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Sam

14

mai

2011

« Mais j'ai dit je m'excuse! » Imprimer Envoyer
Chroniques - P'tits plaisir
Écrit par Stéphanie Bourgault-Dallaire   

 

Sourcils froncés et bouches ouvertes se ralliaient pour gestualiser l’effort collectif de la classe à trouver un mot familier débutant par la lettre ‘’i’’. Installés devant notre mur de mots, nous tentions d’enrichir notre vocabulaire avant de passer à la période d’écriture.

La lettre ‘’i’’ ne nous rendait pas la tâche facile. ‘’Hiver’’ venait d’être rejeté, tout comme ‘’histoire’’. Bien sûr, les incontournables ‘’igloo’’ et les homophones ‘’il’’, ‘’ils’’ et ‘’îles’’ avaient déjà été choisis au premier tour de repêchage. Par contre, ‘’il’’ semblait que même la recherche dans nos petits magazines de classe ne réussissait à faire émerger un mot en ‘’i’’ que nous utilisions assez fréquemment pour qu’il ait une signification pour les enfants. Puis, une petite main levée allait me mettre sous le nez le champ lexical que je léguais à mes élèves au quotidien.


-    J’en ai un madame : Inacceptable! me lance un garçon aux yeux brillants de fierté.

Inacceptable. Effectivement, j’utilisais ce terme si régulièrement qu’il était pour eux un terme familier.

-    Fantastique! Alors qui peut, en levant la main, me donner un exemple de phrase qui contient le mot inacceptable? Une marée de mains en l’air rendait le choix de volontaires difficile.

-    C’est inacceptable de mettre son doigt dans le diner d’un ami, ou dans sa bouche! On peut lui donner nos bactéries, débute Sacha.

-    C’est inacceptable de dire ‘’stupid’’, même en francais. Ça fait de la peine, continue Mahad avec sagesse.

-    Quand on ‘’kick’’ le pied d’un ami à la récréation, c’est inacceptable. Mais après, on dit je m’excuse et c’est correct, tente Maxandre.

Ah! Les mots magiques ‘’je m’excuse’’…Il n’était pas rare qu’à leur entrée de la récréation, certains amis se lancent sur moi pour m’expliquer qu’un les avait bousculés ou que l’autre leur avait pris le ballon des mains. ‘’Un’’ et ‘’l’autre’’ n’étaient jamais bien loin derrière, plaidant pour leur défense : ‘’Mais j’ai dit je m’excuse!!!’’, ce qui enflammait la passion de leurs soi-disant victimes. ‘’Il a JUSTE dit je m’excuse!’’ Il faut voir le côté positif dans toute chose : mes élèves étaient maintenant tous assez habiles en français… pour se chicaner en français!

Par contre, il était grand temps qu’on révise la résolution de conflit. Mais qu’est-ce qui allait les aider à comprendre le but et l’intention qui doit accompagner l’expression populaire mais pas si magique?

- Maxandre… Quand je dis ‘’je m’excuse’’, est-ce que le problème est réglé, résolu, fini?

- Oui; on l’a dit! me répond Maxandre, qui semblait même surpris que je lui pose la question.

- Hum… commençais-je. Je vais avoir besoin de deux volontaires.

Et pendant la prochaine douzaine de minutes qui suivi, mes acteurs amateurs me mimaient, de façon sécuritaire, une chicane de récréation. Mimi s’en donnait à cœur joie :

- Mon sang fait mal!!! Je suis tombée et c’est Soubané qui m’a poussé… gémissait-elle.

- Je m’excuse! récitait Soubané mécaniquement, avec un sourire en coin face à la performance de sa camarade.
 
-Est-ce que vous croyez que Mimi va arrêter de pleurer par magie parce que Soubané a dit ‘’je m’excuse’’ les amis?

En guise de réponse, un écho de oui et de non hésitants.

- Écoute bien Soubané… Quand tu lui dis ‘’je m’excuse’’, le ‘’je m’excuse’’ ça fait du bien… mais juste un petit peu! Parce que Mimi, elle a encore de la peine…

-Oui! Mon sang! me pointe Mimi, toujours captivée par son rôle.

- C’est comme quand tu tombes de ta bicyclette : ta maman te met un pansement sur ton genou mais en dessous du pansement, il y a encore la blessure et ça fait encore mal! Le pansement, ce n’est pas toujours suffisant… Si en dessous du pansement il y a la blessure… sais-tu ce qu’il y a en dessous du ‘’je m’excuse’’?

Le groupe me regardait et je comprenais bien que j’aurai à donner encore quelques indices…

- En dessous du ‘’je m’excuse’’, il y a encore le problème. Il faut expliquer à notre ami ce qu’on va faire à l’avenir pour ne pas lui faire de la peine à nouveau. Soubané, qu’est-ce que tu devrais faire, dans notre histoire, pour aider Mimi dans sa peine?

Soubané semblait réfléchir.

- Je vais souffler sur son genou et lui demander le ballon avec un ‘’s’il-te-plaît’’, concluait-il avec peu de certitude.

- Oui! Mimi semblait ravie de la réponse de Soubané. Il peut aussi dire ‘’je m’excuse’’; ça ne me dérange pas. Tiens le ballon!

Ah, si c’était aussi simple!

- Bon, allons nous pratiquer à bien jouer et à bien régler nos conflits à la récréation. Dans la ligne les copains, c’est le temps d’aller à la récréation!

Avant même de terminer ma phrase, j’entendais madame Annie, notre aide-élève, émettre un petit cri de douleur suivi de :
- Attention aux orteils les amis!

Rapidement, l’enfant visé se retourne et sans trop penser, laisse échapper :
- Je m’excuse madame Annie! pour me regarder ensuite avec un air à la fois fautif, à la fois en quête de la bonne formule.

- Tu pourrais lui dire : ‘’Je m’excuse madame Annie, je vais marcher plus doucement la prochaine fois’’ et lui faire un câlin peut-être?

En regardant la centaine de petits orteils bien vulnérables dans leurs sandales d’été toutes neuves, il faut se rendre à l’évidence : d’ici la fin des classes, nous aurons bien d’autres occasions de jouer avec les ‘’je m’excuse’’ et les pansements!


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