Très simple et mystérieuse, la page couverture comprend les trois couleurs primaires (rouge, bleu et jaune), un masque de lutteur et un terme anglais comme titre. Vous avez peut-être déjà vu des masques semblables à l’émission de lutte WWE. D’autre part, le terme baby face – qui décrit un visage qui retient ses traits juvéniles au cours de la puberté – vous est sûrement familier. Mais alors quel est le lien entre le lutteur masqué et le doux visage d’un adolescent?
L’auteure Marie Desplechin nous éclaircit un peu à cet égard en définissant babyface au tout début du roman. « Babyface : se dit d’un [lutteur] qui joue le rôle du gentil et que la foule aime. » Par contraste, le terme Heel, également défini au tout début, « se dit de celui qui joue le rôle du méchant. »
Il s’agit d’un fascinant choix de mots pour une histoire qui affirme qu’il ne faut pas se fier aux apparences. Il est facile d’en tirer un parallèle avec les ados dans le milieu scolaire. L’auteure aborde à la fois des problèmes d’actualité – dont les dangers d’imiter sans surveillance ce que l’on aperçoit à la télévision – ainsi que des conflits universels tels que l’intimidation à l’école.
Nejma, une jeune fille du quartier, est ostracisée à l’école par ses camarades de classe. Grosse. Méchante. Nulle. Mal habillée. Moche. La liste de noms qu’on lui lance derrière son dos pourrait bien continuer mais personne n’ose jamais la confronter. D’abord, parce qu’elle est robuste pour son âge (10 ans) mais aussi parce que « tout le monde sait qu’il ne faut pas pousser à bout une personne qui n’a rien à perdre. »
Pourtant, derrière ce masque de violence et de solitude se cache une fille douce et sincère qui cherche à être aimée, comme tout le monde. Isidore, le garde du supermarché où Nejma flâne après l’école, voit ce côté sensible de la jeune fille. Lors l’une de leurs conversations, il lui a même avoué : « Tu n’es pas grosse. Tu es puissante. » Ces paroles ont longtemps résonné dans l’esprit de la jeune fille démunie, comme une lueur d’espoir dans un labyrinthe sombre.
Pour garder le caractère mystérieux de Nejma, ce n’est pas elle qui narre l’histoire mais plutôt son voisin et seul ami, Rajanikanth (alias Freddy). Vivant un étage au-dessus de Nejma, Freddy a la chance de vivre avec ses parents d’origine indienne, dans un milieu familial tranquille et accueillant. La chaleur émanant de ce foyer plein d’amour peint un flagrant contraste avec la froideur et la solitude vécue chez Nejma, dont la mère est souvent absente à cause de son boulot exigeant.
Tous les jours, Nejma rançonne un bout de baguette beurré de Freddy, qui s’est accoutumé à cette routine quotidienne en disposant d’un deuxième bout de pain pour le goûter. Pourquoi s’imposer de la sorte envers son seul allié? Elle le fait d’une part parce qu’elle n’a pas de nourriture, d’autre part pour maintenir sa réputation de méchante. Et, pour cette même raison, personne ne s’attarde à embêter Freddy… Mais saura-t-il rendre la faveur à Nejma au moment où elle aura le plus besoin de lui?
La réputation de Nejma lui a quand même mérité une certaine paix à l’école, car personne n’ose l’approcher et encore moins la confronter. Toutefois, cette paix sera rapidement rompue le jour où Jonathan Suyckerbuck, grand amateur de lutte, est retrouvé inconscient derrière la porte de la cantine, presque battu à mort. C’est évidemment Nejma qu’on accuse et même Freddy a ses doutes! Difficile de se défendre quand personne ne vous croit.
Babyfaces dégage une panoplie de messages positifs, avec son narrateur à la fois drôle et lucide qui voit au-delà des masques que les gens portent. L'école y est aperçue au-delà de la classe, comme un lieu de vie qui ne se restreint pas à l'apprentissage scolaire. Dans son roman, l'auteure met l’emphase sur l’importance du dialogue et de l’harmonie, entre adulte et enfant, entre victime et intimidateur, entre jeunes complices capables de dénoncer l’injustice et de faire une différence.
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