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Communautés africaines et homosexualité : un énorme tabou

Rainbow Flag Gay Pride New York 2008
Lorsque vient le temps d’aborder les questions LGBTQ, les représentants des communautés africaines répondent le plus souvent absents. Paulin Mulatris, sociologue au Campus Saint-Jean, a accepté d’en parler. Il a d’ailleurs reçu une bourse de 10 000$ du Conseil de recherches en sciences humaines ainsi qu’une subvention interne de 5 000$ pour mener des recherches sur la question de l’homosexualité chez les communautés africaines au Canada.

 

Le Franco : Diriez-vous que la question de l’homosexualité est taboue chez les communautés africaines?
Paulin Mulatris
 : Culturellement, c’est une question qui n’est pas beaucoup discutée. En Afrique, ce sont des questions très controversées et qu’on aborde difficilement.

LF : Dans ce contexte-là, comment les Albertains issus des communautés africaines composent avec le fait que l’orientation sexuelle est un droit humain au Canada?              
PM : C’est très complexe, c’est un tabou. On n’en discute pas, c’est perçu comme une question proprement occidentale et non africaine. Plusieurs sont mal à l’aise.

LF : Pourtant, il y a des Africains homosexuels.              
PM :
Absolument. Mais on préfère ne pas en parler.

LF : D’autant plus que dans certains pays africains, l’homosexualité est passible de peine de mort…
PM :
C’est ce qu’on appelle l’homophobie institutionnelle, où des règlements punissent très sévèrement ces pratiques, jugées comme une importation occidentale. Pourtant, rien dans la tradition africaine n’indique que ces pratiques n’ont jamais existé. Rien.

LF : Diriez-vous qu’il y a un travail de sensibilisation à faire auprès de la communauté africaine?
PM :
Oui. Je pense que c’est important d’en parler. D’autant plus que les enfants qui viennent de ces milieux fréquentent d’autres milieux très ouverts dans l’espace scolaire et communautaire. Mais c’est considéré comme tabou, et c’est la politique de l’autruche.

LF : Donc il y a un travail à faire? Il y a un besoin?          
PM
 : Le besoin, il est là, il est réel. Il faut en parler, mais de façon culturellement acceptable.

LF : Comment peut-on en parler de façon culturellement acceptable?              
PM :
C’est la complexité de la question. J’ai mené des recherches là-dessus en Afrique. Je pense que ce qui manque dans nos communautés, ce sont des outils pour trouver des voix appropriées.

LF : Selon vous, qui devrait être le porteur de ce dossier-là?   
PM :
Je crois que cela devrait venir des milieux de recherche pour développer un langage approprié. C’est une question d’éducation. Nous devons trouver des outils pour d’abord en parler, en discuter, et une fois cette phase passée, il faut trouver des moyens pour que ce soit accepté.

LF : Est-ce que certaines communautés africaines acceptent plus facilement l’homosexualité que d’autres?
PM :
La Côte d’Ivoire et l’Afrique du Sud en parlent très ouvertement, pour ne citer que ces pays-là. Dans le cas du Congo, la question est taboue, mais elle n’est pas interdite sur le plan institutionnel. Mais le tabou culturel pèse lourd.

LF : Pensez-vous que les Canadiens d’origine africaine comprennent bien les droits de la personne?              
PM :
Cela fait partie de ce travail de sensibilisation qui devrait être abordé. On connait la notion de droit de la personne, mais quelles en sont les implications et les détails? On connait le droit à l’éducation, au logement, etc., mais quand viennent les droits plus sensibles culturellement, je pense qu’on a tendance à les évacuer.  On sélectionne la notion de droit pour ne prendre que ce qui est acceptable culturellement. 

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