FacebookLinkedinTwitter

Mer

19

oct

2011

Un mardi humide Imprimer Envoyer
Chroniques - P'tits plaisir
Écrit par Stéphanie Bourgault-Dallaire   

J’ai des taches de rousseur sur les avant-bras, ne vous en déplaise. Elles sont populeuses et dorée, vestiges d’une enfance heureuse lors de laquelle mes cheveux semblaient plus roux que leur châtain actuel et que mes pommettes rappelaient celles d’Anne la maison aux pignons verts. À l’extérieur de l’école, mes taches de rousseurs attirent rarement l’attention. Cependant, dans ma classe de maternelle, c’est une autre histoire…

Je me sentais comme une constellation. Assise à califourchon au tapis pour la causerie, je surveillais l’élève à ma droite qui prenait plaisir à relier les taches de rousseur de mon avant-bras pour créer toutes sortes de formes. Alors que ses camarades racontaient ce qu’ils avaient fait pendant la fin de semaine, la fillette me prenait ni plus ni moins pour un cahier de point-à-point.

-     Mon papa nous a amené au parc et avec mes cousins, on a joué au pieds-balle! déclarait le petit Raphael devant un cercle d’amis intrigués.

-    Oh, je ne connais pas ce jeu…Comment on joue au pieds-balle Raphael, dis-moi? Lui demandais-je aussitôt.

-    C’est facile madame Stéphanie; c’est comme le football, mais on joue en français!

J’aurais dû y penser… Depuis que j’avais commencé à décerner les certificats des champions du français, plusieurs de mes élèves choisissaient leur mot avec beaucoup de minutie.

Alors que Sarah recevait le bâton de la parole, je ramenais mon attention vers la jeune artiste inspirée par ma pigmentation. Son regard était maintenant soucieux, passant de son bras à la peau foncée au mien, pâle et picoté.

-    Qu’est-ce que c’est madame Stéphanie? me chuchotait-elle, désireuse de connaitre l’origine de sa propre fascination.

Mon devoir était de ramener son attention à notre causerie mais par déformation professionnelle, je ne pouvais faire autrement que de répondre à sa question.

- Ce sont des taches de rousseurs, lui répondais-je à l’oreille, avant d’être interpeler par un garçon au regard… jauni.

- Puis-je aller à la toilette s’il-vous-plaît? me suppliait-il.

N’allez surtout pas croire que j’ai embelli la formulation du jeune garçon pour enrichir la littérature de ma chronique! Il est réellement possible pour un enfant de 4 ans de s’exprimer avec un vocabulaire aussi raffiné. Oui, oui, « puis-je »! Je l’ai entendu.

C’est au moment de cette dernière demande des plus ordinaires que débute une minute pleine de folie… Alors qu’un de mes élèves se dirige vers la toilette en se dandinant, genoux bien collés et orteils fléchis, je détecte une sensation humide et visqueuse venant tout droit de mon avant-bras. Je me tourne pour apercevoir ma voisine se lécher à nouveau le pouce pour ensuite le frotter sur mon bras.

Je m’empressais de l’interrompre dans son étrange opération en lui demandant ce qu’elle faisait quand tout-à-coup, un hurlement se fit entendre côté salle de bain.

-    Entre pas, j’ai pas fini! criait un élève alors que le gamin aux yeux jaunit refermait la porte dans un grand élan.

-    Je ne savais pas qu’il était là, madame Stéphanie! J’ai oublié de frapper à la porte… m’expliquait le garçon, perplexe.

-    Je comprends, c’est un accident. Qu’est-ce que tu pourrais lui dire plus tard? Lui lançais-je avant d’être une fois de plus distraite par un doigt mouillé. Oh, oh ma belle! Qu’est-ce que tu fais encore?

-    Je nettoie tes taches madame! dit ma voisine d’une voix de grande fille responsable.

Voilà. Elle me croyait sale. Évidemment, dans un autre contexte, la compréhension de la fillette vis-à-vis le mot « tache » aurait été juste… mais pas cette fois-ci. Maintes fois, elle avait dû observer sa mère se tremper le pouce pour essuyer les joues de ses petits-frères et petites-sœurs. Cependant, je n’étais pas certaine de vouloir subir le même sort… d’autant plus qu’il n’y avait réellement rien à nettoyer!

-    Ma peau n’est pas vraiment tachée; c’est plutôt une décoration naturelle! lui expliquais-je.

-    Mais moi, je n’en ai pas! Ma maman a dû bien les frotter… s’obstinait mon interlocutrice.

-    Non… Crois-moi, on ne peut pas les faire disparaitre, commençais-je pour ensuite entendre un second cri venant du coin de la classe. Ou plutôt, du petit coin.

Le garçon en attente pour la salle de toilette avait ouvert la porte, une seconde fois. J’avais omis de préciser que les excuses pouvaient bien attendre que le garçon ait terminé sa besogne.

-    Je m’excuse d’avoir ouvert la porte tantôt… C’était un accident! lançait-il pour enfin fermer la porte et revenir au tapis en s’adressant à moi :

-    Je me suis excusé, mais je crois qu’il est fâché quand même…

En scrutant mon élève du regard, je devinais que son conflit n’était pas le premier de ses soucis.

-    On va s’expliquer avec lui plus tard. Pour le moment, va chercher tes vêtements de rechange; on va se préparer pour la récréation.

C’est ainsi que prenait fin ma minute de folie et que, comme vous le devinez, en commençait une autre.

Vos commentaires sont appréciés! Écrivez-moi à la longue adresse suivante :

 

Commentaires (0)Add Comment

Ecrivez un commentaire
Réduire l'éditeur | Agrandir l'éditeur

busy
 

Question de la semaine

À la suite de l'annonce du nouveau cabinet, quelle est votre réaction de voir le Secrétariat francophone se retrouver au sein du ministère de la Culture du gouvernement de l'Alberta?
 

Météo

Abonnez-vous en ligne

Abonnez-vous au Franco

Pour vous abonner à la version électronique, veuillez cliquer ici.