Accès aux soins en français : encore quelques défis

Certains intervenants sont d’avis que les soins de santé sont devenus, avec le temps, de plus en plus accessibles aux francophones. Pourtant, même si la situation est plus positive aujourd’hui qu’elle ne l’a déjà été, il reste encore du travail à faire pour que la communauté franco-albertaine puisse bénéficier de services de soins dans sa langue.

La particularité de l’Alberta est qu’elle abrite des groupes de francophones très dispersés sur son territoire. Il est donc difficile de rejoindre tout le monde et de créer un réseau qui garantirait à chacun d’être servi en français dans sa région.


« Contrairement à d’autres provinces où la communauté est relativement regroupée, les francophones ici ne le sont pas du tout. Il faut donc que l’on crée un réseau, des contacts dans chaque région, de manière à pouvoir joindre tout le monde », explique la coordonnatrice des Services de santé en français de l’organisme gouvernemental Alberta Health Service (AHS), Rachelle Bérubé.

Le directeur général du Réseau santé albertain (RSA), Luc Therrien, fait le même constat. « On remarque qu’il n’y a pas de service organisé et structuré en français en Alberta. En 2001, un rapport a été produit et dit bien que l’une des difficultés, c’est l’isolement géographique des communautés francophones. »

Il fait ensuite remarquer qu’une étude réalisée en 2004 a permis d’observer que le profil des francophones de la province est encore peu connu.

Plusieurs initiatives pour relever le défi
Pour répondre aux besoins des populations francophones, un programme mis sur pied au cours des deux dernières années permet à des bénévoles de donner des formations d’autogestion aux aînés qui souffrent de maladies chroniques, comme le diabète ou l’hypertension.

« Lors de l’une de nos études, les gens nous ont dit qu’ils veulent prendre en charge leur santé, mais qu’ils ne savent pas comment faire. Je dirais donc que ce programme, pris en charge par AHS, est un véritable accomplissement pour nous. Nous avons vraiment mis l’accent dessus. C’est un bon exemple de ce qu’on peut faire pour permettre aux gens de prendre leur santé en main », indique Luc Therrien.

Autre changement majeur dans le paysage francophone de la province, c’est que depuis avril 2011, le Centre de services de santé en français est devenu pour sa part un département d’AHS. Auparavant, la structure ne desservait que l’hôpital Sacré-Cœur de Rivière-la-Paix. Mais aujourd’hui, c’est à partir de là que de nombreux documents traduits en français sont distribués dans tous les centres de services desservant la clientèle francophone de la province.

Rachelle Bérubé, qui siège aussi au conseil d’administration du RSA, est d’avis que bien des choses ont évolué et que les Franco-Albertains, qui « voulaient être servis en français dans les hôpitaux », ont beaucoup moins de difficultés à avoir accès aux soins de santé dans leur langue.

Elle indique que le plus gros du travail a déjà été fait, mais que le défi reste de pouvoir atteindre tous les francophones, de manière à maintenir et à parfaire l’accès aux soins de santé en français.

« On veut partager l’information avec les autres hôpitaux et les autres centres, parce que nous faisons beaucoup de traduction et qu’on veut que tout ce qui se fait en anglais puisse aussi être accessible en français », souligne Mme Bérubé.

De son côté, le directeur général du RSA estime qu’il y a encore des progrès à faire. « Je dirais qu’on avance lentement parce que le système est complexe. C’est comme le domaine de l’éducation francophone qui est devenu beaucoup plus compliqué et plus large qu’avant. Je donne environ 40 ans au système de santé pour arriver à atteindre son but. Mais les choses se passent mieux, parce qu’on a déjà notre propre système de santé », soutient Luc Therrien. 

Il ajoute que le Réseau planche en ce moment sur les moyens de créer cinq zones de services à travers la province, afin de mieux desservir la population.

Encore du travail à faire
Rachelle Bérubé estime qu’il faudrait aussi trouver du personnel francophone. « Nous avons besoin de plus de psychologues, de plus de professionnels pour prendre en charge la santé mentale, de plus de médecins et d’infirmières francophones », avance-t-elle.

Certains membres de la communauté sont particulièrement vulnérables, et ont besoin de plus d’attention en matière de soins de santé, croit Luc Therrien.

« Pour les aînés, avec les attaques cardiovasculaires, il y a un risque de perte de la langue seconde. Il est donc important de pouvoir répondre à leurs besoins en français. Aussi, l’espérance de vie augmente et donc les risques de vivre une maladie chronique sont plus grands », présente M. Therrien.

Il ajoute ensuite que les jeunes mères sont aussi considérées comme une population vulnérable en matière d’accès aux soins de santé en français, même si le domaine est tout de même plus avancé. « La petite enfance est un des 12 grands éléments déterminants pour la santé, et il y a déjà un très bon programme d’alphabétisation. Ce qui est difficile, c’est de donner des cours prénataux et d’accompagner les jeunes mères en français. On aura peut-être à travailler plus fort. On dépend toujours du financement fédéral », précise le directeur général du RSA.

Un nouveau service bénévole, Navigateur en Santé, qui a été mis sur pied par le RSA en partenariat avec les Volontaires unis dans l’action au Canada (CANAVUA), se propose d’ailleurs depuis peu d’accompagner les jeunes mères, par exemple, en les aidant à arriver à l’heure à leurs rendez-vous médicaux. Le service vient aussi en aide aux aînés ou encore aux familles à faibles revenus.

Luc Therrien ajoute qu’un troisième secteur doit être examiné, celui de la santé mentale. « Le Secrétariat francophone du gouvernement de l’Alberta a fait traduire des cours de soin qui permettent de former des gens et de déstigmatiser la santé mentale. C’est un très grand défi d’accès, autant pour les francophones que pour les anglophones, de trouver des ressources dans ce domaine. »

Afin de mieux comprendre les enjeux en matière de santé dans la communauté franco-albertaine, le RSA a sondé les populations francophones du Canada.

Une étude, terminée le 24 juin dernier, permet selon le directeur général d’avoir de meilleures données sur l’accès aux services disponibles pour les francophones. Les résultats doivent être dévoilés cet automne.
 

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