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Les deux côtés de la médaille

Employeurs ou employés, tous ressentiront l'effet de la hausse progressive du salaire minimum en Alberta. Le 1er octobre dernier, la première augmentation salariale a élevé le montant initial de 11,20 $ à 12,20 $. Une hausse qui n’a pas fini de grimper d’ici deux ans. Si certains y sont favorables, d'autres voient en elle un pur danger pour l'économie. Les avis sont partagés. Point sur la situation.

Qu'en est-il de cette augmentation ? Étalée sur trois phases, elle atteindra le seuil de 13,60 $ en octobre 2017 pour finalement tracer son sillon jusqu'à 15 $ en 2018. Les serveurs et les barmans se verront accorder un salaire minimum identique aux autres. Un salaire moindre, de 10,70 $, était autrefois applicable pour ces deux métiers. Il sera donc aboli. Ces ajustements, selon le gouvernement provincial, ne pourront être annulés ou modifiés que par le cabinet ou par un prochain gouvernement élu.

Pile dans l'intérêt des employés

« Du point de vue des clients d'Accès Emploi, c'était essentiel. Nous avons des clients qui ont deux ou trois emplois, car autrement ils n'ont pas suffisamment de revenus pour subvenir à leurs besoins », indique Suzanne Corneau, directrice générale d'Accès Emploi. Elle précise que parmi eux, beaucoup gagnent le salaire minimum, et souvent pour un emploi à temps partiel. C'est pourquoi elle pense que, spécialement pour ses clients qui ont des enfants, il devient difficile de subvenir à leurs besoins tout en conjuguant plusieurs emplois avec leur horaire familial. « Pour ces personnes, c'est une très bonne mesure, concède-t-elle. Mais il ne faut pas oublier que 12,20 $ l'heure, ça ne produit pas un grand revenu annuel. Il y a toujours des personnes qui vivent sous le seuil de la pauvreté avec ce salaire-là. »

Selon une récente étude de Public Interest Alberta (PIA), un salarié albertain sur cinq reçoit le salaire minimum. D'ailleurs, l'étude révèle que 77,1 % d'entre eux ont 20 ans ou plus. Il s'agit donc d'une proportion importante, contrairement à la pensée courante. « J'espère que les citoyens vont pouvoir mieux vivre avec cette augmentation de salaire qui entre en vigueur », commente Mme Corneau.

Et pourtant, un tout autre point de vue doit être considéré.

coffee-shop-1209863 1920Face à une situation économique défavorable

À l'heure actuelle, plusieurs facteurs affectent les entreprises. « La récession a un impact considérable », affirme Attila Varga, propriétaire d'un Cora Déjeuners à Calgary et membre du CDÉA. Que ça soit dans le secteur du pétrole, de la restauration, de l'hôtellerie ou autres, M. Varga confirme que les compagnies subissent des difficultés à la suite de cette crise. Il avoue qu'il comprendrait la pertinence de la hausse si le contexte économique était semblable à celui de 2012 ou 2013, « mais en réalité, ce n'est pas le moment opportun pour prendre cette mesure », pense-t-il.

« Étant donné que le marché est très doux en environnement économique, ça produit une situation où les gens tentent d'économiser davantage », poursuit-il. La population réduit donc sa consommation, et cela commence naturellement par les dépenses de loisirs, comme le mentionne l'entrepreneur. Pour les entreprises, le résultat est une baisse du volume des ventes. « Au Cora, nos revenus ont encore baissé cette année, au nombre de 13%, en comparaison à 12% en 2015 », renchérit-il. De plus, avec le coût de la vie qui grimpe, les dépenses des commerçants ne peuvent que suivre la cadence. « Le prix des fournitures, de la nourriture, des produits de nettoyage, du transport, du loyer... Tout est à la hausse, sauf nos revenus », se désole le propriétaire du Cora.

En bref, les commerces sont déjà dans une situation où ils diminuent leur nombre d'employés ainsi que les heures accordées, et où ils doivent hausser les prix de leurs produits et services. « En ajoutant à tout ça le facteur de l'augmentation du salaire minimum, ces mesures vont être d'autant plus importantes », soulève M. Varga.

Qui dit augmentation de salaire pour l'un, dit augmentation de salaire pour l'autre. L'effet domino que va possiblement engendrer la hausse mettra bien des employeurs dans le pétrin. Les salariés gagnant à la base un salaire plus élevé verront les salaires minimums se hisser non loin du leur, et ils n'apprécieront guère. « Malheureusement, on ne peut pas se permettre d'accorder une augmentation générale avec la baisse de revenus actuelle », explique-t-il.

Le commerce de M. Varga a décidé d'informer le ministre Lori Sigurdson de l'impact que cette augmentation aura sur eux, les propriétaires de restaurants, et sur leurs revenus. La réponse qu'on leur a donnée ? « Vous n'avez qu'à hausser vos prix », cite-t-il. Dans un contexte économique favorable, le propriétaire consent que ce pourrait être envisageable. « Mais dans un moment où l'économie est très faible, c'est dangereux pour une compagnie de faire grimper ses prix ainsi, car les clients vont vite s'en rendre compte. », souligne-t-il.

Quelques prévisions

« Ça ne vaut pas la peine d'avoir un commerce quand les dépenses sont tellement élevées qu'il n'y a peu ou pas de profit. », relate M. Varga. Lorsque l'augmentation atteindra les 15 $ en 2018, il croit qu'en effet plusieurs entreprises devront fermer leurs portes à la suite d'une trop forte pression. Si une vague de commerces cesse leur activité, le nombre d'emplois va naturellement diminuer. « L'employeur le plus important en ce moment, c'est les entreprises privées. Si on enlève ces entreprises-là, il n'y a plus d'emplois », conclut l'entrepreneur.

Tout compte fait, la hausse du salaire minimum entraînera certainement des avantages et des inconvénients. Alors que certains employés seront heureux de voir leur salaire augmenter, d'autres verront plutôt la durée de leur emploi s'écourter. Quelles seront les réelles répercussions ? À suivre.

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