terrains de certaines entreprises a ainsi augmenté de façon considérable. En effet, « certains de ces commerces pourraient subir une augmentation d’impôts allant jusqu’à 80% », alerte Erwan Oger, directeur du mentorat, de l’entrepreneuriat et de l’innovation au Conseil de Développement Économique de l’Alberta (CDÉA) de Calgary. La ville envisage d’ailleurs de libérer 15 millions de dollars pour aider les commerces à supporter ces changements fiscaux.

L’impact sur les entreprises francophones

Pour les entrepreneurs francophones, la conjoncture actuelle pose aussi problème. « La période de crise a eu un gros impact sur tous les commerces qui n’ont pas encore réussi à se développer suffisamment », commente Erwan Oger. Il y a aussi beaucoup de commerces qui font des erreurs de gestion, mal préparés pour affronter la tempête économique. « Trop d’extraction de profit par les propriétaires, une mauvaise anticipation de leurs liquidités et de leurs dettes vis-à-vis de Revenu Canada », expliqueraient aussi, selon M. Oger, la fermeture de plusieurs entreprises francophones. Ces commerces, qui se sont développés avec l’essor économique des années passées, n’ont pas su gérer le ralentissement des affaires : collecte de la taxe sur les produits et services, impôts, assurance emploi, pensions, obligations envers les employés qu’ils ont dû licencier, et dettes envers les fournisseurs-clés. C’est la mauvaise anticipation de ces impératifs qui les a mis dans le rouge.

Certains secteurs plus frappés que d’autres

Les secteurs les plus touchés sont sans surprise ceux liés à l’industrie du pétrole. Parmi les entreprises francophones œuvrant dans la manufacture, la maintenance, et l’installation de services pétroliers, celles très peu diversifiées en dehors du secteur de l’or noir se sont trouvées brutalement ralenties. « Ces entreprises ont réussi à survivre, mais avec de gros impacts sur leurs ressources humaines, avec des réductions d’heures et des licenciements partiels », souligne Erwan Oger. Les entreprises qui s’en sortent le mieux semblent être celles qui sont bien gérées, avec un long passif de vingt, voire trente ans, et qui sont capables d’encaisser les coups durs.

Le départ des travailleurs

En plus des espaces commerciaux vides, Calgary a assisté ces derniers mois à un vrai exode de sa main d’œuvre. « Beaucoup de travailleurs temporaires ou facilement redistribuables ont déjà eu le temps de quitter la ville depuis la chute des prix de pétrole », relève Erwan Oger. Ceux-là sont en effet partis voir si l’herbe était plus verte ailleurs. Un grand nombre de travailleurs francophones en construction sont partis, ou repartis, tenter leur chance dans l’est du pays, au Québec, en Ontario, ou dans les Maritimes. D’autres sont restés, en attendant des temps plus cléments, et vivent sur le salaire de leur conjoint. Les ingénieurs pétroliers se sont pour beaucoup envolés vers le Texas ou dans les pays du Proche-Orient, voire en Asie de l’Est, souvent à leur propre compte en tant que consultants.

Des projets de grands travaux pour tenir le coup

Afin d’enrayer les effets néfastes de la crise, les gouvernements fédéraux, provinciaux et municipaux tentent de soutenir l’économie via le financement de grands projets d’infrastructures : rénovations et constructions de ponts, de gazoducs, d’aqueducs, de viaducs. Les institutions publiques engagent ainsi de fortes sommes d’argent afin de garder des postes en construction ouverts et faire tourner l’économie. « Les projets d’infrastructure sont le moyen le plus efficace de soutenir une économie en berne », note le directeur du mentorat, de l’entrepreneuriat et de l’innovation du CDÉA de Calgary. Une nouvelle station de pompage sera par exemple bâtie à Sunnyside, un secteur vulnérable aux inondations. En tout, ce sont plus de 34 milliards de dollars qui seront injectés par le gouvernement néo-démocrate dans les projets d’infrastructures dans le cadre du Plan Capital établi en 2016.

Affaire à suivre

Au cours des prochains numéros, Le Franco rendra compte de témoignages d’entrepreneurs francophones basés à Calgary dans différents secteurs de l’économie : restauration, immobilier, manufacture, etc. L’objectif : mettre en lumière les impacts de la crise sur les affaires des entrepreneurs francophones.

 

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