Depuis le début de l’année, les marchés financiers sont extrêmement volatiles. En particulier, le prix de l’or et des autres métaux précieux a explosé, dépassant les 1500 $ l’once dans le cas de l’or à la fin avril. Plusieurs associent ce mouvement à l’incertitude économique, d’autres à l’inflation imminente aux États-Unis. Peu importe la vision que l’on a de la chose, ce qui est certain c’est que cette situation remet en question le rôle que joue la monnaie dans notre société actuelle.
Pour être qualifié de « monnaie », un outil doit comporter trois caractéristiques principales : 1) Être accepté comme moyen de paiement, 2) Refléter la valeur relative des biens et 3) Conserver son pouvoir d’achat d’une année à l’autre.
La monnaie canadienne remplit ces trois fonctions dans notre économie présentement sans aucune difficulté : Je peux utiliser ma monnaie pour acheter des biens et services, les prix indiqués dans les magasins me permettent de comparer la valeur des différents biens et si je décide d’épargner plutôt que de consommer, je sais que je pourrai utiliser mes billets de banque plus tard.
Les ressources échangées sur les marchés internationaux ne sont toutefois pas mesurées en dollars canadiens, mais bien souvent en dollars américains. Et c’est la situation économique des États-Unis qui rend incertaine la valeur de leur monnaie et cause en grande partie cette volatilité.
De Bretton-Woods à la monnaie internationale…
Commençons par jeter un coup d’œil au concept de réservoir de valeur. La devise américaine jouit d’un statut particulier depuis la deuxième guerre mondiale. En effet, suite aux accords de Bretton-Woods (1944), la plupart des économies développées ont fixé la valeur de leur monnaie à celle des États-Unis. Le dollar américain était de son côté parfaitement convertible en or. Le résultat a été une stabilisation des régimes de change pour ces pays. Les banques centrales choisissaient ainsi de préserver des dollars américains en réserve, et il n’y avait plus la nécessité de conserver une autre monnaie.
Le dollar américain est ainsi devenu la réserve mondiale. Aujourd’hui, environ les deux-tiers des réserves des banques centrales sont en monnaie américaine.
Suite à ces accords, les états ont trouvé utile de comparer leur propre devise au dollar américain. En faisant ainsi, on pouvait facilement comparer la valeur des biens locaux par rapport aux biens étrangers. De réserve internationale, le dollar américain est ainsi devenu une unité de compte internationale. Les pays ont aussi commencé à mesurer leur croissance en monnaie domestique et en dollars américains. Cela a eu comme avantage de pouvoir plus facilement comparer les niveaux de vie entre pays.
Le dollar américain comme moyen de paiement international devenait donc la suite logique des choses. Il n’est plus rare aujourd’hui que les commerçants acceptent de la monnaie américaine tout comme la monnaie locale pour les différents achats effectués par les consommateurs locaux.
… à une monnaie commune voir sans intérêt.
Mais ce système monétaire où le dollar américain était roi et maître semble aujourd’hui en train de s’effriter.
La crise de 2008 a forcé la réserve fédérale américaine à imprimer davantage de monnaie afin de racheter les actifs toxiques des banques. Les économistes s’entendent pour dire que cette intervention était importante afin d’empêcher une nouvelle Grande Dépression. Toutefois, l’injection massive de nouvelle monnaie dans l’économie américaine a remis en doute la valeur que représentait un dollar américain.
Évidemment, ce qu’un dollar américain a le pouvoir d’acheter maintenant ou dans quelques années ne devrait pas préoccuper outre mesure un Canadien n’ayant aucunement l’intention de voyager aux États-Unis. La réalité est toutefois que les prix aux États-Unis risquent d’augmenter une fois que les prix sur le marché immobilier se seront stabilisés.
Toutefois, si les prix y augmentent fortement, les autres pays auront de la difficulté à comparer leurs prix à ceux des Américains sans accepter une forte amélioration de leur devise. Ainsi, le fait que le dollar canadien s’apprécie, nous donnant l’impression que nous sommes plus riches que les Américains, ce qui nous motive à effectuer plus d’achats aux États-Unis, sera compensé par l’augmentation des prix aux États-Unis.
Et si le dollar américain perd de la valeur, les banques centrales verront la valeur de leurs réserves diminuer.
C’est cette prévision qui pousse le prix de l’or à la hausse présentement. Les banques centrales tout comme les investisseurs veulent se départir de leurs réserves monétaires en dollars américains pour acheter davantage de métaux précieux. Ces métaux redeviennent ainsi la valeur de référence qu’ils étaient avant Bretton-Woods.
Est-ce que cela signifie la fin du dollar américain comme monnaie internationale? Pas nécessairement. Plusieurs préféreront s’accrocher à cette devise plutôt que de s’en débarrasser, précipiter sa chute et du même coup subir une perte importante. Il faut également avouer que le retour de la monnaie-matériel comme l’or signifie un retour en arrière de quelques siècles. Il serait plus probable qu’une nouvelle monnaie prenne cette place laissée vacante par le dollar américain. Les chefs de file? Le Yuan chinois, bien sûr. Et pourquoi pas les fameux Droits de Tirages Spéciaux (DTS); la monnaie du FMI? Il semble toutefois clair que le « monopole » du dollar américain comme monnaie à conserver est présentement en difficulté.
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