Dans la vie, il faut mettre l’accent sur ce qui est important. Les personnes qui ont le français en partage savent que notre langue comporte beaucoup de signes qui, placés sur une voyelle, la définit. Par exemple : « e » accent aigu (é) ; grave (è) et circonflexe (ê).
En français, la présence ou l’absence d’un accent sur une voyelle détermine souvent le sens du mot. Par exemple, si un juge ordonne à la Reine de manger du poisson salé et que le greffier ne met pas l’accent sur le mot «salé», ce qui sera consommé ne serait pas conforme à l’ordonnance et pourrait mener à une indigestion ou à une conséquence encore plus grave.
Dernièrement, un francophone dont le nom de famille se terminait avec un accent aigu sur la voyelle « e » a eu à signer un engagement devant un juge de paix. Comme l’accent aigu n’apparaissait pas à son nom tel qu’inscrit au dossier de la Cour, chaque fois que le juge de paix prononçait le nom du prévenu, le résultat était bien différent du vrai nom de famille.
Le seul lien linguistique commun entre l’Alberta et les pays de la francophonie est la langue française, une des deux langues dont l’usage est autorisé devant les tribunaux de notre province. Les Albertains d’origine belge qui désirent que leur progéniture bénéficie aussi de la citoyenneté belge doivent transmettre à la Belgique de la documentation en français et non en anglais. Auparavant, le certificat de naissance émis par l’Alberta était unilingue anglais. Mes clients devaient donc payer pour que soit traduit en français le certificat unilingue anglais de naissance de leurs enfants. Depuis quelques années, ce certificat est émis sous format bilingue ce qui est un avantage pour les Albertains puisque ce certificat bilingue est maintenant accepté sans problème à la fois dans les pays anglophones et dans les pays francophones.
Toutefois, le bureau du Directeur provincial des statistiques vitales n’émet pas encore sous format bilingue le certificat de mariage. Mariée le 15 janvier dernier, Stéphanie S. a donc reçu un certificat unilingue anglais ce qui la pénalise puisqu’elle a dû payer pour avoir la traduction française qu’elle devait transmettre à la France. Problème supplémentaire, contrairement au certificat bilingue de naissance qui reproduit les accents qui font partie des noms et prénoms, le certificat unilingue anglais de mariage n’inclut pas les accents sur ces noms et prénoms ce qui est un problème lorsqu’on doit utiliser ce document pour faire modifier des actes authentiques dans des pays francophones.
Aucun texte de loi n’autorise les fonctionnaires à imposer des modifications de nom et de prénom. En agissant ainsi d’une façon unilatérale, ces fonctionnaires outrepassent leurs pouvoirs.
La carte-santé de l’Alberta n’inclut pas encore les accents qui font partie des noms et prénoms. Il en va de même pour les permis de conduire émis par le ministère des Transports de notre province : les noms et prénoms des conducteurs francophones sont amputés de leurs accents.
Comme on le constate, l’Alberta a encore beaucoup de progrès à faire pour mettre l’accent sur ce qui est important…
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