Glotto-quoi? Glottophobe! Vous avez bien lu! La glottophobie, un terme inventé dans les années 70 par le sociolinguiste Philippe Blanchet, désigne la discrimination par l’accent, et affecte particulièrement la Francophonie internationale. Et l’Alberta, avec sa ribambelle d’accents francophones, ne fait pas exception à la règle.

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Rejoint dans sa Bretagne natale, Philippe Blanchet estime que l’élite de la langue française est encore celle de Paris et des pays européens. « Viennent ensuite le reste des francophones de l’hémisphère nord, et tout au bas de l’échelle, les francophones de l’Afrique », juge-t-il. Selon le chercheur, en situation minoritaire, la glottophobie est encore plus présente. « Le groupe de locuteurs dominants discrimine alors les locuteurs de l’autre langue sur la base de leur accent. »

En Alberta comme ailleurs, les médias ont tendance à présenter un français très normalisé. « On entend très peu les accents locaux, alors qu’ils sont très vivants », estime Philippe Blanchet. Pour lui, il s’agit d’une forme de discrimination. « Quand une instance qui a du pouvoir impose sa façon de parler comme un modèle et stigmatise d’autres accents, c’est de la glottophobie. »

 

Est-ce que Radio-Canada discrimine?

 

Il est vrai que les différentes couleurs du français sont peu présentes sur les ondes du diffuseur pancanadien Radio-Canada, du moins en Alberta. Or, pour Pierre Guérin, directeur régional, Ouest du Canada, ce n’est pas par discrimination. « À une certaine époque, il y avait une tradition établie que, comme diffuseur international, il fallait adopter un accent relativement neutre, plus accessible et plus compréhensible d’un bout à l’autre du pays », admet-il. Cela dit, selon ses dires, cette pratique a été abandonnée. « Je pense que c’est une bonne chose, on valorise les accents, car c’est représentatif des différentes régions du pays et cela permet l’ancrage régional. »

Pourquoi alors est-ce que l’accent franco-albertain, pour ne nommer que celui-là, n’est pas plus entendu et parlé à la radio et à la télévision du diffuseur? Selon Pierre Guérin, c’est par manque de ressources humaines. « Il n’y a pas d’école de formation dans les provinces de l’Ouest, en français, dans le domaine des communications. Nous avons le désir d’embaucher des gens qui viennent du milieu, mais ce n’est pas toujours possible », justifie le directeur. L’accent québécois est donc celui le plus entendu pour des questions de recrutement.

Cela dit, Pierre Guérin insiste sur le fait que Radio-Canada ne fait pas de compromis sur la qualité de la langue, peu importe l’accent. Pour lui, le diffuseur est considéré comme une référence dans des communautés francophones minoritaires, et cela revêt une importance toute particulière. « Nous faisons énormément d’efforts dans ce sens-là, nous nous penchons sur les questions de grammaire, de style ou encore de construction de phrases plutôt que sur les accents. »

 

Des pistes de solutions

 

Comment faire en sorte que cette forme de discrimination ne prenne pas plus d’ampleur? « Il faut d’abord accepter l’existence de ces discriminations et apprendre aux gens à s’adapter aux attentes sociales pour ne pas être discriminés », répond Philippe Blanchet. Selon lui, il faut aussi transformer l’éducation, et enseigner que la diversité des accents est une bonne chose.

Le sociolinguiste va encore plus loin. « Il y a des lois qui interdisent les discriminations sur la base de la religion, du sexe, de l’orientation sexuelle, de la race, etc. Je pense que nous devrions ajouter à ces lois un motif de plus, et ce serait la discrimination linguistique, la glottophobie », termine-t-il.

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