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Le pari du numérique: Entre peur et enthousiasme

 

Cette année, le congrès annuel de l’Association de la presse francophone (APF) s’est tenu à Regina et a abordé le sujet épineux : quel avenir pour les journaux si le format papier était amené à disparaître ? Peur injustifiée ou anticipation d’un phénomène inexorable, de nombreux ateliers ont abordé le sujet du tournant numérique. Un phénomène qui est déjà en route…

« Je vous parle d’un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître » : la chanson de Charles Aznavour fait écho à une époque, la nôtre, où les médias papier pourraient un jour être amenés à disparaître. Le journal version papier deviendra-t-il un vestige de notre passé que l’on ira voir dans un musée ? En attendant, certains journaux périclitent. Un phénomène qui touche de près les journaux francophones minoritaires au Canada actuellement.



Comme l’explique Denis Poirier, directeur du journal Le Rempart en Ontario et président sortant de l’APF de l’année 2015, « le problème, ce sont les annonceurs. il y en a moins qui veulent mettre de la publicité. » Or, de nombreux journaux vivent des publicités qui paraissent dans leurs pages à chaque nouveau numéro. M. Poirier ajoute : « Les annonceurs ont besoin d’être rassurés ». Le congrès annuel a donc réuni cette année plus de 20 journaux francophones vivant en milieu minoritaire, afin de parler des défis et proposer des solutions. Le congrès a duré près de deux jours.

Patrimoine canadien a également répondu présent, mais à titre d’observateur. En effet, certains journaux papier vivent actuellement des subventions qu’alloue Patrimoine canadien en fonction du nombre d’abonnés papier. Patrimoine canadien apporte ponctuellement de l’aide selon trois catégories : l’aide aux éditeurs (s’adressant aux périodiques papier), le volet d’innovation commerciale du Fonds du Canada (pour le contenu du numérique) et, Initiatives collectives (pour des projets de recherche sur de nouvelles technologies afin de résoudre des problèmes systémiques).

Si le nombre d’abonnés au numérique était amené à augmenter, et celui des abonnés papier à diminuer dans les prochaines années, les périodiques perdraient-ils alors leurs subventions ? Tout le défi résiderait alors à redonner une mesure aux référents existant actuels. Par exemple, dans le monde du numérique, un clique n’équivaut pas nécessairement à l’achat d’une copie papier. Il y aura donc probablement un ajustement à faire dans les prochaines années, afin de trouver un équilibre entre ce que l’on a toujours connu, la version papier, et ce qui est en devenir, l’expansion du numérique.

Le visage du numérique

Le numérique, c’est aussi le phénomène d’une époque où la technologie change tout le temps. Le quotidien et les besoins des personnes changent aussi, que ce soit dans la téléphonie, l’informatique ou les médias.

Si Patrimoine canadien observe ces changements, l’organisme a déjà conscience que le numérique prend une place plus importante dans le monde journalistique. Gilber Paquette, directeur général d’Hebdos Québec, a expliqué lors de sa présentation que Patrimoine canadien avait  pris en charge une grande partie financière de leur  projet, à savoir les nouveaux systèmes de traitement de l’information.

C’est en constatant la perte de vitesse du format papier que Gilber Paquette et Bruno Taquois, concepteur du projet pour l’entreprise Protec, ont voulu apporter des solutions à ce problème et embrasser pleinement le tournant numérique. Cette entreprise est en effet spécialisée dans la création d’outils pour des journaux et des éditeurs,  orientée uniquement vers l’entreprise d’édition. Le but favoriser le système de montage et d’édition d’un journal, tout en apportant une approche personnalisée et interactive aux publicités. Un atout qui permettrait donc à un journal d’obtenir des revenus complémentaires.

Bien entendu, d’autres ateliers se sont déroulés dans le courant de la journée tels que : la production vidéo et leur mise en ligne, l’optimisation des médias sociaux et de leur utilisation avec Jonathan Blouin, coordonateur des médias sociaux à la Commission de la capitale nationale. Puis c’est au tour de Jean-Pierre Picard, éditeur au journal L’Eau vive, pionnier dans le domaine de l’informatique depuis 1980. M. Picard a partagé ses nombreuses expériences dans ce domaine, la dernière datant de 2014 avec la réalisation d’un portail, le Portail fransaskois, permettant d’intégrer le contenu des organismes francophones de la Saskatchewan à celui de L’Eau vive. D’autres conférenciers ont également partagé leur expérience et leur expertise de leur propre entreprise journalistique tels que Francis Sonier, éditeur-directeur général à Acadie Nouvelle, et Richard Tardif, directeur général de l’Association des journaux du Québec. M. Tardif  gère et représente politiquement et économiquement trente-quatre journaux anglophones au Québec.

La journée a passé vite et a mis en lumière l’importance pour les journaux francophones minoritaires de rester soudés et de communiquer sur leurs propres problématiques. L’union fait la force, comme on dit ! L’avancée du numérique pourrait être une passerelle inattendue afin de renforcer les liens, mais aussi le potentiel de chaque journal francophone communautaire au Canada. Chaque journal est une petite entreprise avec un rôle social à tenir. Son but demeure la création des liens par la diffusion de l’information que le support soit papier ou électronique.  Le congrès de l’APF s’est clôturé sous les lumières du Gala, avec,  au programme, une remise de prix, où Le Franco a eu la belle surprise de recevoir cette année le prix d’excellence pour le meilleur article d’actualité et la meilleur photo de l’année ! Deux prix qui montrent aussi que la base du métier de journaliste, c’est avant tout la passion des gens et de ce que l’on fait !

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