Manque d'argent? Le prêt sur salaire n'est peut-être pas votre meilleure option

payday loansChaque année, des centaines de milliers de Canadiens ont recours à un prêt sur salaire pour des dépenses inattendues ou parce qu’ils n’arrivent pas à boucler la fin du mois. À l’heure actuelle, les entreprises qui prêtent de l’argent, comme Money Mart et Speedy Cash, ont des taux d’intérêt pouvant parfois atteindre les 600% sur une base annuelle. Un groupe albertain de municipalités et d’organisations à but non lucratif a décidé de dénoncer ce type de pratique.


«  Nous ne demandons pas à la province de fermer ces entreprises une fois pour toutes. Plutôt, nous demandons au gouvernement provincial d’établir un taux d’intérêt annuel maximal des prêts sur salaire à 60%, au lieu qu’il soit, dans certains cas, de 600%. Je ne comprends pas comment un groupe de personnes a décidé de prêter de l’argent à un tel taux. C’est incompréhensible, et cela risque de plonger certaines personnes dans un gouffre sans fin », déplore Danielle Klooster, mobilisatrice des communautés pour l’Alliance pour réduire la pauvreté dans le centre de l’Alberta (CAPRA). Son organisme travaille en collaboration avec la Ville de Red Deer pour convaincre la province d’établir un taux d’intérêt annuel maximal de 60%.

Le prêt sur salaire est un prêt à court terme de moins de 1500 dollars, qu’une personne s’engage à rembourser au moment de son prochain chèque de paye, habituellement dans un délai de 14 jours. Selon le gouvernement du Canada, il s’agit de la forme la plus coûteuse pour emprunter de l’argent.

En Alberta, le taux d’intérêt maximal fixé par la province est de 23%, sur une période de moins de 62 jours. Lorsqu’il y a défaut de paiement, les intérêts s’accumulent sur le montant complet, et le taux peut augmenter jusqu’à 60%. CAPRA et le gouvernement fédéral ont fait le calcul sur une base annuelle pour comparer le prêt sur salaire à d’autres formes de prêts. En bout de ligne, le taux d’intérêt du prêt sur salaire peut atteindre les 600%.

En plus de limiter le taux d’intérêt de ce type de prêt, l’Alliance voudrait que la province, chargée de réglementer cette pratique, établisse un nombre maximal de visites par client annuellement. Elle voudrait également que les municipalités limitent le nombre d’entreprises dans un secteur donné.

Qui est le plus à risque?

D’après l’Association canadienne des prêteurs sur salaire, les personnes qui ont recours à ce genre de service sont surtout les hommes âgés entre 35 et 54 ans, avec ou sans diplôme d’études secondaires, travaillant à temps plein ou à leur compte, et gagnant entre 25 000 et 49 000 dollars par année.

En d’autres mots, ce sont les personnes les plus vulnérables de la société, d’après CAPRA. « Ce sont des gens qui ne gagnent pas suffisamment d’argent pour combler leurs besoins les plus essentiels dans certains cas. Dans d’autres cas, ce sont des personnes qui ne savent pas comment gérer leurs finances. Ils gagnent peut-être un bon salaire, mais ils n’épargnent pas d’argent, et lorsqu’il arrive un imprévu, ils sont souvent mal pris », explique Danielle Klooster. C’est pourquoi il est impératif, selon elle, d’offrir des services de consultation et des séances d’information pour les aider à tenir un budget.

« Il faut que les gens connaissent leurs options. Les coopératives d’épargne et de crédit, par exemple, sont des portes de secours plus intéressantes lorsqu’on a besoin d’une aide financière.
Elles offrent un taux d’intérêt beaucoup plus avantageux que les entreprises de prêts sur salaire », soutient la mobilisatrice des communautés pour CAPRA.

L’Alliance pour réduire la pauvreté dans le centre de l’Alberta est consciente que le gouvernement néo-démocrate en a beaucoup sur les épaules avec l’économie albertaine qui bat de l’aile, mais croit tout de même essentiel de lui rappeler que des tranches vulnérables de la population ont besoin d’encadrement entourant cette pratique. CAPRA essaie d’ailleurs de convaincre l’Association des municipalités urbaines de l’Alberta de s’associer avec elle.

La province ouverte à la discussion?

Le ministre de Service Alberta, Deron Bilous, n’était pas disponible pour une entrevue. Dans un courriel envoyé par son ministère, il est indiqué que toute entreprise de prêt sur salaire doit être enregistrée auprès du gouvernement albertain et que des réglementations sont en place pour encadrer cette industrie. Le gouvernement provincial a aussi précisé qu’il prenait à coeur la protection du consommateur et qu’il allait repasser sous la loupe la loi encadrant le prêt sur salaire d’ici la fin de l’année.

Calgary en parallèle

La Ville de Calgary tente elle aussi de trouver des solutions aux problèmes que cause le prêt sur salaire. À l’heure actuelle, six secteurs considérés comme vulnérables de la municipalité, dont les quartiers Forest Lawn et Tuxedo Park, ont jusqu’à huit entreprises de prêt sur salaire dans un rayon de 400 à 600 mètres, soit de cinq à sept minutes de marche.

En mars, l’administration de la Ville a proposé différents scénarios au conseil municipal, dont la création d’un groupe de réflexion chargé notamment d’identifier les conséquences du prêt sur salaire et de sensibiliser la province à l’importance de mieux le réglementer. L’un des premiers pas du groupe a été de demander à l’administration de la Ville d’apporter différentes options à l’amendement du règlement municipal concernant les permis d’opération, l’utilisation du terrain et les distances entre les entreprises de prêt sur salaire. L’administration devrait remettre ses recommandations d’ici la fin de l’année.

« Le prêt sur salaire pose plusieurs problèmes socio-économiques. En faisant des efforts collectifs, nous pouvons changer la situation. Les permis sont donnés par la province, mais les villes jouent aussi un rôle dans la gestion des entreprises sur salaire. Nous voulons évaluer toutes les options possibles », indique la gestionnaire des stratégies et partenariats au département des services à la communauté et aux quartiers de la Ville de Calgary, Melanie Hulsker.

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