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L’Alberta est reconnue pour son conservatisme fiscal, et plusieurs habitants rejettent l’idée de creuser le déficit. Dans cette optique, le budget Morneau, déposé le 22 mars dernier, en a fait sourciller plus d’un, car selon les prévisions, un trou de 100 milliards de dollars est à prévoir d’ici cinq ans. Le budget réussit-il le test?

 

Le budget est déposé depuis un peu plus d’une semaine et les avis sont déjà tranchés. Pour le premier ministre, l’effort du ministre Morneau respecte les engagements pris lors de la campagne électorale. Pour d’autres, il n’en est rien! « Ce budget sera un fardeau pour les générations futures », a déploré Janet Riopel, présidente et directrice générale de la Chambre de commerce d’Edmonton. Pour elle, les périodes de ralentissement économique, comme celle que connaissent présentement l’Alberta et le Canada, devraient être l’occasion de se serrer la ceinture et de réduire les dépenses associées aux programmes gouvernementaux.

Un point de vue qui n’est pas partagé par Marc Tremblay, président-directeur général du Conseil de développement économique de l’Alberta (CDÉA). « Dans le contexte économique albertain, je suis d’accord avec l’idée de dépenser un peu plus pour stimuler l’économie », dit-il. Or, ce dernier juge problématique que le déficit annoncé ne soit pas accompagné d’un plan de remboursement.

Avec un budget déficitaire annoncé de 29 milliards, certains crient au scandale. Le premier ministre Justin Trudeau, lui, croit mordicus au rééquilibre de son budget sur la durée. Selon l’économiste David Caron, le déficit n’est pas un obstacle. « En tant que tel pourquoi pas, pour que le budget s’équilibre, tout ce qu’il faut c’est que les revenus augmentent plus rapidement que les dépenses. » L’avenir du budget dépendra donc des décisions qui seront prises dans les trois prochaines années, notamment en ce qui concerne la gestion des impôts.  

Allocations familiales bonifiées

À la lumière du nouveau budget, l’allocation familiale, elle, se voit simplifiée. Sur le compte Twitter de Justin Trudeau, on peut y lire : « avec l’allocation canadienne aux enfants du #Budget2016, les familles recevront en moyenne 2300 $ de plus par an ». Quelle est la différence entre avant et maintenant?

David Caron explique : « auparavant, chaque Canadien recevait un montant fixe de 160 $ par enfant jusqu’à six ans, puis 100 $ ou 60 $ par enfant jusqu’à dix-huit ans ». Ce bonus, c’était la Prestation universelle et la garde d’enfants (PUGE). La nouveauté consiste donc à redistribuer ce bonus fiscal, en donnant une allocation familiale basée sur le niveau de revenus des familles. « Si on a un niveau qui est plus faible, on va recevoir plus. Si on a un niveau de vie plus élevé, on va recevoir moins, voir rien du tout », surenchérit l’économiste.

Par exemple, si une personne touchait un million de dollars de revenus annuels, cette personne avait aussi droit à l’allocation familiale. Aujourd’hui, le plafond maximal pour qu’une famille puisse toucher cette allocation est d’environ 150 000 dollars à l’année.

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Suppression des crédits d’impôt

Autre nouveauté, les familles des enfants inscrits à des activités sportives ou artistiques ne bénéficieront plus de déductions d’impôt. Selon David Caron, l’abolition de cette déduction va laisser plus d’argent pour augmenter les prestations familiales.

En résumé, ce qui change la donne se situe donc au niveau des revenus afin d’aider les plus pauvres, encourager la classe moyenne et supprimer un avantage non nécessaire pour les classes plus aisées.

Edmonton trop riche pour la bonification de l’assurance emploi?        

En ce qui concerne les avantages, une incompréhension demeure au sujet du prolongement de l’assurance emploi. Actuellement, les résidents d’Edmonton sont les seuls Albertains non éligibles à cette mesure. Justin Trudeau a d’ailleurs commenté cette situation en évoquant l’exception edmontonnienne. Selon lui, la ville est moins touchée par le ralentissement économique. Cela dit, pour Janet Riopel, bien que le taux de chômage de la capitale albertaine se situait à seulement 6,8 % en février, des défis importants attendent les Edmontoniens. « Plusieurs personnes reçoivent présentement des prestations d’assurances emploi et auront bientôt atteint le maximum de leurs bénéfices », se désole-t-elle.

Un point de vue partagé par Marc Tremblay. « C’est incompréhensible. Beaucoup de personnes sont domiciliées à Edmonton mais travaillent ailleurs, à Fort McMurray par exemple, et ils devraient pouvoir bénéficier de cette mesure. » Selon lui, c’est toute l’Alberta qui subit présentement un revers.

Investissements supplémentaires pour la santé

La santé, elle, se porte bien. Aux dires de plusieurs observateurs, dont le directeur général de la Société Santé en français, Michel Tremblay, le budget Morneau est prometteur. « C’est un bon budget pour la santé en général ». En revanche pour la santé en français, c’est une autre histoire, « car il n’y a aucune mesure en ce sens », fait-il remarquer. Le budget annonce donc des fonds pour les services à domicile et les services aux personnes ainées, notamment pour augmenter le revenu minimum garanti.

Les soins à domicile et la santé mentale sont des dossiers prioritaires. Michel Tremblay rappelle qu’il est important que les intervenants soient capables de s’exprimer en français, « car c’est la langue qu’on utilise pour identifier les besoins des personnes, ainsi que celle utilisée pour les traitements en santé mentale ».

Investissements historiques  

Finalement, qui dit santé dit approvisionnement en eau, et à ce titre, le budget fédéral prévoit 2 G$ pour les infrastructures des peuples autochtones, pour lesquels la surveillance de la qualité de l’eau potable est déficiente. Des investissements de près de 555 M$ seront aussi dépensés pour répondre aux besoins urgents de logements dans les collectivités des Premières nations.

D’ici quatre ans, les Canadiens pourront constater si le budget de Justin Trudeau s’équilibre bel et bien !

 

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