Tuer des loups pour sauver les caribous d’Alberta ?

Depuis quinze ans, la population des caribous en Alberta s’amenuise drastiquement. Pour contrer cela, le gouvernement a mis en place un abattage quasi-systématique des loups dans le centre-ouest de la province. Mais cette mesure est-elle efficace ?

 

Selon une étude menée conjointement par l’université du Montana et l’université de l’Alberta, la taille des troupeaux de caribous diminuerait de 8 % chaque année. Pour Carolyn Campbell, une spécialiste de la conservation pour l’Alberta Wilderness Association (AWA), il est difficile de recenser le nombre de caribous, mais en 2012 il ne devait probablement n’en rester que 2 500 dans toute l’Alberta.

 

Plusieurs raisons sont montrées du doigt. Premièrement, l’exploitation des sables bitumineux contribue grandement à la destruction de leur habitat. 30 000 kilomètres carrés ont ainsi été vendus aux compagnies pétrolières ou forestières depuis 2004, selon l’AWA.

Deuxièmement, ces couloirs créés par l’activité humaine au milieu des forêts permettent aux prédateurs des caribous, comme les loups, de repérer leurs proies et de les attaquer plus facilement. C’est contre cela que le gouvernement albertain a décidé d’agir. Il abat environ 45 % des loups du centre-ouest de la province chaque année depuis 2005, en les empoisonnant ou en les tuant par balle.

 

Selon l’université de l’Alberta, il faudrait attendre plus de trente ans avant de pouvoir reconstituer les troupeaux de caribous de cette manière. Et pour Carolyn Campbell, c’est une méthode inefficace si à côté de cela l’habitat du caribou empire. « Cela sert seulement à gagner du temps, mais c’est horrible de tuer tant de loups » confie la spécialiste.

 

Pour John Bennett, le directeur de la Sierra Club Canada Foundation, tuer une espèce pour en sauver une autre pose une question morale, « surtout si cela est fait dans le but d’améliorer les relations publiques ». « Cela fait des années maintenant que l’Alberta tue des loups, et les populations de caribous continuent de décliner » se désole-t-il.

 

 

L’abattage des loups n’est donc qu’un moyen de ralentir le phénomène. Pour les deux experts, la réponse est ailleurs : le gouvernement doit tout d’abord cesser de vendre les parcelles de forêts où vivent les caribous à des industriels. « L’Alberta est assez grande pour les industries et les caribous » explique John Bennett. « Il faudrait récupérer suffisamment d’espace pour leur permettre d’être autonomes » ajoute Carolyn Campbell.

 

Pour ces deux organismes, l’Alberta devra donc, dans un futur proche, adopter des règles pour protéger l’habitat des caribous : en limitant l’accès des véhicules motorisés, en faisant en sorte que les niveaux de perturbation des industries de l’énergie décroissent au fil du temps, en interdisant l’exploitation forestière dans les zones les plus sensibles, et en exigeant un reboisement systématique financé par les sociétés pétrolières.

 

Crédit photo : Alberta Wilderness Association - Shermans / P.Sutherland

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