« Un sondage fort encourageant pour le bilinguisme »

Le 2 septembre dernier, le commissaire aux langues officielles du Canada, Graham Fraser, a dévoilé à Calgary les résultats d’un sondage pancanadien sur le bilinguisme et la Loi sur les langues officielles. Le coup de sonde montre clairement, et pour la première fois, que la très grande majorité des Canadiens est en faveur du bilinguisme pour l’ensemble du Canada.

« Depuis un certain temps, on a vu une évolution de l’opinion publique vis-à-vis le bilinguisme au Canada. Un des signes de ce changement a été constaté aux Olympiques d’hiver de 2010 à Vancouver », commence Graham Fraser. Comme il le rappelle, les deux langues officielles y étaient alors très bien représentées. « Même le secteur privé a participé et a diffusé des publicités en français. La Baie, par exemple, avait un comptoir où le service était disponible dans les deux langues officielles », se réjouit-il. Le commissaire assure que si l'évènement s’était tenu il y a 35 ans, « il y aurait eu des graffitis et de la résistance populaire ». Pour lui, de plus en plus de Canadiens, non seulement acceptent, mais embrassent l’idée de la dualité linguistique comme faisant partie de l’identité nationale.

L’avantage albertain services-bilingue-bandeau
Selon le sondage, le bilinguisme a la cote en Alberta. Et pour le commissaire, cette situation ne serait pas étrangère aux efforts d’Edmonton Public Schools. Selon lui, il s’agit même du meilleur système d’immersion française au Canada. « En Alberta, il y a une compréhension générale : apprendre une deuxième langue, c’est bon pour le cerveau. Les Albertains comprennent aussi que ça ne menace personne, ce n’est pas un fardeau, c’est une occasion en or de mieux comprendre le pays », argue-t-il. Graham Fraser insiste cependant sur le fait qu’il est tout de même possible de très bien vivre en ne parlant qu’une seule langue. « Or pour jouer un rôle au plan national et pour comprendre le pays, il faut parler les deux langues officielles. »

Harper, un modèle
Pour le commissaire, le fait que l’ancien premier ministre Stephen Harper soit Albertain joue pour quelque chose en ce qui concerne l’appui que les habitants de la province donnent au bilinguisme. « Il était très discipliné dans son utilisation des deux langues officielles. Le bilinguisme de Jason Kenney aussi a eu un impact important », estime-t-il. Graham Fraser parle aussi de l’ancien premier ministre du Canada, Joe Clark, comme étant un fervent défenseur du bilinguisme. « Dans les années 70, quand Joe Clark était candidat, un journaliste avait posé une  question au caucus du parti progressiste-conservateur : combien d’entre vous ont dû apprendre le français pour avoir un emploi? Personne n’a levé la main, sauf M. Clark », se souvient-il. Pour lui, il s’agit de l’exemple parfait de quelqu’un qui a compris que pour jouer un rôle sur la scène nationale, le bilinguisme est essentiel, « même si on peut passer sa vie confortablement en Alberta en étant anglophone unilingue, comme on peut être unilingue francophone au Québec ».

Est-ce que ce sondage aura des répercussions positives relativement à la création d’une loi sur les services en français en Alberta, tel que le réclame la communauté francophone depuis des années? Il  y a là un pas que le commissaire n’est pas prêt à franchir. « Cependant, une chose que je trouve intéressante, c’est que juste avant la sortie de la décision de la Cour suprême sur la Cause Caron, le gouvernement de l’Alberta a pris la peine de tenir des rencontres avec l’ACFA, et de dire que peu importe la décision, il continuera d’avoir un bon rapport avec la communauté francophone », se réjouit Graham Fraser. Le principal intéressé admet avoir apprécié ce geste comme un exemple de bonne foi.

Évidemment, les résultats du sondage devraient amener de l’eau au moulin pour les différents paliers de gouvernements, et ce, afin qu’ils appuient les communautés linguistiques minoritaires. « Nous sommes à la mi-terme de la feuille de route du plan du gouvernement. On a des consultations à travers le pays pour voir quelles seront les priorités des communautés. Mais ce sondage, ça envoie un message assez fort que le bilinguisme ne divise plus la population, ce n’est plus controversé et il n’y a plus de risque politique à agir dans ce sens-là », intellectualise-t-il.

Plus encore, pour lui, la même rhétorique peut maintenant s’appliquer au bilinguisme des juges de la Cour suprême. « On appuie cela et personne ne s’en offusque, à part peut-être certains avocats unilingues qui se sentent défavorisés. Mais la population comme telle n’est pas effrayée par l’idée que les juges à la Cour suprême doivent être bilingues », cautionne-t-il.

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