Les biscuits soda

Pépin d’orange, petit pois, bleuet, framboise, olive verte, pruneau... Celles qui sont familières avec les nombreuses encyclopédies de la grossesse auront tôt fait de décoder la logique de mon énumération...

Et oui! Apparemment, quand on est enceinte, on compare la taille de votre embryon à un amalgame de fruits et de légumes. Paradoxalement, dans mon cas, l’enseignante en moi arrive à peine à accorder le verbe manger...


Inutile de vous dire que les nausées sont loin d’éveiller mon appétit et que je ne suis pas très enthousiaste quand on me parle de cuisine. Ou encore, quand on cuisine. Ou quand je suis debout devant plusieurs tablées d’enfants ouvrant chacun une boite à diner pleine d’odeurs... Ce qui avant me semblait être une belle occasion de dénicher des idées de collations, me semble maintenant pire qu’une épreuve de Fort Boyart, la cagnotte en moins. Beurk.

-    Madame Stéphanie? Madame « Pirouette » a donné des autocollants aux gagnants des quiz hier. Moi, je l’ai collé sur ma boite à diner… Regarde!

J’arrivais effectivement à voir le fameux autocollant de Winnie l’ourson étinceler depuis sa position de choix, près de la poignée du sac à diner, mais c’était surtout l’hypnotisante aventure des grumeaux de fromage dansant dans la bouche d’Olivier qui captait mon attention, tandis que celui-ci parlait la bouche pleine.

Alors qu’une désagréable et familière sensation m’envahissait l’œsophage, je plongeais ma main dans mon cartable à la recherche d’un précieux allié : mon sac de biscuits soda.

-    Madame Pirouette? Qui est madame Pirouette, Olivier? demandais-je, ma quête à tâtons me faisant deviner les contours de mon pot d’antiacides, puis celui de mes vitamines prénatales.

-    Madame Pirouette est la dame qui vient ici quand toi tu es pas là! m’explique Olivier, toujours aussi généreux dans sa façon de me laisser entrevoir son mécanisme de mastication.

-    Madame Pierrette… Bien sûr! C’était bien gentil de sa part de partager des autocollants avec vous, lançais-je en ouvrant frénétiquement l’emballage de mes craquelins salés. Les amis qui auront terminé leur collation pourront venir au tapis avec moi et nous nous exercerons aux quiz avec les cartes éclair. À mon grand plaisir, on s’affaira à engouffrer pommes et yogourts et à me rejoindre à l’arrière de la classe.

Les élèves de maternelle adorent les quiz et les cartes éclair. Nous assimilons un vaste vocabulaire lors de ces confrontations amicales lors desquelles la classe est divisée en deux, que chacune des équipes se trouve un nom spécial (les dinosaures, les grands de l’école et récemment, les Pères Noël) et qu’à leur tour, ils doivent nommer l’image de la carte éclair avant leur camarade de l’équipe adverse.

Le plus rapide récolte le point pour son équipe et parfois, leur désir d’être les premiers à répondre fait place à de drôle de tentatives… Aujourd’hui, le thème du quiz était : les parties du corps.

-    Zoreilles!!! lançait une jeune fille fière de sa réponse.
-    Hum… Dis-moi Marjorie, est-ce qu’on dit une oreille ou une zoreille? commençais-je, sans savoir dans quoi je m’aventurais… Ce n’est qu’en poursuivant les quiz que j’appris deux autres nouvelles parties du corps : les zépaules et les zorteils…

J’allais devoir trouver une façon d’expliquer à mes élèves la liaison entre l’article et le nom qu’il définit, mais à ce moment précis, tout ce que j’arrivais à penser, c’était que mes jambes me semblaient plus lourdes, de minute en minute. Comme s’il était la réponse à mes prières, Olivier apparu à côté de moi, non pas la bouche pleine, mais bel et bien en me proposant une chaise. Définitivement, le jeune garçon savait se faire pardonner… inconsciemment, du moins!

Je pensais que j’étais tirée d’affaire, que mes nausées allaient s’estomper maintenant que j’étais à l’écart de toute nourriture. Erreur.

S’en était un plutôt malicieux. Le type silencieux; une vraie bombe à retardement. Depuis septembre, j’avais appris à mes élèves à ne pas paniquer lors de ce genre d’incident. Nous devions garder notre calme, nous restreindre de tous fous rires et nous rappeler que la classe était plus agréable si l’on se rendait à la salle de bain, le cas échéant.

Aujourd’hui par contre, je n’étais pas la seule à avoir le cœur sensible. Un élève se tourna promptement, nez retroussé, en lançant un regard accusateur aux deux enfants assis derrière lui.

-    On a pas le droit de péter à l’école. Ça fait de la peine aux autres amis, lâcha-t-il avec autorité en agitant sa main devant son visage, comme un éventail.

Il était tellement répugné que s’en était presque drôle… Je m’efforçais de garder mon sérieux et d’expliquer au groupe d’enfants qu’il n’était pas réellement interdit de péter, mais que nous étions tous encouragés à aller à la toilette pour le faire.

La fin de la journée était arrivée rapidement et dès que j’eus rejoint la maison, je me fis couler un bain pour détendre mes pauvres pieds fatigués.

J’avais à peine eu le temps de me tremper le gros « zorteil » que j’entendais mon mari faire son arrivée. (Habituellement, dans le cadre de cette chronique, je change les prénoms des enfants pour conserver leur anonymat et j’offre aussi aux adultes « vedettes » de l’article le même service, s’ils le désirent. Cependant, je crois qu’après une belle année passée à écrire cette chronique, je vous dois bien de vous révéler le nom de mon mari. Appelons-le le beau Réjean.)

Donc, mon beau Réjean arrive aussi à la maison après une journée de travail, sans nausée ni biscuit soda et me trouve dans mon bain. Il teste la température de l’eau d’un doigt et me lance un regard désapprobateur.

-    Steph, t’es enceinte…tu ne devrais pas prendre de bain chaud; ce n’est surement pas bon pour le bébé, dit-il avant de tirer la chaine du bain.

Soupir. Ma pause venait de prendre fin. Je ne me sentais pas plus détendue qu’à mon arrivée et j’anticipais déjà ce qu’il me restait à faire : cuisiner le souper. Oh et puis tant pis… Une assiette de biscuits soda ce sera!

Vos commentaires et vos trucs pour combattre la nausée sont appréciés! Écrivez-moi à la longue adresse suivante : Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

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