Campagne « 20 000 foyers » : Un petit pas vers la bonne direction

Les grandes villes de l’Alberta ont joint la campagne « 20 000 foyers » de l’Alliance canadienne pour mettre fin à l’itinérance lancée à Toronto le 16 juin. En tout, 21 municipalités à travers le pays se donnent trois ans pour atteindre l’objectif d’héberger les 20 000 sans-abri les plus
vulnérables du pays dans des logements sociaux.


Chaque nuit, 35 000 per­sonnes à travers le Canada dorment dans la rue ou dans un refuge pour sans-abri. Vingt-et-une municipalités canadiennes, dont six sont albertaines (soit Calgary, Edmonton, Grande Prairie, Lethbridge, Medicine Hat et Red Deer), se sont engagées à mettre les ressources en place pour donner un toit à 20 000 d’entre elles. Chacune des mu­nicipalités se fixe ses propres cibles à atteindre. Calgary et Edmonton ont des objectifs très ambitieux, selon l’Alliance canadienne, pour mettre fin à l’itinérance, sans préciser le nombre de sans-abri qu’elles voudraient aider.

Pour y mettre fin l’Alliance s’est inspirée de la campagne « 100 000 foyers » aux États- Unis, qui a réussi à assigner plus de 105 000 personnes dans des résidences permanentes.


La campagne ne vise pas à construire de nouveaux bâti­ments, mais à utiliser toutes les ressources et les infrastruc­tures déjà en place, d’après le président et directeur général de l’Alliance Tim Richter, qui espère que le gouvernement fédéral comprendra qu’il doit investir plus pour régler le problème une bonne fois pour toute. Pour enrayer l’iti­nérance, ou du moins pour diminuer considérablement le nombre de sans-abri, il estime que le gouvernement de Ste­phen Harper devrait investir l’équivalent de 46 dollars par Canadien.

Des refuges qui débordent

« 20 000 foyers » a pour mis­sion de trouver un apparte­ment aux sans-abri les plus à risque, c’est-à-dire ceux qui vivent dans la rue de façon permanente, pour ensuite les aider à régler leurs problèmes de santé mentale ou physiques et de dépendances.

« Nous sommes conscients que nous n’aiderons pas tout le monde, c’est pourquoi nous voulons prioriser ceux qui ont des problèmes et ceux qui sont les plus malades. Ce sont ceux qui engorgent nos refuges et qui occupent la moitié des lits disponibles », indique Tim Richter.

Plus de 3500 personnes dor­ment dans la rue ou dans un re­fuge pour sans-abri chaque soir à Calgary; il s’agit du nombre le plus élevé en province. « Nous n’en faisons pas assez pour améliorer la situation, il faut que tous les paliers de gouver­nement travaillent ensemble. Il faut traiter les sans-abri comme des personnes, il faut les écouter, et ensuite mettre en place des services pour les aider à s’en sortir », croit le conseiller municipal de Calgary, Brian Pincott.

Dans le cadre de cette cam­pagne, des milliers de béné­voles à travers le pays appren­dront à connaître les sans-abri par leurs noms et évalueront par l’entremise d’un sondage leurs besoins en termes d’hé­bergement et de soins de santé. Les données recueillies seront ensuite partagées avec les auto­rités locales pour déterminer lesquels d’entre eux ont les be­soins les plus criants.

Des logements en mauvais état

Le gouvernement fédéral investit 1,7 milliard de dol­lars par année pour soutenir les familles vivant dans des logements sociaux. L’inves­tissement inclut notamment la construction de nouvelles unités et la rénovation et l’en­tretien des établissements exis­tants.

À l’heure actuelle, Calgary compte environ 10 000 loge­ments sociaux, ce qui donne un toit à 25 000 personnes. Une vingtaine d’entre eux sont inhabités parce qu’ils doivent être rénovés. Pourtant, 3500 personnes sont en attente pour en obtenir un.

« Nous sommes en crise en ce moment : nous n’avons pas assez de logements sociaux et le gouvernement fédéral nous coupe nos subventions. Nos appartements sont dans un état épouvantable et on se ferme des portes en les gardant inoccupés. Notre liste d’attente s’allonge, mais nous n’avons pas assez d’argent pour les ré­nover », déplore Brian Pincott. Il estime que la rénovation et la remise à l’ordre des logements sociaux coûterait entre cinq et dix millions de dollars.

L’Alberta citée en exemple

« L’Alberta est vraiment en tête lorsqu’on parle de lutte pour mettre fin à l’itinérance, tant sur le plan municipal que provincial. Plusieurs de nos stratégies s’inspirent de l’expé­rience de l’Alberta », soutient Tim Richter.

Depuis la mise en place par le gouvernement albertain et par certaines municipalités d’un plan de dix ans visant à mettre fin à l’itinérance, le nombre de personnes dormant dans la rue ou dans un refuge a baissé de 16 % dans sept municipalités albertaines, d’après l’Alliance. Brian Pincott n’est pas aussi convaincu de l’efficacité de ce plan. « Ça fait six ans que nous [la ville de Calgary] avons mis un plan en place, et ça ne se passe pas très bien. Nous avons fait un recensement l’an der­nier et le nombre de sans-abri a augmenté. Oui nous avons des petits succès, mais ce n’est pas demain que nous arriverons à mettre fin à l’itinérance de façon définitive », croit -il.

Le conseiller municipal a espoir que le nouveau gouver­nement provincial améliore la situation. « Le gouverne­ment de Rachel Notley a une vraie connaissance de nos problèmes, dit-il. Le ministre des Finances, Joe Ceci, par exemple, a travaillé comme travailleur social pendant une dizaine d’années ». Il suffit de leur donner le temps d’évaluer la situation, selon lui. 

(Photo : Soheil Ramazani)

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