Ted Morton, le ministre de l’Énergie de l’Alberta, maitrise bien la langue française mais il a la réputation de refuser d’accorder à Radio-Canada des entrevues en français. Maintiendra-t-il cette attitude maintenant que la première ministre de notre province accorde des entrevues en français?
Alison Redford a rendu public le mandat confié le 3 octobre dernier à chacun des membres de son cabinet. Et s’il y a une constance dans ces vingt lettres disponibles sur Internet à l’adresse http://alberta.ca/premier_cabinet.cfm, c’est l’affirmation à l’effet que « transparency of intent and of action will be the standard ».
Or, si la transparence dans les intentions et dans l’action doit être la norme, faut-il s’inquiéter qu’aucun des vingt mandats ne mentionne quoi que ce soit pour les citoyens francophones de la province?
Bien qu’elle ait confié la responsabilité ministérielle du Secrétariat francophone à Cal Dallas, nulle part dans les objectifs qu’elle lui demande d’atteindre en tant que nouveau ministre des Relations intergouvernementales et internationales peut-on lire quoi que ce soit lié à la francophonie albertaine, canadienne ou internationale.
Le ministre aura-t-il l’appui d’Alison Redford s’il se sert de sa discrétion pour donner suite à l’engagement du précédent premier ministre de mettre en place une politique sur les services en français?
Et, dans les objectifs qu’elle demande à Verlyn Olson d’atteindre en tant que ministre de la Justice et procureur général, nulle part peut-on lire quoi que ce soit lié à l’accès à la justice dans les deux langues officielles ou à l’utilisation du français dans les causes civiles.
Le ministre aura-t-il l’appui de la première ministre s’il se sert de sa discrétion pour rendre disponibles en français et sous format bilingue les formulaires prescrits pour les procédures civiles et s’il lève les nombreux obstacles à l’utilisation du français devant les tribunaux?
Lors d’une entrevue diffusée par Radio-Canada, le 3 octobre dernier, la première ministre a déclaré en français « Pour moi, il est important que les Albertains connaissent l’importance de la langue française pour la province. » Ces paroles annoncent-elles une prochaine reconnaissance des droits linguistiques des francophones de l’Alberta ?
Pour être valables, ces paroles doivent être suivies d’activités législatives qui éliminent les entraves à l’usage constitutionnel normal du français devant les institutions albertaines.
Tant qu’il n’y aura pas de gestes concrets pour appuyer ces paroles, les cyniques auront raison de penser qu’il s’agit là d’une campagne de charme visant à préparer les citoyens à la tenue d’une élection provinciale qui pourrait avoir lieu au printemps ou à l’été 2012.
Me Gérard Lévesque est avocat et notaire à Calgary.
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