Tensions entre le conseil et la FRAP

D’un côté, le conseil scolaire Centre-Nord (CSCN); de l’autre, la Francophonie albertaine plurielle (FRAP). Le débat sur l’épineuse question de la diversité ethnoculturelle au sein du personnel enseignant du CSCN se poursuit alors que plusieurs participants au comité ad hoc ont claqué la porte, taxant le conseil scolaire de mauvaise foi.

 

Une pétition lancée à l’automne dernier par diverses personnes issues des milieux communautaires a poussé le CSCN à créer le comité ad hoc Intégration professionnelle pour répondre spécifiquement à un problème considéré criant : la sous-représentativité de la communauté franco-albertaine d’origine africaine auprès du corps professoral des écoles du Centre-Nord. Plusieurs écoles n’avaient ou n’ont encore aucun employé de ce groupe ethnoculturel, selon Jeanne Lehman de la FRAP, invitée autour de la table pour défendre cette communauté qui serait encore la plus vulnérable en Alberta.

 

Par contre, selon le CSCN lors d’un point de presse le 21 mai, « ce sont les méthodes du conseil de prendre des décisions unilatéralement», résume Mme Lehman après avoir mentionné qu’il « établit les règles du jeu et ne se gêne pas de les changer ou de ne pas les respecter».

 

Au sujet de ces dites règles, le directeur général du conseil, aussi secrétaire-greffier au comité ad hoc, M. Henri Lemire, rappelle que certaines demandes « n’étaient tout simplement pas possibles », comme celle de confier l’embauche à un conseil exécutif indépendant.

 

C’est là que les versions diffèrent entre les différentes parties : la FRAP « dénonce l’attitude arrogante et méprisante du conseil scolaire Centre-Nord », alors que M. Lemire estime que, dans l’ensemble, « ça s’est bien passé » et que le CSCN en sortira plus fort avec une politique plus claire sur la diversité des personnes embauchées.

 

Critiques nombreuses

Mme Lehman n’était pas seule à se plaindre de l’approche du conseil scolaire le 21 mai : « Il y a une perception de manque d’équité, de manque de justice, de manque de transparence de la part des membres du conseil », estime le membre démissionnaire du comité Ibrahim Karidio, décrivant les méthodes actuelles. « La communauté est plus importante que notre petite personne : quand on voit une injustice, il faut intervenir », ajoute-t-il. Selon lui, trop d’enfants sont laissés pour compte dans ce système actuel et « on est en train de les perdre ».

 

Un autre témoignage, empreint de philosophie, demandait la démission du conseil scolaire : « On ne peut pas redresser un arbre qui a trop poussé. Il faut le couper ou même l’arracher si les racines sont trop profondes. » Les méthodes du CSCN ont aussi été attaquées par un parent d’élève de l’école Gabrielle-Roy qui y dénonce « un climat toxique » dans une autre problématique.

 

Ces critiques, et même des menaces de recourir à « des moyens légaux » ne dérangent pas le directeur général du conseil outre mesure. « Ils peuvent être mécontents; ce n’est pas la première fois que je vois des gens mécontents dans ma carrière ! » Au contraire, il voit cela comme « le signe d’une communauté [franco-albertaine] qui est vivante » et qui cherche à s’améliorer.

 

M. Lemire insiste : le comité ad hoc Intégration professionnelle a fait « un bon travail, qui nous permet de repenser la façon avec laquelle on refait certaines choses » au CSCN. « On est en train de développer un guide de l’administrateur, un guide pour l’embauche… » Certaines politiques et procédures sont aussi revues.

 

Des règles claires

« Le conseil scolaire n’a jamais autant embauché de gens d’origine africaine depuis cette année scolaire », se félicite Mme Lehman qui est persuadée que, sans la pression de la FRAP entre autres, l’embauche de M. Firmin Guéladé comme directeur de l’école À la Découverte – une première au CSCN – n’aurait pas eu lieu. Pourtant, pour Mme Lehman, « il ne s’agit pas de saupoudrer, de colorier » : elle demande des règles claires d’embauche qui définissent ce qu’est la compétence. « On nomme des gens, mais on ne sait pas sous quels critères », déplore-t-elle. Il faudrait aussi, toujours selon elle, permettre aux personnes non retenues de savoir en quoi elles n’étaient pas suffisamment compétentes pour le poste convoité.

 

« Des règles, il y en a plein », répond Henri Lemire, précisant même qu’elles sont « sur [leur] site web depuis des années ». Il reconnaît tout de même que certaines façons de faire peuvent être améliorées. Justement, la FRAP pointait du doigt certaines irrégularités d’une école à l’autre lors de sa conférence de presse.

 

Pour ce qui est de la définition de la compétence, c’est plus flou : il existe bien des documents gouvernementaux qui définissent les compétences d’un enseignant par exemple, mais ceux-ci ne semblent que peu pratiques. Le CSCN essaie quand même de garder une certaine rigueur dans l’embauche de son personnel.

 

L’ambiguë question de la compétence ne fait donc et ne fera probablement jamais unanimité entre les différents intervenants. Le professeur Paulin Mulatris, lui-même participant au comité ad hoc, a exprimé son malaise avec l’idée même de compétence. « Le mot “compétence” me choque beaucoup, car il semble un concept utilisé pour exclure les gens ».

 

La FRAP ne tombe cependant pas « dans le piège » du CSCN, lorsque sa vice-présidente Karen Doucet avait mentionné que de la discrimination positive n’était pas exclu des recommandations que feront les membres restants du comité, le 16 juin prochain. « Ce qu’on veut, ce n’est pas de la discrimination positive, c’est vraiment une définition claire des compétences », a martelé Mme Lehman.

 

Selon le directeur général du conseil scolaire, l’embauche d’une personne « chargée de travailler dans le domaine de la diversité » se retrouvera parmi les recommandations du comité. La liste complète ne sera vraisemblablement pas dévoilée avant l’assemblée du 16 juin. En attendant, la FRAP convie ses membres à une rencontre prévue le 30 mai afin de discuter de des actions futures. Pas de doute, ce bras de fer entre les communautés et le conseil scolaire Centre-Nord ne s’achèvera pas en mi-juin. C’est un dossier à suivre.

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