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L’enseignement francophone et l’immersion française ont la cote dans l’Ouest canadien. C’est du moins le constat qui ressort des dernières statistiques, qui font état d’une augmentation de 45,4 % du nombre d’élèves francophones depuis les dix dernières années en Alberta. Cela dit, les enseignants, eux, se font rares, et le Campus Saint-Jean (CSJ) peine à recruter du sang neuf. 

 

Entre 55 et 75 finissants sortent chaque année du CSJ pour aller enseigner en français. « On demande à nos finissants de desservir les écoles francophones et d’immersion partout dans l’Ouest canadien, en Saskatchewan, en Colombie-Britannique et dans les Territoires du Nord-Ouest », observe Daniel Haley, directeur de la pratique de l'enseignement au CSJ. 

La question à savoir combien de finissants sont nécessaires pour combler les besoins actuels a été posée aux conseils scolaires. « Le nombre est entre 150 et 200 », dit-il. Selon ses dires, à l’heure actuelle, une majorité de finissants du CSJ, qui finiront dans quelques jours, ont déjà signé leur contrat de travail. « Plus de 70 postes sont toujours ouverts », affirme Daniel Haley. À son avis, tous ceux qui veulent un poste peuvent en avoir un s’ils sont prêts à se déplacer ou à travailler à l’extérieur. « Le taux d’employabilité approche 100 %. »

Mesures d’attractions
Pour attirer les finissants dans les milieux ruraux, des bourses de mobilités sont offertes, ainsi que des bourses de placement rural assez substantielles. « Par exemple, un finissant qui irait travailler dans un milieu rural peut recevoir jusqu’à 16 000 $ pour un contrat de 3 ans », explique-t-il. 

Selon lui, ces mesures sont certes alléchantes, mais elles témoignent surtout de la difficulté de ces milieux à attirer et à retenir des enseignants. Sans compter sur le fait qu’en Alberta, le salaire d’un enseignant qui commence sa carrière tourne autour de 65 000$. « Or, il y a beaucoup de travail, c’est plus exigeant que ce que les gens pensent, il y a beaucoup de responsabilités qui retombent sur les épaules des enseignants et leur taux de décrochage après cinq ans est assez élevé », analyse Daniel Haley.

Des finissants très demandés
Cette situation affecte toutes les autres provinces de l’Ouest, et même celles de l’Est. Pour le constater, le doyen du Campus Saint-Jean, Pierre-Yves Mocquais et Daniel Haley ont visité des écoles secondaires de Vancouver où des stagiaires du Campus sont placés. « Nous essayons d’encourager les finissants de ces écoles à considérer une formation puis une carrière dans l’enseignement. »

Selon le directeur, les conseils scolaires préfèrent avoir des enseignants qui sortent de leurs propres jardins. « C’est moins rassurant pour eux de faire appel à des finissants des provinces de l’Est, car on ne sait pas s’ils vont rester, alors que les gens qui sont déjà ici connaissent bien le milieu et sont plus aptes à s’engager dans une carrière à long terme, c’est ce qu’ils aimeraient voir », renchérit-il. Dommage alors que très peu d’étudiants du CSJ proviennent de Calgary et du sud de la Colombie-Britannique, « car la demande  y est énorme ».

Par ailleurs, un autre défi de taille pend au bout du nez des conseils scolaires. « En Ontario, le programme de certification en enseignement après diplôme sera dorénavant d’une durée de deux ans au lieu d’une », poursuit Daniel Haley. Il n’y aura donc virtuellement aucun finissant après-diplôme provenant de l’Ontario cette année. La compétition s’annonce féroce! « Nous avons tenu une foire d’emploi récemment, et 35 organismes et conseils scolaires, dont des conseils scolaires de l’Ontario, se sont présentés pour recruter 60 finissants! », lâche le directeur. 

Inquiétude dans les écoles
Pour suffire à la demande, les écoles font preuve de créativité en employant des suppléants ou des professeurs temporaires. « Je reçois des appels presque à tous les jours pour des demandes de stagiaires et d’enseignants », se désole Daniel Haley. Selon ses dires, ce que les acteurs du dossier essaient surtout d’éviter, c’est de devoir imposer des quotas et des limites d’admission, ou encore de mettre sur pied un système de loterie pour l’accès à l’éducation en français, comme c’est le cas en Colombie-Britannique. « Certains conseils scolaires ferment carrément leur programme d’immersion », laisse-t-il tomber. Un dossier à suivre! 

 

Qu’en est-il des inscriptions ciblées? 

Il n’y a pas de limite au nombre d’étudiants que peut recevoir le Campus Saint-Jean. Or, seulement 60 places sont financées par le gouvernement de l’Alberta. Ce sont les inscriptions ciblées, accompagnées d’un chèque. 

Le sujet a été évoqué lors de la récente rencontre de l’ACFA avec Rachel Notley. « Nous avons demandé à ce que la participation annuelle du gouvernement — c’est-à-dire les inscriptions ciblées — pour le secteur de la pédagogie soit majorée », partage le président de l’ACFA, Jean Johnson. La demande a malheureusement été refusée par la première ministre, étant donnée la situation économique actuelle du pays de la rose sauvage. « Cela dit, elle comprend très bien l’enjeu et notre position. » Tout n’est pas perdu. 

 

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